HEINEMANN GUSTAV (1899-1976)

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Troisième président de la République fédérale d'Allemagne (1969-1974), après le libéral Theodor Heuss (1949-1959) et le chrétien-démocrate Heinrich Lübke (1959-1969).

Né à Schwelm en Westphalie, d'un père qui fut fondé de pouvoir chez Krupp, Gustav Heinemann passa son enfance à Essen. Il étudia dans plusieurs universités allemandes et fut reçu docteur en économie à Marburg en 1921 et docteur en droit à Münster en 1929. Entré dans la grande industrie, il exerce les fonctions de conseiller juridique jusqu'en 1936, puis il sera directeur et membre du conseil d'administration des mines de la Rheinische Stahlwerke jusqu'en 1949. Il enseigne le droit minier et l'économie à l'université de Cologne et ses publications font autorité. Il se donne, de cette façon, des bases matérielles suffisantes pour mener ensuite une action indépendante. Avocat et notaire, il plaidera de nouveau dans de grands procès après 1950.

Sous l'influence de son épouse, Hilda, d'origine suisse, ce libre-penseur se rapproche de l'Église protestante. En 1934, dès sa fondation, il adhère à l'Église confessante, qui s'oppose aux nationaux-socialistes ; dans sa cave, Heinemann imprimait les tracts de cette Église. Son attitude irréprochable sous le IIIe Reich lui vaudra de jouer un rôle éminent en Allemagne après 1945 dans l'Église évangélique, dont il sera président du synode jusqu'en 1953.

Son engagement politique remonte à la République de Weimar où il appartint au Parti démocrate allemand (Deutsche demokratische Partei ou D.D.P.). Cofondateur de l'Union démocrate-chrétienne (Christlich-demokratische Union ou C.D.U.), en zone britannique en 1945, il est maire d'Essen de 1946 à 1949 et ministre de la Justice du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie en 1947-1948. Bien qu'il n'appartienne pas au Bundestag, Adenauer, le catholique, le nomme ministre de l'Intérieur dans son premier gouvernement en 1949, comme pour s'assurer le soutien de l'Église protestante. Mais ses rapports avec le chancelier sont difficiles. Heinemann n'apprécie pas son style autoritaire et il s'oppose à sa politique de réarmement. Il démissionne du gouvernement fédéral en 1950 et quitte la C.D.U. en 1952. En 1951, il lance la Communauté de détresse pour la paix en Europe et en 1952 il fonde avec Hélène Wessel le Parti populaire pan-allemand (Gesamtdeutsche Volkspartei ou G.V.P.). Partisan d'une réconciliation avec l'Est en pleine guerre froide, il plaide sans succès pour le neutralisme et la démilitarisation. Aux élections fédérales de 1953, le G.V.P. n'obtient que 1,2 p. 100 des suffrages ; Heinemann le dissout. Il adhère au Parti social-démocrate (Sozialdemokratische Partei Deutschlands ou S.P.D.) en 1957 et entre au Bundestag.

Rapidement élu dans les organes directeurs du parti, il s'impose en tant qu'expert des questions juridiques et, en décembre 1966, il devient ministre de la Justice dans le gouvernement de grande coalition (C.D.U.-C.S.U./S.P.D.) dirigé par le chrétien-démocrate Kurt Georg Kiesinger. Il entreprend la libéralisation du droit pénal et la réforme du divorce. Lors de la révolte estudiantine, en 1968, il fait partie de ceux qui manifestent le plus de compréhension pour les revendications des jeunes. Cet individualiste, autrefois proche de la grande bourgeoisie, présente pour le S.P.D., qui cherche à se rapprocher des libéraux du F.D.P., toutes les qualités d'un candidat à la présidence de la République. Grâce aux suffrages du F.D.P., il l'emporte à Berlin, le 5 mars 1969, au troisième tour seulement, par 512 voix contre 506, sur son concurrent Gerhard Schröder (1910-1990), le ministre fédéral de la Défense, soutenu par la C.D.U.-C.S.U. et le N.P.D. (National-demokratische Partei). Son élection préfigure la coalition S.P.D.-F.D.P. issue des élections du 28 septembre 1969.

La Kanzlerdemokratie de Bonn laisse peu de pouvoirs au président de la République. À la villa Hammerschmidt, Heinemann reste fidèle à son goût de la simplicité ; recherchant surtout le contact avec les plus défavorisés, il est appelé le président-citoyen. Il réduit l'emprise du protocole et redonne à sa fonction l'autorité morale un peu ternie par son prédécesseur. Dans ses visites à l'étrang [...]

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ALLEMAGNE (Politique et économie depuis 1949) - République fédérale d'Allemagne jusqu'à la réunification

  • Écrit par 
  • Alfred GROSSER, 
  • Henri MÉNUDIER
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Dans le chapitre « Un président sans pouvoirs »  : […] Le président de la République de Weimar détenait de grands pouvoirs. Weimar a mal fini. Aussi les constituants de Bonn ont-ils créé un président sans grande possibilité d'action. Contrairement aux présidents des III e , IV e et V e  Républiques françaises, il ne préside pas le Conseil des ministres. Pour la désignation du chancelier, il propose une personnalité au Bundestag ; mais si l'assemblée […] Lire la suite

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Henri MÉNUDIER, « HEINEMANN GUSTAV - (1899-1976) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/gustav-heinemann/