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GRAFFITI

Toutes les expressions regroupées sous le terme de graffiti possèdent en commun quelques caractéristiques, ce qui justifie qu'on les considère comme une classe distincte de phénomènes. L'étude étymologique du terme ne suffit pas à comprendre la nature intrinsèque des diverses manifestations qu'il indique. La signification profonde des graffiti réside non pas dans les moyens par lesquels ils sont effectués, qui ne diffèrent pas de ceux qu'utilisent le dessin et l'écriture en général, mais dans la nature – autant psychologique que matérielle – des supports sur lesquels ils sont réalisés. Peu usité au xixe siècle, où il semble avoir été employé pour la première fois dans d'autres langues que l'italien, le terme « graffiti », qui avait auparavant désigné tous griffonnages, grattages et gribouillis, quels que soient leurs supports, prit, à cette époque-là, un sens nouveau ; il devint, pour les archéologues et les paléographes, un terme général servant à distinguer les inscriptions populaires cursives des inscriptions officielles formelles trouvées sur les monuments antiques. De nos jours, il désigne des inscriptions et des dessins non officiels tracés à main levée, et suppose des supports (mur de bâtiment, muraille, colonne, etc.) d'un caractère particulier.

Le P. Raffaele Garruci fut, sinon le premier à étudier les graffiti figuratifs antiques, du moins le premier à en publier une collection importante. C'est à lui que l'on doit d'avoir étendu le sens du terme, qui ne désignait à un moment donné que les inscriptions cursives antiques, à la désignation des dessins muraux populaires antiques. Aujourd'hui, il est généralement admis d'appeler graffiti tout dessin et toute inscription non officiels se trouvant sur une surface, architecturale ou autre, dont la fonction principale se distingue de celle des supports habituellement employés pour le dessin et l'écriture. Le plus souvent, ce sont des surfaces fixes et verticales.

Le mur de bâtiment, la muraille, le couloir, les ouvertures (porte, fenêtre) sont les lieux d'élection des auteurs de graffiti depuis des milliers d'années, comme le démontre l'anecdote racontée par Gaston Maspéro, dans son livre Causeries d'Égypte, au sujet de la découverte d'un graffite dans la pyramide de Meidoum : « [Elle] avait si bien résisté aux fouilleurs et même à Mariette qu'on l'estimait vierge et qu'on en attendait merveille. Lorsque j'y entrai en 1881, la première chose que j'y vis, ce fut un nom de scribe calligraphié à l'encre dans la feuillure de la porte, le scribe Sokari, et à côté la mention de son collègue Amonmosu. Ils paperassaient sous la XVIIIe dynastie, plus de deux mille ans après la construction, et ils allaient examiner le tombeau du roi Snofrout comme nous visitons celui de Charlemagne à Aix-la-Chapelle... » Dans le milieu urbain d'aujourd'hui, les murs des lieux d'aisance et des couloirs du métro, les surfaces de voitures poussiéreuses, les affiches publicitaires et toutes surfaces en bois, métal ou matériaux synthétiques : banc, porte, etc., attirent autant les graffiti que les murs extérieurs de bâtiment, tout comme les arbres, principalement l'érable et le bouleau, les rochers et les parois rocheuses.

La tradition veut que l'on distingue des graffiti la gravure, la peinture rupestre, les pictogrammes des peuples sans écriture et des peuples préhistoriques et les runes des anciens peuples scandinaves et germaniques ; car, en bien des cas, ces expressions constituent l'essentiel de leurs manifestations graphiques officielles.

Au service de l'histoire

Comme le remarque, avec raison, l'abbé Martigny dans son Dictionnaire des antiquités chrétiennes, l'étude des graffiti des civilisations antiques n'est pas « une simple affaire[...]

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Écrit par

  • : professeur de criminologie et de justice pénale à l'université du Missouri, Saint Louis (États-Unis)
  • : professeur de criminologie et de justice pénale à l'université du Missouri, Saint Louis (États-Unis)
  • : docteur en ethnologie de l'université de Paris
  • Universalis : services rédactionnels de l'Encyclopædia Universalis

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Média

Graffiti à New York

Graffiti à New York

Autres références

  • ART URBAIN

    • Écrit par Stéphanie LEMOINE
    • 2 727 mots
    • 4 médias
    ...en effet sur la côte est des États-Unis un mouvement esthétique promis à une diffusion internationale : le writing (nom donné par les Anglo-Saxons au graffiti d'inspiration new-yorkaise et que les graffeurs préfèrent à celui, trop générique, de graffiti). Porté par l'essor du Civil Rights Movement,...
  • BANKSY (1974- )

    • Écrit par Stéphanie LEMOINE
    • 1 126 mots
    ...classe ouvrière, les très rares personnes qui acceptent d'évoquer sa biographie disent qu'il appartiendrait à la classe moyenne. À l'âge de quatorze ans, il se mêle à la scène graffiti du quartier de Barton Hill (Bristol), mais s'écarte rapidement des normes esthétiques du milieu, qui proscrit toute autre...
  • BASQUIAT JEAN MICHEL (1960-1988)

    • Écrit par Élisabeth LEBOVICI
    • 963 mots
    ...cartes postales et de sweat-shirts illustrés – le rapprochent d'une forme de culture populaire extrêmement vivace dans le New York des années 1970 : les graffitis. Organisés en une société hiérarchisée, les auteurs de Tags (« signatures ») doivent franchir toutes sortes d'épreuves avant de pouvoir...
  • BRASSAÏ GYULA HALÁSZ dit (1899-1984)

    • Écrit par Anne de MONDENARD
    • 1 866 mots
    • 1 média
    Parallèlement, depuis 1932, Brassaï photographie desgraffitis anonymes dessinés ou gravés sur les murs de la capitale. Il s'agit d'« objets trouvés » repérés lors de ses marches et rassemblés pour leur valeur poétique. On y voit des visages bruts, qui font écho à ceux des personnages étranges rencontrés...
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Voir aussi