MACCHIA GIOVANNI (1912-2001)

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Giovanni Macchia a été un maître des études françaises en Europe, à l'université de Rome, où il avait été appelé en 1949. En quittant Pise – l'université et l'École normale – où il enseignait depuis 1938, il faisait retour à la ville où il avait accompli des études universitaires brillantes qui s'étaient achevées par un travail consacré à Baudelaire. En Italie, Giovanni Macchia n'était pas, comme ses pairs de la Sorbonne, habité par le fantasme positiviste. Son approche des textes ne fut ni psychologique ni philosophique, comme ce put être le cas à Genève, pour Leo Spitrer ou Jean Starobinski. Avait-il une méthode ? Plutôt une écriture d'essayiste : comme Emilio Cecchi, Mario Praz, Sergio Solmi ou Giacomo De Benedetti, il promenait, à l'abri de son érudition professorale, une intuition d'écrivain sur les grands textes du passé lointain ou immédiat.

Ces noms, avec quelques autres, sont ceux des aînés, qui figurent dans l'autobiographie intellectuelle que constitue Gli anni dell'attesa (1987). Macchia s'est voulu l'héritier de ces critiques-écrivains, souvent connus d'abord par l'entremise de leurs livres, puis directement. En même temps qu'il délimite son propre espace, il permet au lecteur de percevoir ce qu'a été l'exercice de la critique littéraire en Italie depuis Francesco De Sanctis. Il a sans doute aussi conscience que plusieurs de ces brillants essayistes ont interrogé des littératures étrangères avec lesquelles ils ont partie liée. Parce que l'œuvre de Macchia n’a été connue que tardivement en France, on risque de l'isoler, alors que c'est tout un contexte culturel qui figure à l'arrière-plan du dessein dans lequel cet homme, né à Trani dans les Pouilles, s'était engagé. Mais peut-être qu'au cours des années 1960 cette culture, en Italie même, s'effilochait.

En 1939, Giovanni Macchia publie son Baudelaire critico, suivi en 1946 de Baudelaire e la poetica della malinconia. L'auteur des Fleurs du mal sera la référence constante de cette œuvre critique immense. À Baudelaire, on pourrait relier l'idée même des deux titres symétriques : Il Mito di Parigi (1965) et Le Rovine di Parigi (1985). Préfacé par Italo Calvino, Paris en ruines obtiendra le prix Médicis Essais en 1988.

Le jeune essayiste est pris aux lacs de l'œuvre de Baudelaire, et le dialogue critique ne s'interrompra plus. Mais Macchia interrompt-il jamais le dialogue avec les auteurs qui comptent pour lui, qu'il s'agisse de Molière ou des moralistes du xviie siècle ? L'instrument de l'approche est la prose du critique, qui procède par essais successifs publiés souvent en revue ou sur la page littéraire d'un quotidien (la fameuse terza pagina), qui vise des auteurs variés, qu'on abandonne et auxquels on revient dans une optique différente, en fonction d'un livre qui vient de paraître ou qu'on a déniché chez l'antiquaire. Une idée neuve, un trait d'érudition ou même un lieu commun sont le point de départ de la page que le critique écrit. Des essais épars regroupés savamment et transversaux par rapport à l'histoire de la littérature, naît le livre, au titre toujours séduisant, et autour duquel a cristallisé une intuition critique qui a un fondement historique interprétatif : Il Paradiso della ragione (1960), La Scuola dei sentimenti (1963), i Fantasmi dell'opera (1971), La Caduta della luna (1973), Il Silenzio di Molière (1975). Pour ce maître intelligent – être intelligent c'est lier –, la littérature française est processive en son déroulement, à l'opposé de l'italienne. L'ombre et la lumière y sont constamment les deux faces d'une même identité, et il ne faut donc pas se laisser prendre au piège qui oppose la raison aux sentiments, à l'époque classique comme dans le temps présent.

Macchia n'était pas un comparatiste. Il était mieux que cela. Il n'ignorait pas qu'en Europe il n'y a aucune grande littérature qui, plus que la française et l'italienne, exige, quelle que soit l'époque considérée, de procéder par recoupements. C'était sa pratique, et celle-ci pouvait s'étendre à d'autres littératures, voire à d'autres activités artistiques que la production littéraire : on lira par exemple ses belles pages sur Liotard et Watteau dans Elogio d [...]

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Écrit par :

  • : professeur des Universités, en poste à l'université de Grenoble-III-Stendhal

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«  MACCHIA GIOVANNI (1912-2001)  » est également traité dans :

ÉLOGE DE LA LUMIÈRE (G. Macchia)

  • Écrit par 
  • Adrien GOETZ
  •  • 1 418 mots

Giovanni Macchia est un de ces professeurs italiens, esthètes, mélomanes, érudits, cosmopolites, de la famille des Mario Praz – type d'esprits peu familiers au public français, qui les découvre toujours avec retard pour les reléguer ensuite au second rang : inclassables, touche-à-tout, ennemis des formules et des théories. Praz avait orienté sa curiosité […] Lire la suite

Pour citer l’article

Claude AMBROISE, « MACCHIA GIOVANNI - (1912-2001) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/giovanni-macchia/