SOLMI SERGIO (1899-1981)

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Fils du philosophe et historien Edmondo Solmi, Sergio Solmi naît à Rieti, en 1899. Il vit avec sa famille à Livourne, jusqu'en 1907, puis à Turin, où il étudie le droit. Il part combattre en 1917, en tant qu'appelé. Après la guerre, il se lie d'amitié avec Montale, fonde avec Giacomo Debenedetti la revue littéraire Primo Tempo, en 1922, et compose ses premières poésies. Parti chercher du travail à Milan, il devient avocat au barreau, puis est engagé par la Banca commerciale italiana. Flâneries, souvenirs d'enfance et onirisme nourrissent les proses et les vers de facture classique de son second volume poétique, Fine di stagione (1933). L'association du plaisir sensuel à une « brûlure » et le topos de l'avion, symbolisant l'évasion, resteront des motifs chers à l'auteur.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Solmi devient membre de la Résistance. Arrêté en 1945, il s'évade et se réfugie à Bergame, puis il est repris et emprisonné à San Vittore. Cette expérience de la violence quotidienne influencera le recueil Poesie (1950), qui reprend le précédent, augmenté de nouvelles compositions. Flâneur curieux et sensible, le poète y conserve un ton méditatif, qui s'enrichit désormais de nombreuses références littéraires, liées à son intense activité de traducteur et de critique. La sensualité des émotions perdure, atténuée cependant par une distance pudique, mais le souvenir des deux guerres confère plus de place à la souffrance, notamment dans la section « Du cahier de Mario Rossetti », de son nom de résistant.

Le prix critique Montparnasse, remporté en 1949, est l'occasion d'un voyage à Paris, dont il retrace les impressions dans le recueil Levania (1956). Le poème liminaire, qui donne son titre au recueil, figure une réincarnation fantomatique du poète en amant de la lune, endormi par elle dans un sommeil éternel pour échapper à la vieillesse. Imprégné de sa passion pour le fantastique, ce volume reflète le désir tourmenté d'une réalité qui échapperait à l'histoire. L'essai sur la science-fiction Le Meraviglie del possibile (1959), publié avec Carlo Fruttero, analyse les thèmes des mondes parallèles et du voyage à travers la « machine du temps », qui imprégneront ses poèmes ultérieurs. Le recueil Scrittori negli anni (prix Viareggio 1963) rassemble ses articles portant sur la littérature du xxe siècle.

Une poésie de plus en plus quotidienne et méditative s'exprime dans Dal Balcone (1968), qui réunit Levania et de nouveaux textes, centrés sur le souvenir, la méditation et l'activité critique. Le mètre classique s'y plie à une langue contemporaine, qui identifie la vie à « une peine, une erreur vagabonde », parmi les « splendides géométries » de l'univers. L'anthologie critique Scritti leopardiani (1969) analyse le rationalisme et l'écriture classique de Leopardi, qui resteront ses modèles. Ses proses poétiques sont ensuite réunies dans Meditazioni sullo scorpione (Méditations sur le scorpion, 1972), et ses poèmes en vers dans Poesie complete (1974 et 1976), enrichi de la section inédite « La rosa gelata ». L'écriture de Solmi procède désormais par antithèse, opposant présent et passé, plaisirs et douleurs, à travers des mots composés tels que « naissance-mort », qui traduisent le déchirement émotionnel du poète. La réédition posthume de cette anthologie, en 1983, y ajoute des textes inédits, parmi lesquels des contes merveilleux écrits pour sa fille, « Six poésies françaises » composées à Paris en 1949, riches de références à Baudelaire, et de nouvelles méditations sur l'inéluctabilité du destin, imprégnées de ses traductions de l'iranien et de ses lectures platoniciennes.

Vis-à-vis de son énorme production critique, sur Leopardi, les auteurs contemporains, la littérature française, et notamment Alain, Montaigne, Rimbaud et Laforgue, mais aussi sur la poétique et les fonctions de l'art, la poésie de Solmi semble demeurer une activité marginale. Très isolée par sa forme « néo-classique », ses thèmes méditatifs et intellectuels, et souvent qualifiée de « mineure », son œuvre poétique reflète pourtant une cohérence déconcertante, à « rattacher idéalement aux leçons leopardiennes ». Le thème de la « peine égale » de l'existence, soumise aux aléas monotones du sort, rapproche également Solmi de l'un de ses contemporains, Umberto Saba.

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Écrit par :

  • : D.E.A. de littérature italienne contemporaine à l'université de Paris-III- Sorbonne nouvelle

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Carina MEYER-BOSCHI, « SOLMI SERGIO - (1899-1981) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/sergio-solmi/