GUARINI GIOVAN BATTISTA (1538-1612)

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Jusqu'en 1583 la carrière de courtisan de Giovan Battista Guarini se déroule à la cour de Ferrare, sa ville natale, auprès des ducs d'Este qui lui confient un enseignement de rhétorique et plusieurs missions diplomatiques à Rome, à Turin et en Pologne. C'est également à Ferrare qu'il se lie au Tasse, ami et rival dans la course aux faveurs du Prince. Un différend avec le duc Alfonso II le pousse ensuite à entrer au service du grand-duc de Toscane, puis de Francesco Maria della Rovere à Urbin.

Son nom est surtout lié au Pastor fido (Le Berger fidèle), fable pastorale en forme de tragi-comédie en cinq actes et en vers, qui connut de son temps un extraordinaire succès. L'alternance d'hendécasyllabes et d'heptasyllabes qui la caractérise est l'un des nombreux procédés par lesquels Guarini s'efforce de surpasser le Tasse dont l'Aminta (1573) avait renouvelé le genre de la fable pastorale. Composé de 1580 à 1583, et publié en 1590, puis, dans sa version définitive, en 1602, le Pastor fido narre les amours contrariées de Mirtillo et d'Amaryllis, de Silvio et de Dorinda, puis leur heureux dénouement. La subtilité de l'intrigue, la sensualité de l'atmosphère et la musicalité de l'œuvre préfigurent et influenceront toute la poésie baroque. Il en ira de même pour l'opéra qui empruntera au Pastor fido plus d'un air et plus d'une situation ; Monteverdi, notamment, en tirera plusieurs madrigaux.

D'autre part, le mélange des genres (tragédie, comédie, drame, fable pastorale) que pratique systématiquement Guarini, à la fois par goût et par souci d'originalité, va faire du Pastor fido une des pièces maîtresses du débat opposant, jusqu'au début du xviiie siècle, les défenseurs et les adversaires de la poétique aristotélicienne. Guarini lui-même lui oppose une poétique des « genres mixtes » et du pur divertissement, dans son précis de poésie tragi-comique (Compendio della poesia tragicomica, 1601). Guarini compta encore parmi ses admirateurs les frères Schlegel et Mme de Staël, qui voyaient dans le Pastor fido une alliance exemplaire, et inimitable, de la tragédie grecque et de l'esprit romantique. On lui doit également des poèmes (Rime, 1598), une comédie, L'Idropica (L'Hydropique, 1613), un traité politique posthume sur la liberté et un dialogue didactique sur l'art épistolaire, Il Segretario (Le Secrétaire, 1593).

—  Jean-Michel GARDAIR

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Jean-Michel GARDAIR, « GUARINI GIOVAN BATTISTA - (1538-1612) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 15 novembre 2018. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/giovan-battista-guarini/