GERMAINS

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Formation des peuples germaniques

Avant César, l'histoire n'a presque aucun moyen direct d'atteindre les Germains, du moins quand ils ne quittent pas leur pays d'origine. Le recours à l'archéologie et à la préhistoire, discrédité par trop d'essais imprudents ou partiaux, ne peut être que fort circonspect. Il ne permet que de reconstituer des aires de civilisation, dans le sens le plus matériel du mot, et la coïncidence de celles-ci avec les aires linguistiques ou avec tel peuple connu quelques siècles plus tard reste très problématique. Il semble précisément qu'entre les Germains et les plus importants de leurs voisins méridionaux, les Celtes, les traits de civilisation communs, et même les populations intermédiaires, aient été nombreux.

C'est donc seulement à titre de conjecture que l'on indique les résultats proposés par les archéologues : un peuplement germanique s'étendant à l'âge du bronze sur la Suède méridionale, le Danemark et l'Allemagne du Nord entre la Weser et l'Oder, puis débordant progressivement au cours du dernier millénaire avant notre ère sur la grande plaine européenne pour atteindre vers 500 avant J.-C. le Rhin inférieur, la Thuringe et la basse Silésie. C'est alors, au moment où triomphe partout l'emploi du fer, que l'expansion germanique vers le sud rencontre l'écran du peuplement celtique, qui s'étend du Rhin moyen au Danube moyen, avant de se prolonger vers l'Italie du Nord, les Balkans et l'Asie Mineure. Jusque vers le ier siècle avant J.-C., cet écran intercepta la plupart des contacts directs entre le monde méditerranéen et le monde germanique : c'est à juste titre que les archéologues scandinaves qualifient la première phase de l'âge du fer d'« âge du fer celtique ». Mais une détérioration climatique contribua peut-être à déclencher, vers le iiie siècle avant J.-C., une série de mouvements profonds qui conduisirent peu après les premiers Germains à la rencontre des civilisations classiques.

Les trois groupes principaux

La période qui va du iiie siècle avant J.-C. au début de notre ère est décisive dans la formation des peuples germaniques. C'est alors que commencent à se différencier les grands rameaux nordique, ostique et westique, différenciation qui deviendra de plus en plus tranchée, par effacement des peuples intermédiaires.

Le groupe nordique, qui a gardé son unité substantielle jusque vers le début de l'âge des Vikings, a toujours été localisé en Scandinavie, où aucune couche linguistique antérieure n'a laissé de traces reconnaissables. Toutefois, il n'occupe pas le nord de la Suède et de la Norvège, domaine des Lapons, et la péninsule jutlandaise reste jusqu'au ve siècle de notre ère partagée, avec des populations germaniques intermédiaires, entre le rameau nordique et le rameau westique. Le groupe nordique est l'ancêtre direct des Scandinaves actuels.

La plupart des ancêtres du groupe ostique paraissent également issus de Scandinavie. Par migrations successives, ils arrivèrent, entre le iiie siècle et le début de notre ère, sur la rive méridionale de la mer Baltique, entre la base de la péninsule jutlandaise et le delta de la Vistule. De là, ils s'enfoncèrent dans l'intérieur du continent selon des itinéraires variés. La plupart des points de départ habituellement proposés n'ont été déterminés qu'en raison de rapprochements onomastiques qui demeurent assez conjecturaux : les Gots viendraient du Götaland (en Suède méridionale, entre le lac Vänern et la Baltique) ou de l'île de Gotland, les Vandales du Vendsyssel dans le nord du Jutland, les Burgondes de l'île de Bornholm, etc. L'archéologie n'apporte à ces hypothèses que des confirmations partielles ; elles restent néanmoins fort vraisemblables. Les parlers ostiques n'ont eu qu'une seule expression littéraire : le gotique de Vulfila, aux ive, ve et vie siècles de notre ère ; ils ne sont plus représentés par aucune langue actuelle. Comme ils étaient relativement proches des plus anciens parlers nordiques, certains linguistes les regroupent avec ceux-ci dans un ensemble « goto-scandinave ».

Le groupe westique est à la fois le mieux connu, en raison de ses contacts prolongés avec le monde méditerranéen et de son abondante postérité actuelle – toutes les langues germaniques parlées aujourd'hui en dehors de la Scandinavie en font partie –, et le plus complexe. Au début de son histoire, il occupe la plaine de l'Allemagne du Nord à l'ouest de l'Elbe, une partie des Pays-Bas et de la péninsule jutlandaise. Un de ses rameaux, en bordure de la mer du Nord, présente dès le début de notre ère une nette originalité : c'est la souche des Frisons et des Anglo-Saxons.

Diversité des genres de vie

L'existence d'une civilisation germanique commune est un postulat sur lequel ont reposé de très nombreux travaux d'érudition depuis près de deux siècles. On ne peut l'admettre qu'à condition de n'y voir qu'un cadre très général, soulignant des analogies sociologiques, mais admettant dès les origines de grandes variations dans les genres de vie et les institutions. Cette diversité apparaît dès les premières descriptions d'ensemble dues à des historiens ou des géographes romains : Strabon (vers 18 apr. J.-C.), Pline l'Ancien (vers 75), Tacite (en 98), Ptolémée (vers 150) ; les recherches archéologiques et linguistiques confirment cette impression.

Ces sources nous renseignent plus sur les Germains de l'Allemagne actuelle que sur ceux de Scandinavie, que Rome ne connut que très indirectement. Elles répartissent les premiers en trois (Tacite) ou cinq (Pline) groupements qui n'ont pas grand-chose de commun avec ceux que discerne la linguistique. Leur caractère est sans doute sociologique, comme dans la plupart des cas où l'historiographie antique invoque une généalogie mythologique. Le système de Pline, le plus complet, distingue les Vandili dans la Germanie du Nord-Est (parmi ces derniers les Burgondes et les Gots), les Ingvaeones dans les régions maritimes du Nord-Ouest (dont les Cimbres, les Teutons et les Chauques), les Isthaeones ou Istaevones en Germanie centrale, les Herminones (dont les Suèves, les Chattes et les Chérusques), enfin les Bastarnes, émigrés très tôt vers les régions de la mer Noire.

Depuis l'âge du bronze, les habitants de la Scandinavie se consacraient soit à la vie maritime, soit à l'agriculture sédentaire ou semi-itinérante. L'une et l'autre sont illustrées par de remarquables gravures rupestres, notamment dans la province suédoise de Bohuslän. La densité de la population restait faible et, avant le Moyen Âge, le seu [...]

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Pour citer l’article

Lucien MUSSET, « GERMAINS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/germains/