EVEREST GEORGE (1790-1866)

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Géographe britannique né le 4 juillet 1790 à Crickhowell (Pays de Galles), George Everest est surtout connu pour avoir donné son nom à la plus haute cime terrestre. Cette reconnaissance lui vient de ses travaux de cartographie de l’Inde, par lesquels il a précisé, notamment, la localisation et la mesure de l’altitude des plus hauts sommets du monde. Pourtant, Everest a marqué l’histoire des sciences et plus particulièrement celle d’une discipline à ses balbutiements – la géodésie – par un fait plus méconnu. Il a été, en effet, un des pionniers de la théorie de l’isostasie ; celle-ci explique que les roches de la croûte terrestre sont soumises à une même pression à une certaine profondeur de la Terre, indépendamment des différences de relief en surface.

En 1806, George Everest entre à l’Académie militaire de Woolwich près de Londres, où il excelle en mathématiques, en particulier en trigonométrie. Devenu lieutenant d’artillerie, il part pour l’Inde et devient, en 1818, l’assistant du colonel William Lambton au Service géodésique des Indes. Il en prend la direction en 1823. Everest poursuit le travail de Lambton : la triangulation et la cartographie de l’Inde. Au cours d’une de ses missions, il note une forte anomalie gravimétrique dans l’Himalaya grâce à un fil à plomb. Ce dernier indique en effet toujours la verticale, c’est-à-dire la direction du centre de la Terre, sauf si une masse très importante comme celle de reliefs montagneux attire et dévie le fil à plomb. Or Everest observe une déviation du fil à plomb bien plus faible que celle prévue par les calculs empiriques prenant en compte l'excès de masse de l’Himalaya, comme si ces montagnes étaient creuses ou de moindre densité qu’on ne l’imaginait. Le Français Pierre Bouguer (1698-1758) avait fait auparavant une observation similaire dans les Andes, au cours de la mission de l’Académie des sciences destinée à mesurer la rotondité de la Terre à partir de l’équateur. Cependant, la communauté scientifique ne prêta guère attention aux observations de ces deux scientifiques et explorateurs. Les premières tentatives d’explications du phénomène sont apportées par la suite par deux Britanniques, l’astronome George Bidell Airy (1801-1892) et le mathématicien John Henry Pratt (1809-1871). Selon Airy, la compensation du relief topographique (masse montagneuse apparente) est assurée en profondeur par la présence d’une racine de même densité que les roches de surface, et donc de densité plus faible que les couches plus profondes sur lesquelles elles reposent (le manteau). Cette « racine légère » diminue la pesanteur totale associée au relief. Selon Pratt, les montagnes sont composées de matériaux plus légers que celui des plaines ou des océans, ce qui explique le déficit d'attraction. Ces deux hypothèses s’appuient sur la densité des matériaux. Le géophysicien américain Clarence Edward Dutton (1841-1912) fait la synthèse de ces observations. Il confirme et précise les différences de densité entre les divers éléments de la croûte terrestre : les continents, dont l'ensemble est appelé sial à l'époque (pour silicium et aluminium, principaux éléments du granite, qui constitue l'essentiel des continents), plus légers, flottent sur une couche plus dense, le sima (pour silicium et magnésium, principaux éléments du basalte), formant le fond des océans. Dutton explique ainsi que les montagnes possèdent une racine plus importante pour pallier leur plus faible densité et rétablir l'équilibre de la croûte terrestre. Ces reliefs remontent au cours de leur érosion, à la manière d'une péniche qui s'élève lorsqu'elle est déchargée : c'est la théorie de l'isostasie, bien illustrée par l’effondrement de la Scandinavie sous le poids des inlandsis des glaciations du Quaternaire, et son relèvement après leur fonte.

Vue du mont Everest

Photographie : Vue du mont Everest

Le mont Everest doit son nom au géodésien George Everest qui en détermina l'altitude. À cette occasion, ce scientifique montra aussi l'existence d'une anomalie de gravité au voisinage de la chaîne de l'Himalaya. Il en déduisit que les montagnes avaient une sorte de racine et flottaient sur... 

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En 1843, George Everest, malade, renonce à son poste en Inde et rentre à Londres. Il devient membre de la Royal Society et est anobli en 1861. En 1862, il est élu vice-président de la Royal Geographic Society. Il meurt le 1er décembre 1866 et est enterré à Hove, près de Brighton.

La faible déviation de fils à plomb près de grandes chaînes montagneuses a été l’un des éléments fondateurs de la théorie de la dérive des continents que formula Alfred Wegener en 1912. À l’époque d’Everest, la théorie qui prévalait pour expliquer les correspondances géologiques et biologiques entre des continents aujourd’hui très éloignés et séparés par de larges océans était celle du géologue autrichien Eduard Suess (1831-1914), formulée dans son ouvrage majeur La Face de la Terre (Antlitz der Erde, 1883-1909) : des « ponts continentaux » permettaient le passage des espèces et expliquaient, par exemple, la continuité des chaînes de montagnes calédoniennes et hercyniennes entre l’Europe et l’Amérique du Nord ; ces ponts continentaux se seraient ensuite effondrés dans les profondeurs de la Terre au cours des temps géologiques. Cette hypothèse « fixiste » des ponts continentaux n’est pas compatible avec l’isostasie : la croûte, plus légère que le sima, ne peut s’y effondrer. Si les continents présentent des analogies structurales et biologiques, c’est qu’ils ont été accolés à une certaine époque ; s’ils sont très éloignés à présent, c’est qu’ils ont dérivé en ouvrant des océans les séparant.

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  • : docteur en sciences de la Terre, concepteur de la collection La Science au présent à la demande et sous la direction d'Encyclopædia Universalis, rédacteur en chef de 1997 à 2015

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Pour citer l’article

Yves GAUTIER, « EVEREST GEORGE - (1790-1866) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/george-everest/