SHAW GEORGE BERNARD (1856-1950)

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L'auteur dramatique

Depuis 1892, Shaw est attiré par un nouveau mode d'expression où il va exceller : le théâtre. De 1892 à 1950, il écrit plus de cinquante pièces, dont une trentaine d'au moins trois actes.

Les sept premières sont publiées en 1898 sous le titre Pièces plaisantes et déplaisantes (Plays, Pleasant and Unpleasant). L'Argent n'a pas d'odeur (Widower's Houses, 1892), L'Homme aimé des femmes (The Philanderer, 1893) et La Profession de Mrs. Warren (Mrs. Warren's Profession, 1893) sont des pièces de combat, s'attaquant de front aux abus sociaux : les propriétaires de taudis, la prostitution, hypocrisie générale qui masque les réalités sordides. Le pamphlet et la satire dominent, la technique dramatique est encore peu sûre. Shaw s'oriente rapidement vers des pièces plus jouables dans lesquelles la satire est portée par une verve comique et humoristique qui va se développer : Le Héros et le soldat (Arms and the Man, 1894) attaque l'idéal romantique ou romanesque, la gloire militaire, la guerre ; Candida (1894) oppose le bonheur domestique, l'amour et la solitude de l'homme de génie ; L'Homme du destin (The Man of Destiny, 1895), pochade sur Bonaparte, et On ne sait jamais (You Never Can Tell, 1895) complètent le groupe des « pièces plaisantes ».

Les Trois Pièces pour puritains (Three Plays for Puritans, 1901) contiennent entre autres Le Disciple du diable (The Devil's Disciple, 1896), où est abordé le problème religieux et surtout César et Cléopâtre (Caesar and Cleopatra, 1898), pièce dans laquelle éclatent le comique verbal de Shaw et son traitement irrévérencieux de l'histoire.

En 1903, Shaw termine l'une de ses pièces les plus importantes : L'Homme et le Surhomme (Man and Superman). Sur le thème de Don Juan, l'auteur qui commence à élaborer sa philosophie de la « force vitale » soutient que, dans le duel des sexes, c'est l'homme qui est pris en chasse par la femme, poussée par la force de l'instinct vital de la nature, qui tend à élaborer une espèce supérieure, le surhomme.

L'Autre Île de John Bull (John Bull's Other Island, 1904) donne à Shaw l'occasion d'écrire une pièce sur les Irlandais, puis il revient à ses préoccupations sociales : La Commandante Barbara (Major Barbara, 1905), Le Dilemme du Docteur (The Doctor's Dilemma, 1906), Mariage (Getting Married, 1908) abordent tour à tour les problèmes de la pauvreté considérée comme un crime social, de la puissance de l'argent, de la médecine, de l'amour et du mariage. Puis viennent deux pièces, Androclès et le lion (Androcles and the Lion, 1912) qui met en scène les premiers chrétiens et le développement du christianisme, et Pygmalion (1912) qui conte la transformation d'une petite marchande de fleurs en duchesse grâce aux bons soins d'un professeur de phonétique.

La Première Guerre mondiale marque une étape dans la carrière de Shaw. Écrivain célèbre et penseur écouté jusqu'alors, il va s'attirer l'insulte et l'incompréhension de l'opinion par ses prises de position lucides et sans préjugés sur la politique de son pays. (Commonsense about the War, 1914). Écrite de 1913 à 1916, La Maison des cœurs brisés (Heartbreak House) offre un tableau pessimiste de l'Europe cultivée d'avant-guerre, qui a failli à sa mission par incompétence politique. Retour à Mathusalem (Back to Methuselah, 1918 à 1921), énorme spectacle allégorique et symbolique en cinq pièces, représente la somme philosophique de Shaw, « pentateuque métabiologique » montrant la « force vitale » et l'« évolution créatrice » à l'œuvre dans l'univers, élaborant des surhommes, les « anciens », êtres chargés d'ans qu'habite seul un tourbillon de pure intellectualité. Ici, la vigueur dramatique ne parvient plus à animer ces pièces écrasées par leur thème et par l'utopie.

En 1923 paraît un des derniers chefs-d'œuvre de Shaw, Sainte Jeanne (Saint Joan), qui étudie les relations entre la société, ses génies et ses saints, une société incapable de discerner dans l'hérésie du jour la vérité du lendemain.

Véritable figure légendaire, Shaw est maintenant l'homme de son époque, le réformateur et le prophète. Il reçoit le prix Nobel en 1925. Parmi les pièces qu'il ne cessa d'écrire jusqu'à sa mort (qui survient à Ayot Saint Lawrence), on peut citer : La Charrette de pommes (The Apple Cart, 1929), satire politique ; Le Naïf des îles imprévues (The Simpleton of the Unexpected Isles, 1934) ; Genève (Gene [...]

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  • : maître assistant à la faculté des lettres et sciences humaines de Montpellier

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Pour citer l’article

Jean-Claude AMALRIC, « SHAW GEORGE BERNARD - (1856-1950) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 07 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/george-bernard-shaw/