GABO NEEMIA PEVSNER dit NAUM (1890-1977)

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Le Manifeste réaliste

Socialistes convaincus, les trois frères, comme toute l'avant-garde artistique de l'époque, retournent à Moscou en novembre 1917 pour travailler avec le nouveau régime et retrouver ce bouillonnement culturel qui caractérise en Russie les années 1910-1920. Mais déjà se rompt l'idylle, puis la coexistence pacifique entre ceux que les hommes politiques nomment en bloc « futuristes » et la bureaucratie de l'après-révolution. C'est par pur hasard que le Manifeste réaliste, placardé sur les murs de Moscou pendant l'été de 1920, sera déchiffré scrupuleusement – sans rien y comprendre – par la population soviétique, comme s'il était un de ces innombrables décrets gouvernementaux, quotidiennement promulgués à cette époque de guerre civile : la responsable des éditions d'État, la sœur de Trotski, n'ayant pas lu le texte, et croyant, à cause de son titre, à une attaque en règle contre les mouvements d'avant-garde que le régime commençait à réprouver, avait autorisé sa publication. De fait, pour Gabo, de telles sculptures sont réalistes, et il récuse le terme d'« abstraction », car elles figurent les énergies et les rythmes qui mettent en œuvre toute matière. Là encore, ce manifeste, l'un des documents les plus clairs concernant l'art moderne, est l'œuvre exclusive de Gabo (même si Pevsner, organisant avec son frère cet autre coup de force que fut leur exposition dans la rue, le contresigne). '

Quittant la Russie à la fin de l'été de 1922 lorsque les tracasseries de l'administration tenteront de l'empêcher de poursuivre ses recherches, Gabo continue d'élaborer patiemment les subtiles volutes géométriques de ses constructions transparentes (en Plexiglas, en verre, en fil de Nylon), si différentes selon la position du spectateur. Il s'installe d'abord à Berlin (1922-1932), alors capitale intellectuelle de l'Europe en participant au November-Gruppe, puis à Paris où il devient membre du groupe Abstraction-Création (où il avait d'ailleurs réalisé en 1926 un prodigieux décor de formes translucides pour un ballet de Diaghilev, La Chatte, qui fut monté ensuite à Monte-Carlo), puis à Londres en 1936 (où il accueille Piet Mondrian). Après la guerre, il se fixe définitivement aux États-Unis où il travaillera jusqu'à sa mort en 1977, dans un garage de Waterbury (Connecticut) qu'il a transformé en atelier. En 1952, Naum Gabo obtient la nationalité américaine et enseigne à la Graduate School of Architecture de l'université Havard. Certaines de ses sculptures des années 1920, Colonne (1923, Museum of Modern Art, New York) et Construction (1924, Yale University Art Gallery), conçues comme de véritables manifestes constructivistes en jouant sur l'agencement de différents plans, témoignaient d'un désir de monumentalité, qui se matérialisera avec le Monument du Bijenkorf (1956-1957) à Rotterdam, élevé en acier.

Outre qu'il prônait l'utilisation du mouvement et le travail du vide, le Manifeste réaliste de Gabo exigeait de l'art qu'il soit un modèle éthique. Il présentait ses réflexions sur la peinture et les autres arts dans ses conférences, données en 1962. La rigueur de son œuvre, si rare – un peu plus d'une centaine de sculptures, à peine deux par an dans ses dernières années, quelques tableaux et gravures –, vient de son refus de toute compromission (aucun marchand ne put jamais le convaincre d'achever plus vite un travail). À ce titre aussi, Gabo est l'une des dernières grandes figures de l'art moderne, les lois du marché imposant désormais de plus en plus facilement leurs diktats aux artistes.

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Pour citer l’article

Yve-Alain BOIS, « GABO NEEMIA PEVSNER dit NAUM - (1890-1977) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/gabo-neemia-pevsner-dit-naum/