SICKINGEN FRANZ VON (1481-1523)

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Gentilhomme allemand, chef de la révolte des chevaliers (1522), figure énigmatique des premières années de la Réforme, Franz von Sickingen est né au château d'Ebernburg, près de Worms. Chef de mercenaires, il mène des razzias contre de nombreux seigneurs, ce qui lui permet d'acquérir une solide position politique entre la Nahe et l'Alsace. Il passe au service de Charles Quint dans ses campagnes contre le Wurtemberg (1519) et la France (1521). Appartenant, comme son ami Ulrich von Hutten, à la noblesse allemande du Sud humiliée par sa déchéance économique et sociale, il se montre soucieux de l'indépendance et de la grandeur de la nation allemande. Il se regarde comme le protecteur du bien public contre les villes et les princes et comme le gardien du vieux droit coutumier contre le droit romain. Gagné par Hutten à la double cause de l'humanisme national et de la Réforme, il accueille dans ses châteaux de nombreux humanistes et des réformateurs, tels Bucer et Œcolampade. L'Ebernburg devient un foyer actif des idées nouvelles, une véritable auberge de la justice. Mais Sickingen est moins attiré par la foi protestante que par la liberté allemande menacée par l'Église romaine.

En janvier 1522, élu capitaine de la chevalerie souabe et rhénane et à l'instigation de von Hutten, il prend la tête d'une révolte qui grondait depuis quelque temps et que Luther avait empêché d'éclater lors de la diète de Worms. Il envahit les terres de l'archevêque de Trèves et attaque la capitale elle-même, mais se heurte à la résistance du prélat, qui reçoit l'appui du landgrave Philippe de Hesse, de l'électeur palatin et des villes de la ligue de Souabe. Contraint de s'enfermer dans son château de Landstuhl, il se rend et meurt sous l'écroulement des murs le 7 mai 1523, tandis que les chevaliers sont écrasés et leurs forteresses abattues. Von Hutten, alors réfugié en Suisse, s'écrie en apprenant la nouvelle et peu de temps avant de s'éteindre lui-même : « Avec Franz, mon âme est morte, il ne me reste qu'à le suivre. »

Pris entre ses propres intérêts et le service des « libertés germaniques », ainsi que celui de la Réforme dans la mesure où elle lui semblait pouvoir soulever le pays contre Rome et les princes, protecteur de Reuchlin attaqué par les Dominicains, Sickingen, guerrier généreux aux allures de condottiere, ne parvint pas à devenir le chef de la révolution nationaliste que ses amis voulaient faire de lui.

—  Bernard VOGLER

Écrit par :

  • : docteur ès lettres, professeur d'histoire de l'Alsace à l'université de Strasbourg-II

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ALLEMAGNE (Histoire) - Allemagne du XVIe et du XVIIe s.

  • Écrit par 
  • Georges LIVET
  •  • 6 499 mots
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Dans le chapitre « La révolte des chevaliers »  : […] Se précisent alors les liens qui unissent la pensée religieuse réformatrice et les forces sociales. La tentative avortée et l'échec éclatant de Franz von Sickingen (1481-1523), dont Dürer a conservé les traits dans la fameuse gravure Le Chevalier et la Mort , symbolise le destin d'une classe sociale menacée, à la fin du Moyen Âge, politiquement par la montée des princes territoriaux, économiquemen […] Lire la suite

Pour citer l’article

Bernard VOGLER, « SICKINGEN FRANZ VON - (1481-1523) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 février 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/franz-von-sickingen/