KUPKA FRANTIŠEK (1871-1957)

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Les premiers pas

František Kupka est né le 22 septembre 1871, dans une petite ville de Bohême orientale, Opočno (aujourd'hui en République tchèque). Ayant montré de précoces inclinations artistiques, il prépare l'entrée à l'Académie des beaux-arts de Prague. Il y est inscrit en 1889, en classe de peinture historique et religieuse, avant d'intégrer, en 1891, la prestigieuse Académie de Vienne, où il reçoit un enseignement marqué par l'héritage des peintres nazaréens. De cette période datent d'ambitieux tableaux allégoriques, comme Le Dernier Rêve de Heine mourant (1893), dont le succès lui vaut quelques commandes de portraits dans l'aristocratie impériale. Parallèlement, le jeune artiste multiplie les lectures scientifiques et philosophiques et s'initie à la théosophie auprès du peintre et chef de communauté Karl Wilhelm Dieffenbach, tandis que lui-même monnaie des talents peu communs de spirite.

C'est en grande partie par volonté de rupture avec cette période de sa vie que Kupka choisit l'exil à Paris. Peu de temps après son installation à Montmartre, il peint Le Bibliomane (1897), qui marque son adoption des conventions de la peinture claire et de plein air. Suivant le conseil de son compatriote l'affichiste Alfons Mucha (1860-1939), il gagne sa vie en donnant des caricatures aux journaux satiriques qui foisonnent à cette époque : Le Canard sauvage, Cocorico, Le Cri de Paris, La Plume, Le Rire, etc. Mais sa verve anticléricale et ses engagements ouvriéristes se lisent surtout dans les séries magistrales que publie L'Assiette au beurre (« L'Argent » en 1902, « Religions » en 1904), ainsi que dans les illustrations du maître ouvrage du géographe anarchiste Elisée Reclus, L'Homme et la terre (à partir de 1905). En accord avec les convictions de l'auteur, pour qui « l'homme est la nature prenant conscience d'elle-même », Kupka déploie la vision d'une humanité promise à un progrès matériel et moral la conduisant à la réalisation de son destin cosmique.

Alors que ses travaux de bibliophilie retiennent de nettes influences de la Sécession viennoise, dont témoignent les bois gravés du Cantique des Cantiques (1905) ou les planches du Prométhée d'Eschyle (1909-1911), Kupka engage bientôt sa peinture dans des voies qui le situent à proximité de l'avant-garde. Il fait également part, dans sa correspondance privée, de son insatisfaction envers les insuffisances du réalisme, et de son désir de peindre « des conceptions, des synthèses et des accords ». Ce programme s'incarne notamment dans un autoportrait halluciné, La Gamme jaune (1907, Musée national d'art moderne-Centre Georges-Pompidou, Paris), où l'artiste, immergé dans le continuum vibratoire de la couleur monochrome, apparaît en état de communion totale avec l'essence lumineuse du monde, tandis que ses yeux troués d'ombre verdâtre traduisent le regard de celui qui a percé l'enveloppe des choses et des êtres. De même, les plages de couleurs chaudes et froides qui saturent les formes classiques de Plans par couleurs. Grand nu (1909-1910, Solomon R. Guggenheim Museum, New York), exposé en 1910 au Salon d'automne, dressent le relevé des centres d'énergie d'intensité variable qui couvent en lui. Dans la vision supra-rétinienne du peintre, le tableau est devenu la plaque sensible où s'impriment, sous forme d'irisations colorées, les énergies vitales qui sourdent du tréfonds de la matière.

Cette iconographie du corps immatériel, où se lit peut-être une fascination, partagée par d'autres artistes, pour la photographie aux rayons X et les possibilités d'extension du regard qu'elle semble promettre, trouve un prolongement dans plusieurs portraits de femme et dans le Portrait du musicien Follot (1910-1911, The Museum of Modern Art, New York), qui confirme l'analogie musicale déjà présente dans La Gamme jaune. Les effets de transparence qui accompagnent ces images affectent également plusieurs œuvres où l'artiste s'attache, en outre, à la décomposition du mouvement selon une méthode qui rappelle la chronophotographie du physiologiste Étienne-Jules Marey. La série de pastels Femme cueillant des fleurs (1909-1910) fixe sur la page plusieurs mouvements successifs selon une méthode cinématique dont la précocité paraît remarquable quant à la chronologie courante de la réception du futurisme en France. Dans les études découl [...]

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Écrit par :

  • : professeur d'histoire de l'art à l'université de Grenoble-II-Pierre-Mendès-France

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Arnauld PIERRE, « KUPKA FRANTIŠEK - (1871-1957) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/frantisek-kupka/