KUPKA FRANTIŠEK (1871-1957)

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L'histoire de l'art a été longue à prendre la mesure de l'apport de František Kupka à l'invention de l'abstraction. Il n'est pas sûr, du reste, que la position du peintre soit bien ferme et définitivement acquise : son œuvre n'a pas encore reçu l'attention que l'on a accordée à celle des autres pionniers de l'art abstrait, et son nom n'est pas spontanément associé à ceux des Kandinsky, Mondrian, Delaunay ou Malévitch qui engagèrent, au même moment ou presque, leur art dans ce que Kupka nommait l'« autre réalité ». L'isolement farouche dans lequel l'artiste, jaloux de ses inventions, s'est volontairement cantonné explique en grande partie ce manque de réception.

Kupka a en effet toujours entretenu des liens ambigus avec les milieux de l'avant-garde. S'il découvre, avant 1910, un usage de la couleur comparable à celui des fauves, c'est avec des motivations sensiblement différentes. De même, il est au courant du travail des cubistes, mais reste indifférent, voire critique, à leur égard. À Puteaux, il est le voisin et l'ami de Jacques Villon, ce qui ne suffit pas à faire de lui un assidu aux réunions qui déboucheront sur l'organisation du salon de la Section d'or, auquel sa participation effective, récemment prouvée, a longtemps été un sujet de controverse. Est-ce pour ses premières toiles abstraites qu'Apollinaire inaugure en 1912 le terme « orphisme » ? La chose, là encore, est discutée, mais de toute façon, Kupka ne voudra jamais reprendre l'étiquette à son compte – pas plus que celle de « musicaliste » sous laquelle Henry Valensi et les siens cherchèrent à l'enrôler. En 1931, il adhère au groupe Abstraction-Création, alors que sa peinture vient de subir une nette inflexion vers la géométrie ; c'est la seule appartenance – éphémère – qu'on lui connaisse. Celui qui disait : « Exposer ? Pourquoi ? Pour que les gens vous copient ? », n'avait eu sa première exposition personnelle à Paris qu'en 1921. De son vivant, on retient en tout et pour tout trois rétrospectives : en 1924 à la galerie La Boétie, en 1936 au Jeu de Paume, à l'occasion de laquelle il classe son œuvre en sept thèmes formels, et en 1946 à Prague, où l'État tchécoslovaque fête son soixante-quinzième anniversaire.

Or sait-on bien – en dehors de toute querelle de prééminence – que Kupka fut le premier à montrer publiquement des toiles qui rompaient délibérément avec toute réalité objective ? C'était au Salon d'automne de 1912, où il exposa Amorpha, fugue à deux couleurs et Amorpha, chromatique chaude, deux tableaux fondés sur la transcription d'impressions musicales et kinesthésiques dans un libre jeu de lignes arabesques. La même année, l'artiste mettait la dernière main au manuscrit de son ouvrage théorique, La Création dans les arts plastiques, écrit en langue française, mais qui ne connut de son vivant (en 1923) qu'une édition tchèque, le privant de la réception qu'aura connue, par exemple, Du spirituel dans l'art de Kandinsky. On trouve pourtant, dans cet admirable traité d'esthétique psychologique, certaines des justifications de l'abstraction les plus pertinentes de leur temps.

Les premiers pas

František Kupka est né le 22 septembre 1871, dans une petite ville de Bohême orientale, Opočno (aujourd'hui en République tchèque). Ayant montré de précoces inclinations artistiques, il prépare l'entrée à l'Académie des beaux-arts de Prague. Il y est inscrit en 1889, en classe de peinture historique et religieuse, avant d'intégrer, en 1891, la prestigieuse Académie de Vienne, où il reçoit un enseignement marqué par l'héritage des peintres nazaréens. De cette période datent d'ambitieux tableaux allégoriques, comme Le Dernier Rêve de Heine mourant (1893), dont le succès lui vaut quelques commandes de portraits dans l'aristocratie impériale. Parallèlement, le jeune artiste multiplie les lectures scientifiques et philosophiques et s'initie à la théosophie auprès du peintre et chef de communauté Karl Wilhelm Dieffenbach, tandis que lui-même monnaie des talents peu communs de spirite.

C'est en grande partie par volonté de rupture avec cette période de sa vie que Kupka choisit l'exil à Paris. Peu de temps après son installation à Montmartre, il peint Le Bibliomane (1897), qui marque son adoption des conventions de la peinture claire et de plein air. Suivant le conseil de son compatriote l'affichi [...]

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Écrit par :

  • : professeur d'histoire de l'art à l'université de Grenoble-II-Pierre-Mendès-France

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Pour citer l’article

Arnauld PIERRE, « KUPKA FRANTIŠEK - (1871-1957) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/frantisek-kupka/