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BERNADOTTE FOLKE (1895-1948)

Le 17 septembre 1948, deux hommes en uniforme israélien abattent à bout portant le comte Folke Bernadotte, médiateur de l'organisation des Nations unies, et son adjoint le colonel français Sérot, alors qu'ils traversent la localité de Katamon pour se rendre à Jérusalem. Soldat, humaniste et diplomate suédois né à Stockholm le 2 janvier 1895, Folke Bernadotte est le neveu du roi Gustave V de Suède. Époux d'une citoyenne américaine, Estelle Manville, c'est un descendant du maréchal d'Empire Jean-Baptiste Bernadotte, élu prince de Suède en 1810 puis successeur de Charles XIV en 1818. Son père, Oscar-Charles-Auguste, avait renoncé en 1888 à ses droits d'héritier présomptif de la couronne de Suède.

La première partie de la vie de Folke Bernadotte est consacrée à l'armée. Diplômé de l'école militaire de Karlberg, il sert en qualité d'officier de cavalerie dans la garde royale. Son intérêt pour le domaine humanitaire s'exprime d'abord dans sa prise de responsabilités à la tête du mouvement scout suédois. Sa popularité vient surtout de son action en tant que vice-président, à partir de 1943, puis président, en 1946, de la Croix-Rouge suédoise. C'est à ce titre qu'il est prié par le gouvernement de son pays, au tout début de 1945, d'entrer en contact avec les autorités allemandes pour sauver les Danois et les Norvégiens internés dans les camps de concentration, et qu'il œuvre pour l'échange des prisonniers anglais et allemands. À la suite de laborieuses négociations, il réussit à organiser une expédition qui permet de sauver la vie d'environ 20 000 personnes, non seulement des internés scandinaves, mais aussi des ressortissants d'autres nationalités.

Tandis qu'il travaille dans le quartier temporaire de la légation suédoise à Friedrichsruhe (Schleswig-Holstein), Folke Bernadotte est contacté par Himmler. Celui-ci, chef de la Gestapo, est également commandant en chef des forces armées allemandes de l'intérieur depuis l'attentat manqué du 20 juillet 1944 contre Hitler. Folke Bernadotte accepte de le rencontrer. L'entrevue a lieu le 23 avril 1945 à Lübeck, alors que s'écroule le IIIe Reich. Himmler lui annonce que, Hitler mourant, il prend le pouvoir et se tient prêt à négocier la capitulation de l'Allemagne sur les fronts de l'Ouest à condition d'être autorisé à continuer la résistance contre les Soviétiques. Le ministre suédois des Affaires étrangères transmet cette proposition de paix séparée à Churchill et à Truman, qui refusent de traiter indépendamment de Staline et notifient leur décision de n'accepter qu'une capitulation sans conditions, sur tous les fronts.

Perçu comme un « messager de la paix », Folke Bernadotte se consacre après la guerre aux tâches humanitaires en étendant les secours des œuvres de bienfaisance de son pays à de nombreux peuples européens dépourvus de vivres et de médicaments. Le 20 mai 1948, les cinq grandes puissances du Conseil de sécurité de l'O.N.U. se mettent d'accord sur le choix de Bernadotte comme médiateur pour « promouvoir un règlement pacifique de la situation en Palestine ». Persuadé qu'en se prolongeant « le conflit entre juifs et arabes pouvait être l'étincelle susceptible de provoquer un nouveau conflit universel », Folke Bernadotte se donne six mois pour trouver une solution pacifique. Mais sa mission, concilier des thèses apparemment inconciliables, tient de la gageure. Il comprend bientôt que l'extrémisme, de l'Irgoun et du groupe Stern d'un côté, des Frères musulmans de l'autre, constitue l'obstacle majeur à la pacification. Durant quatre mois, il veille à l'application de la trêve en Terre sainte et renouvelle inlassablement le contact entre les deux parties en vue d'une solution équitable. Depuis[...]

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Écrit par

  • : professeur certifié d'histoire-géographie, docteur en histoire, chargé de cours à l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle

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Pour citer cet article

Laurent BARCELO. BERNADOTTE FOLKE (1895-1948) [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Article mis en ligne le et modifié le 14/03/2009