CANNES FESTIVAL DE

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Des débuts difficiles

Tout a commencé à cause de Venise et de sa biennale, premier festival cinématographique mondial créé en 1932. Après quelques belles années, l'influence de Mussolini et de son encombrant allié allemand y étant devenue envahissante, Français, Britanniques et Américains décidèrent de créer un autre festival, qui ne serait plus tributaire des impératifs politiques de l'Axe. La France prit l'initiative et prépara une grande manifestation imitée de Venise. Sa première édition devait se tenir en septembre 1939, et on sait ce qu'il en advint. Mais l'idée ne fut jamais abandonnée : Pierre Billard a révélé comment, sous l'Occupation, elle resurgit avec un projet de festival en avril-mai 1942, approuvé par les officiels du moment.

C'est seulement le 20 septembre 1946 que le rideau peut enfin se lever sur ce festival tant attendu. Les conditions ne sont guère favorables, dans un monde de l'après-guerre qui panse des plaies encore fraîches. De fait, toutes les éditions du festival de Cannes jusqu'en 1951 se ressentent de ces circonstances difficiles, au point qu'en 1948 et en 1950 il n'y eut même pas de manifestation. Il reste que ces premiers festivals ont eu une grande importance. C'est en 1946, en effet, que le monde a la révélation du néo-réalisme italien avec Rome, ville ouverte de Rossellini. La même année, on découvre un cinéma anglais ignoré avec Brève Rencontre de David Lean et un cinéma mexicain quasi inconnu avec María Candelaria d'Emilio Fernández. Quant au cinéma français, il confirme sa bonne santé et sa diversité avec La Belle et la Bête de Jean Cocteau, La Bataille du rail qui révèle un nouveau cinéaste, René Clément, La Symphonie pastorale de Jean Delannoy et Un revenant de Christian-Jaque. Chez les Américains, on nota surtout la venue d'un nouveau réalisateur important, Billy Wilder, avec The Lost Week-End (Le Poison). Les années 1947 et 1949 paraissent plus ternes. Le palmarès de 1947, aux couleurs du temps, vient récompenser des films à sujet politique et social comme Les Maudits de René Clément et Antoine et Antoinette de Jacques Becker, avec même un prix du meilleur film social attribué à Crossfire d'Edward Dmytryk, au milieu desquels Ziegfeld Follies de Vincente Minnelli semble bien perdu. En 1949, par contre, on assiste à « la fin de l'après-guerre », avec le triomphe du Troisième Homme de Carol Reed. Triomphe ambigu car, plus que toutes les allusions à la guerre et à l'occupation alliée en Autriche, ce qui fait l'immense succès du film est l'intrigue policière, et une distribution de stars dominée par Orson Welles.

Le Troisième Homme

Photographie : Le Troisième Homme

Carol Reed (1906-1976), à la caméra, dirige Le Troisième Homme à partir d'un scénario original de Graham Greene, en 1948. Le film obtient le grand prix du festival de Cannes en 1949. 

Crédits : Bert Hardy/ Picture Post/ Getty Images

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Au cours des années 1950, aucune tendance dominante ne parvient vraiment à s'imposer à Cannes. Au long de la décennie, on perçoit désormais ces hésitations du goût que reflètent des palmarès indécis et qui ne traduisent pas toujours la réalité cinématographique du moment. Ainsi, 1951 et 1952 se ressemblent, partageant un grand prix, qui ne s 'appelait pas encore palme d'or, entre un film néo-réaliste italien et une pièce classique filmée, Miracle à Milan de Vittorio De Sica et Mademoiselle Julie d'Alf Sjöberg dans un cas, Deux Sous d'espoir de Renato Castellani et Othello d'Orson Welles dans l'autre (encore que, dans ce cas, la mise en scène fasse littéralement exploser le genre de l'adaptation). De même, en 1951, un prix spécial va à Ève de Mankiewicz et, en 1952, un autre à Nous sommes tous des assassins d'André Cayatte : incertitudes, compromis, erreurs se succèdent ainsi jusqu'en 1960. En 1953, le triomphe de Clouzot avec Le Salaire de la peur apparaît comme une revanche pour le cinéaste persécuté du Corbeau (mais, dès 1949, Venise la lui avait accordée avec un lion d'or pour Manon). En 1954, le grand prix décerné à La Porte de l'enfer met de nouveau Cannes à la remorque de Venise où, l'année précédente, c'est Rashōmon qui avait marqué la révélation capitale du cinéma japonais. N'importe. Même si Kinugasa Teinosuke ne valut pas Kurosawa, l'essentiel reste la découverte d'une cinématographie majeure ignorée de l'Occident pendant près d'un demi-siècle.

Rashomon, A. Kurosawa

Photographie : Rashomon, A. Kurosawa

La femme (Kyo Machico) implore le bandit (Mifune Toshiro) dans Rashomon, film du Japonais Kurosawa Akira, en 1951. 

Crédits : Hulton Archive/ Moviepix/ Getty Images

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Les années suivantes récompensent des films aujourd'hui oubliés ou, solution de facilité, des documentaires prestigieux comme Le Monde du silence, de Jacques-Yves Cou [...]

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Le Troisième Homme

Le Troisième Homme
Crédits : Bert Hardy/ Picture Post/ Getty Images

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Rashomon, A. Kurosawa

Rashomon, A. Kurosawa
Crédits : Hulton Archive/ Moviepix/ Getty Images

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La Dolce Vita, F. Fellini

La Dolce Vita, F. Fellini
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Apocalypse Now, de F. F. Coppola, 1979 : M. Brando et M. Sheen

Apocalypse Now, de F. F. Coppola, 1979 : M. Brando et M. Sheen
Crédits : Hulton Getty

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Écrit par :

  • : historien du cinéma, ancien chargé de mission et conseiller technique du directeur général du Centre national de la cinématographie, ancien administrateur général du palais de Tōkyō (Maison du cinéma)

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Pour citer l’article

Philippe d' HUGUES, « CANNES FESTIVAL DE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/festival-de-cannes/