ESSAI, genre littéraire

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Le terme d'« essai » implique une part sans doute trop grande faite à la liberté, pour que puissent se soumettre à un même titre des écrits dont la caractéristique commune est l'hétérogénéité. Or, on désigne ainsi un certain nombre de textes en prose, aux formes diverses, mais comme soumis à une inspiration analogue et pratiquant des styles souvent proches les uns des autres, en dépit de l'éventail quasiment illimité des sujets. Si la tonalité constitue l'un des éléments d'unité, il convient probablement d'en voir la raison dans la paternité du genre qu'il faut indiscutablement attribuer à Montaigne, ainsi posé comme élément de référence, sinon comme modèle.

Vraie ou fausse modestie, l'essai donne le livre qu'il nomme pour une tentative, sans prétentions de maîtrise ou de magistrature, tentative novice d'un amateur qui se refuse à accepter l'étiquette d'homme de lettres ou d'écrivain. Le noble Montaigne trouvait dans ce titre quelque excuse pour un gentilhomme descendu se promener au jardin des Muses, et qui eût probablement pensé déroger en endossant la robe d'un docte. « Je propose les fantaisies humaines et miennes, simplement comme humaines fantaisies, et séparément considérées, non comme arrêtées et réglées par l'ordonnance céleste » (I, lvi), dit-il pour définir son entreprise, assez amoureux de la liberté pour revendiquer pour lui-même celle de changer d'opinion, fidèle au provisoire et à la diversité des humeurs ou des pensées. « Tout argument m'est également fertile », écrit-il, en renvoyant aux circonstances de la vie quotidienne, aux événements historiques ou au hasard des lectures la responsabilité du sujet ou du thème un moment adoptés. Ce refus du pédantisme, de l'esprit de sérieux, constitue l'un des traits essentiels de l'essai, qui n'est pas l'un de ses moindres charmes. Seconde signification, liée à la première : l'essai se donne comme une épreuve de soi, une expérience dont le résultat sinon la visée est de prendre la mesure de sa pensée, de se connaître soi-même à travers ce qu'on écrit. L'enregistrement obstiné des réflexions vagabondes n'assur [...]


1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Écrit par :

  • : ancien élève de l'École normale supérieure de la rue d'Ulm, agrégé des lettres classiques, maître de conférences en littérature française à l'université de Paris-VII

Classification

Autres références

«  ESSAI, genre littéraire  » est également traité dans :

DOCTOROW EDGAR LAWRENCE (1931-2015)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 712 mots
  •  • 1 média

Né le 6 janvier 1931 dans le quartier du Bronx (New York), Edgar Lawrence Doctorow est issu d’une famille juive d’origine russe. Il obtient un diplôme de bachelor of arts (1952) au Kenyon College, avant d’étudier l’art dramatique et la mise en scène pendant un an à la Columbia University. Il travaille dans un premier temps comme lecteur de scénarios pour Columbia Pictures à New York. En 1959, i […] Lire la suite

ESSAIS (M. de Montaigne) - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Jean VIGNES
  •  • 1 017 mots

Dans le chapitre « Une écriture fragmentaire »  : […] À l'imitation des Œuvres morales du Grec Plutarque (46-120), Montaigne conçoit ses Essais comme une « marqueterie mal jointe », et revendique leur désordre comme gage de sa liberté et de sa « bonne foy ». Préférant à l'organisation didactique et à la rhétorique des pédants une « allure poétique, à sauts et à gambades », il mise sur la bigarrure et la diversité. Les cent sept chapitres des Essai […] Lire la suite

GRENIER ROGER (1919-2017)

  • Écrit par 
  • Yves LECLAIR
  •  • 994 mots

Journaliste, homme de radio et écrivain français, Roger Grenier fut un incomparable témoin de notre xx e  siècle littéraire. L'exergue malicieux de ses Brefs Récits pour une longue histoire (2012), emprunté à Valery Larbaud, en dit long sur la posture paradoxale de leur auteur dont l'œuvre abondante et limpide est constituée de nouvelles, de romans et d'essais : « Je préfère parler de moi à la t […] Lire la suite

GROSSMAN DAVID (1954- )

  • Écrit par 
  • Michèle TAUBER
  •  • 1 611 mots

Dans le chapitre « La violence et le deuil »  : […] Dans les livres qui suivent, l’écrivain poursuit son analyse de l’intime avec des personnages confrontés à des situations inhabituelles qui les conduisent à dévoiler les méandres les plus profonds de leur être. Tu seras mon couteau (1998) est une sorte de roman épistolaire où, par l’unique truchement des mots, se tisse un lien intense, à la fois imaginaire et bien concret, entre un homme et une f […] Lire la suite

SHOAH LITTÉRATURE DE LA

  • Écrit par 
  • Rachel ERTEL
  •  • 12 489 mots
  •  • 12 médias

Dans le chapitre « L'impensable objet de pensée : l'essai et l'impresceptible »  : […] Etre « le témoin du témoin » signifie, au-delà même de la parole des rescapés, la réverbération à l'infini de l'anéantissement. Être « le témoin du témoin » proclame qu'il y a imprescriptibilité de la mémoire et de son dire, tout comme il y a imprescriptibilité du crime. Qu'est-il advenu à l'homme, dans cet effondrement de l'humain ? Rien d'étonnant à ce que Primo Levi et Robert Antelme s'interrog […] Lire la suite

LEOPARDI GIACOMO (1798-1837)

  • Écrit par 
  • Sergio SOLMI
  •  • 2 844 mots

Dans le chapitre « Le penseur »  : […] Bien que, sous les apparences d'un jeu fantastique et parfois humoristique, Leopardi ait voulu exposer sa propre « philosophie » dans les Operette morali , celle-ci ne se révèle complètement qu'avec le Zibaldone dont la publication ne commencera qu'en 1900, c'est-à-dire soixante ans après sa mort. Le Zibaldone est une sorte de journal intime intellectuel, tenu de 1817 à 1832. Il comprend deux dom […] Lire la suite

FRANÇAISE LITTÉRATURE, XVIe s.

  • Écrit par 
  • Frank LESTRINGANT
  •  • 6 834 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Les Essais de Montaigne »  : […] De noblesse toute récente par son père et de mère juive convertie, Michel de Montaigne (1533-1592) possède une solide culture humaniste doublée d’une formation en droit. Les Essais , dont la première édition date de 1580, ont une dette envers la culture juridique du temps, et leur écriture s’apparente à la glose, qui complète, corrige ou infirme sans cesse les commentaires antérieurs. D’où l’int […] Lire la suite

LUKÁCS GYÖRGY (1885-1971)

  • Écrit par 
  • Lucien GOLDMANN
  •  • 3 544 mots
  •  • 4 médias

Dans le chapitre « Lukács l'essayiste »  : […] Depuis, Lukács a poursuivi une œuvre dont l'aspect le plus problématique est le refus absolu de toute littérature et de toute philosophie négatives – c'est-à-dire le refus de la position critique radicale qui caractérise dans une grande mesure le xx e  siècle. Appartenant à la génération humaniste d'avant 1914, Lukács, qui a élaboré les méthodes de la sociologie positive de la création littéraire […] Lire la suite

MONTAIGNE MICHEL EYQUEM DE (1533-1592)

  • Écrit par 
  • Fausta GARAVINI
  •  • 8 169 mots

Livre unique et livre mystère, repris et modifié incessamment pendant toute une vie, les Essais paraissent être un mélange de substances disparates, de thèmes désaccordés. Est-ce un livre éclaté – mais où situer son point d'éclatement ? Un nouveau mode de pensée qui détruit les systèmes de l'Antiquité, quitte à réutiliser leurs ruines ? Un livre du moi qui libère pour l'avenir l'écriture de la su […] Lire la suite

PACHET PIERRE (1937-2016)

  • Écrit par 
  • Florence DUMORA
  •  • 917 mots

Né en 1937 à Paris, Pierre Pachet est l’auteur d’une vingtaine d’essais parus de 1976 à 2014. Il fut un membre fidèle, à partir de 1970, du comité de rédaction de L a   Quinzaine littéraire , puis de En   attendant Nadeau . Écrivain et critique, traducteur de L a   République de Platon (1993) et de W. H. Auden (avec Bruno Bayen, en 2007), c’est aussi un homme de paroles. Il enseigna le grec, pu […] Lire la suite

Pour citer l’article

Jean-Yves POUILLOUX, « ESSAI, genre littéraire », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 octobre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/essai-genre-litteraire/