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ENVER PACHA (1881-1922)

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Fils d'un dignitaire du sultan ‘Abd al-Ḥamīd II, Enver Pacha est affecté à sa sortie de l'Académie militaire d'Istanbul, en 1902, à l'état-major de l'armée de Macédoine. Il adhère au comité Union et Progrès, participe au groupe activiste de ce mouvement et joue un rôle important lors de la révolution jeune-turque de juillet 1908 qui réinstaure le régime constitutionnel dans l'Empire ottoman. L'année suivante, il prend part à la marche sur Istanbul qui aboutit à l'abdication du sultan. Envoyé à Berlin, puis en Libye, il revient à Istanbul et organise le coup d'État de janvier 1913 qui met le pouvoir entre les mains des seuls unionistes. Durant la seconde guerre des Balkans, il reprend Andrinople aux Bulgares. Il entre alors dans le triumvirat qui dirigera jusqu'en 1918 l'Empire ottoman, et dont il devient peu à peu le personnage prépondérant.

Il donne à la politique ottomane une orientation nettement germanophile, qui conduit la Turquie à entrer en guerre en octobre 1914 aux côtés des Empires centraux. Ministre de la guerre et chef d'état-major général, Enver Pacha réorganise l'armée ottomane et s'entoure d'officiers supérieurs allemands. Si sa politique militaire lui vaut des succès à l'Ouest (Dardanelles), il n'en est pas de même sur les autres fronts. À l'Est, Enver reprend à son compte le projet panturc de réunion des peuples turcs de l'Asie centrale et des Turcs Ottomans. Aussi prend-il la tête de l'armée du Caucase qui, au lendemain de la révolution d'Octobre, occupe un moment Bakou. Mais elle doit rapidement se retirer. C'est cependant la retraite des armées ottomanes sur le front arabe en 1917-1918 qui amena la chute du gouvernement unioniste et la fuite de ses dirigeants en Allemagne. Enver Pacha et ses amis sont jugés par contumace et condamnés à mort en juillet 1919. De Berlin, Enver Pacha se rend à plusieurs reprises à Moscou où il participe à la création d'une Union des comités révolutionnaires islamiques et d'un Parti des conseils populaires ; peut-être envisage-t-il de prendre la tête du mouvement national turc en Anatolie, mais il se heurte à l'opposition absolue de Muṣṭafā Kemāl. En octobre 1921, Enver Pacha gagne l'Asie centrale où, déçu par les Soviets qui ont repoussé ses plans de reconquête de l'Anatolie, il organise des groupes de résistance contre la pénétration soviétique au Turkestan. Il est tué au cours d'un affrontement avec un détachement de l'Armée rouge.

— Robert MANTRAN

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Écrit par

  • : membre de l'Institut, professeur émérite à l'université de Provence-Aix-Marseille-I

Classification

Pour citer cet article

Robert MANTRAN. ENVER PACHA (1881-1922) [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Article mis en ligne le et modifié le 14/03/2009

Autres références

  • GUERRE MONDIALE (PREMIÈRE)

    • Écrit par
    • 12 473 mots
    • 51 médias
    Dans l'autre camp, les premiers succès d'Enver pacha, en 1915, ont réveillé le panislamisme : ses ambitions visent à la reconstitution d'un empire s'étendant du Pamir à l'Indus et au Nil.
  • OTTOMAN EMPIRE

    • Écrit par et
    • 9 905 mots
    • 19 médias
    ...ottomans et une remise en cause de la politique poursuivie jusqu’alors. Le coup de force de janvier 1913, au cours duquel un groupe d’officiers mené par Enver pacha fait main basse sur la Sublime Porte, installe durablement le C.U.P. au pouvoir, un pouvoir qu’il va exercer d’une manière de plus en plus...