SALVADOR EL

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Nom officielRépublique du Salvador (SV)
Chef de l'État et du gouvernementNayib Bukele (depuis le 1er juin 2019)
Note :
CapitaleSan Salvador
Langue officielleespagnol
Unité monétairedollar des États-Unis (USD) 2
Note : Depuis le 1er janvier 2001
Population6 830 000 (estim. 2021)
Superficie (km2)21 041

Le Salvador contemporain

Violences et tentatives réformistes

La victoire de l'opposition unie contre le dictateur Somoza au Nicaragua en juillet 1979 constitue, pour les Salvadoriens, un exemple à suivre. Le Foro popular rassemble à la fois les partis d'opposition déjà unis au sein de l'UNO, des syndicats, des associations. En revanche, les organisations de guérilla demeurent divisées, malgré quelques rapprochements. Le 15 octobre 1979, un groupe d'officiers renverse le président Romero. Les putschistes entendent sortir le pays de la crise politique et sociale par la démocratisation, une ambitieuse politique réformiste et la fin de la répression. Ils sont, dans un premier temps, appuyés par le Foro popular. La junte au pouvoir rassemble une alliance de centre-gauche inédite formée de militaires réformistes et de dirigeants civils de l'opposition. Elle ne durera que quatre mois. Dans un climat de plus en plus violent, le pays se polarise progressivement entre, d'un côté, l'opposition révolutionnaire qui fait le choix de l'insurrection armée et, de l'autre, un gouvernement au sein duquel les secteurs les plus durs de l'armée vont s'imposer.

Manifestation du Bloc populaire révolutionnaire

Photographie : Manifestation du Bloc populaire révolutionnaire

Membres du Bloc populaire révolutionnaire du Salvador manifestant contre le gouvernement en 1979. 

Crédits : Hulton Getty

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Victimes de la guerre civile au Salvador

Photographie : Victimes de la guerre civile au Salvador

Victimes des combats à San Salvador en 1979. Elles ont été conduites dans l'église San Rosario où des centaines de personnes viendront leur rendre hommage. 

Crédits : Hulton Getty

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Les efforts réformistes de la junte sont, en effet, combattus à la fois par l'élite traditionnelle et par les mouvements révolutionnaires. Pour la première, le volontarisme affiché de la junte est une atteinte à ses intérêts, d'autant qu'il est question de mettre en œuvre une réforme agraire. Pour une fraction des élites, il convient de combattre cette expérience par la déstabilisation violente : les escadrons de la mort apparaissent à ce moment-là, et s'attaquent à la fois aux dirigeants politiques et syndicaux des mouvements révolutionnaires et aux proches de la junte au pouvoir. Pour les seconds, en revanche, la junte réformiste ne va pas assez loin dans la rupture ; ils poursuivent donc leurs mobilisations, et leur lutte insurrectionnelle.

Au sein de la junte, les officiers favorables à la répression s'imposent sur les plus modérés, provoquant la démission des dirigeants civils. En janvier 1980, une deuxième alliance inédite se noue entre, cette fois-ci, l'armée et la démocratie chrétienne. Elle affiche sa volonté de mettre en œuvre à la fois des politiques réformistes et une répression contre toute opposition révolutionnaire. Cette junte gouvernera jusqu'en mars 1982. Elle entreprend une réforme agraire ainsi que des nationalisations dans les secteurs de la banque et du commerce extérieur. La réforme agraire est lancée en mars 1980, et concerne environ 20 p. 100 des terres cultivables. Mais elle se réalise sous le contrôle de l'armée, alors que l'état de siège est proclamé, et avec un accompagnement technique déficient. Plus qu'un véritable instrument de redistribution des terres, elle est conçue comme une stratégie anti-insurrectionnelle susceptible d'affaiblir l'influence des groupes révolutionnaires dans les campagnes.

La continuité dans la répression et la violence renforce la polarisation au sein même de la junte : les secteurs les plus progressistes de la démocratie chrétienne sont la cible d'attentats et quittent le parti et le gouvernement. La dispersion violente par les forces de l'ordre d'une manifestation très importante à San Salvador à la fin de janvier 1980 fait une cinquantaine de morts. L'assassinat de Mgr Romero, le 24 mars 1980, lors d'une messe, apparaît comme le paroxysme de la violence des escadrons de la mort. Au cours de son enterrement, l'intervention de la police fait plusieurs victimes. En juin et en août, des grèves massives ont lieu contre la répression. Le campus de l'université publique, l'Universidad de El Salvador, est investi par l'armée qui y restera jusqu'en 1986. En décembre 1980, alors que José Napoleón Duarte devient le principal dirigeant de la junte, l'enlèvement et l'assassinat de trois religieuses américaines conduit le président américain Jimmy Carter à dénoncer l'incapacité de la junte à contrôler la situation.

Funérailles de Mgr Romero

Photographie : Funérailles de Mgr Romero

Lors des funérailles de Mgr Romero, en avril 1980, les rues de San Salvador sont le théâtre de nombreuses fusillades. 

Crédits : Hulton Getty

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Dans ce contexte d'exacerbation de la violence, les organisations révolutionnaires entament un rapprochement entre elles : en avril 1980 est créé le Front démocratique révolutionnaire (Frente democrático revolucionario, FDR), un groupe politique qui rassemble des dirigeants civils favorables au camp révolutionnaire. En octobre est mise en place la structure de commandement militaire et de représentation officielle, le Front Farabundo Martí de libération nationale (FMLN), afin de coordonner l'action des cinq groupes révolutionnaires. Mais, à la fin de novembre, les principaux dirigeants du FDR sont assassinés par les escadrons de la mort, renforçant de la sorte le poids des partisans d'une insurrection armée au sein du bloc révolutionnaire.

La guerre civile

Le 10 janvier 1981, le FMLN lance son « offensive finale ». La guerre civile commence véritablement entre le gouvernement et la guérilla. Militairement, l'offensive est un échec, et l'insurrection générale espérée n'a pas lieu. Cependant, la guérilla réussit à se replier en bon ordre dans les départements frontaliers avec le Honduras, et certaines régions montagneuses, qui vont devenir ses zones d'influence. Le conflit va être essentiellement localisé dans le tiers du territoire où la guérilla est présente. Disposant d'environ huit mille combattants, bien armés et bien organisés, le FMLN compte sur de solides soutiens au sein de la population. Il n'est toutefois pas en mesure de déstabiliser le régime.

L'investiture du président américain Ronald Reagan, en janvier 1981, contribue à modifier considérablement le rapport de forces entre le gouvernement salvadorien et la guérilla. La nouvelle administration de Washington interprète le conflit dans une logique de guerre froide, et met en place une stratégie active d'endiguement (containment) contre la guérilla salvadorienne pour empêcher que se reproduise le scénario nicaraguayen (les sandinistes ont pris le pouvoir en 1979). Une campagne au niveau international est menée par Washington pour convaincre l'opinion publique américaine et les alliés des États-Unis des liens existant entre le FMLN et Moscou. Mais surtout, l'aide militaire américaine augmente très rapidement, elle sert à acquérir des équipements modernes et à former l'armée : des conseillers militaires sont envoyés au Salvador, et une partie des officiers est entraînée au commandement de bataillons d'élite aux États-Unis ou sur les bases américaines du Panamá. Cette aide modifie considérablement l'action de l'armée salvadorienne, désormais organisée pour la lutte anti-insurrectionnelle : ses effectifs augmentent rapidement pour atteindre soixante mille hommes au début des années 1990 [...]

Guerre civile au Salvador, 1982

Photographie : Guerre civile au Salvador, 1982

Lors de la guerre civile au Salvador, en 1982, ces soldats de l'armée gouvernementale s'apprêtent à affronter les guérilleros. 

Crédits : Hulton Getty

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Salvador : carte physique

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Salvador : drapeau

Salvador : drapeau
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Manifestation du Bloc populaire révolutionnaire

Manifestation du Bloc populaire révolutionnaire
Crédits : Hulton Getty

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Victimes de la guerre civile au Salvador

Victimes de la guerre civile au Salvador
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Écrit par :

  • : professeur de géographie à l'université de Paris-VII-Denis-Diderot
  • : maître de conférences en science politique à l'université de Lyon-II-Lumière

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Pour citer l’article

Noëlle DEMYK, David GARIBAY, « SALVADOR EL », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/el-salvador/