DUARTE JOSÉ NAPOLEÓN (1925-1990)

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Président du Salvador de 1984 à 1989, José Napoléon Duarte est d'origine modeste. Acharné au travail, il va se former aux États-Unis grâce à une bourse et devient ingénieur des travaux publics.

Chez lui a grandi une vocation politique inspirée par la doctrine sociale de l'Église catholique. En 1960, il fonde le Parti démocrate-chrétien (P.D.C.) et incarne alors les aspirations au changement de la classe moyenne et des couches populaires, face au vieux parti dit de « conciliation nationale » lié à l'armée.

Celui que les petites gens appellent Napo conquiert la mairie de la capitale, San Salvador, en 1964, et exerce trois mandats consécutifs. Il engrange une belle popularité. En 1972, à la tête d'une coalition qui regroupe, aux côtés du P.D.C., le Mouvement nationaliste révolutionnaire (M.N.R.), social-démocrate, conduit par Guillermo Ungo et l'Union démocratique nationaliste (U.D.N.), proche du Parti communiste interdit, Napoléon Duarte remporte l'élection présidentielle.

Mais l'Union nationale d'opposition (U.N.O.) a beau avoir gagné, elle est frustrée de sa victoire par les militaires et le colonel Arturo Molina devient président.

Déposé, emprisonné, torturé, expulsé, Napoléon Duarte s'exile au Venezuela, où la puissante Démocratie chrétienne locale l'aide à devenir un industriel prospère, aux idées nettement plus conservatrices.

C'est en politicien orgueilleux, habité par toutes les ambitions, qu'il revient au Salvador, à la faveur du coup d'État du 15 octobre 1979 par lequel de jeunes officiers renversent le général-président Humberto Romero.

Le pays qu'il retrouvait était bien différent de celui qu'il avait quitté : des organisations populaires étaient nées, ardentes à mener les luttes revendicatives, tandis que s'exacerbaient les tensions locales et qu'apparaissaient divers mouvements de guérilla. Jusqu'à l'élection d'une Assemblée constituante en 1982, Napoléon Duarte est à la tête d'une junte civile et militaire que ses éléments progressistes ou même modérés ne tarderont pas à abandonner. Cette junte, à laquelle participe dans un premier temps Guillermo Ungo, a pourtant adopté des mesures importantes : réforme agraire, nationalisation du crédit et de la banque, nationalisation du commerce extérieur des principaux produits d'exportation (café et sucre).

Mais, d'une part, ces réformes arrivent trop tard, d'autre part, elles suffisent à provoquer la réaction violente de l'oligarchie.

Composés de membres des forces armées et de la police, ainsi que de tueurs à gages, apparaissent les Escadrons de la mort : syndicalistes, leaders paysans, militants des droits de l'homme, prêtres engagés et étudiants contestataires, tous sont poursuivis au nom du combat contre la « subversion marxiste » incarnée par le Front Farabundo Marti de libération nationale (F.M.L.N.), mouvement armé auquel la révolution sandiniste victorieuse au Nicaragua a donné des ailes.

La répression fait des dizaines de milliers de morts. À son corps défendant, Duarte paraît la « couvrir », d'autant plus qu'il est devenu le protégé de la guerre contre-insurrectionnelle nord-américaine. Ronald Reagan a fait de lui le champion d'une hypothétique troisième voie, destinée à terrasser tous les extrémismes.

De fait, à l'élection présidentielle de 1984, il bat son rival de l'Arena (Alliance républicaine nationaliste, extrême droite, fondée en 1981), le major Roberto d'Aubuisson, que tout désigne comme l'auteur, au moins indirect, de l'assassinat de l'archevêque de San Salvador, Mgr Oscar Romero, défenseur des pauvres et des opprimés.

La victoire a un goût amer : les premières élections « démocratiques » de l'histoire salvadorienne se sont déroulées dans un climat de terreur généralisé, peu propice à l'expression libre des opinions. La gauche non violente, menacée de mort, n'a pu y participer. Pour le nouveau chef de l'État, un vrai chemin de croix commence. Les échecs s'accumulent : incapacité à soumettre l'armée – financée par les États-Unis – aux autorités civiles ; incapacité à mettre fin à la guerre : le timide dialogue engagé avec les guérilleros dans le cadre du Plan de paix centraméricain (accords d'Esquipulas signés en août 1987) ne débouche sur aucun résultat concret ; incapacité à enrayer la baisse [...]

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Dans le chapitre « La guerre civile »  : […] Le 10 janvier 1981, le F.M.L.N. lance son « offensive finale ». La guerre civile commence véritablement entre le gouvernement et la guérilla. Militairement, l'offensive est un échec, et l'insurrection générale espérée n'a pas lieu. Cependant, la guérilla réussit à se replier en bon ordre dans les départements frontaliers avec le Honduras, et certaines régions montagneuses, qui vont devenir ses zo […] Lire la suite

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Françoise BARTHELEMY, « DUARTE JOSÉ NAPOLEÓN - (1925-1990) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 avril 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jose-napoleon-duarte/