WESTON EDWARD (1886-1958)

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Le photographe Edward Weston est le maître incontestable de la « photographie pure » et de la « prévisualisation ». Pour ce novateur radical, la photo est donnée telle quelle par le réel, donnée à qui sait la « prévisualiser » et non la construire. La photo est déjà là, complète et achevée, il suffit de la capter avec une absolue fidélité et le moins d'interventions possible. Si l'apport capital de Weston à la photographie fut bien perçu et apprécié, par contre, il s'est trouvé par la suite peu de photographes qui s'en tinrent aux limitations intransigeantes que celui-ci imposait à sa pratique. Sa contribution à l'art du xxe siècle fut analysée et intégrée dans de nouvelles approches de la photographie, ses méthodes furent revues et interprétées bien plus qu'elles ne furent appliquées stricto sensu.

Depuis 1902, l'année où il reçoit à seize ans son premier appareil, cadeau de son père, jusqu'en 1958, année de sa mort, la vie d'Edward Weston fut tout entière consacrée à la photographie. Dès 1906, on le retrouve en Californie où il travaille comme photographe ambulant, proposant ses services de porte en porte. Il réalise alors des portraits de famille pour illustrer les noces, les enterrements et tous les autres événements du quotidien. Plus tard, il travaille dans des studios commerciaux, ce qui lui permet d'acquérir la maîtrise du travail en laboratoire, avant de s'installer à son compte en 1911. Ainsi, jusqu'à l'âge de trente-cinq ans, Weston va-t-il exercer son métier en bon professionnel et acquérir une solide réputation de portraitiste et d'artiste dans la lignée du pictorialisme, ce qui lui vaudra de recevoir plusieurs prix. Commerçant bien installé, il va rompre en 1920 avec l'esprit, les sujets et les techniques du pictorialisme et par conséquent avec un certain succès. Sa carrière de photographe connaît une véritable révolution durant la période qui va de 1917 à 1924, au cours de laquelle Edward Weston recentre progressivement ses positions esthétiques. Confronté à l'art moderne, à l'architecture industrielle, au cubisme et à l'abstraction, il est de moins en moins satisfait par son art dont il sent les limites et les artifices. Sa rencontre à New York avec Alfred Stieglitz et Paul Strand en 1922 est capitale. Leurs photos, publiées dans la revue Camera Work, lui ouvrent de nouvelles perspectives : la prévisualisation et la photographie pure ou straight photography. Dès lors, Edward Weston va subordonner la technique à l'image : pas d'artifices ni de manipulations, peu de moyens et un contrôle absolu de la part du photographe toujours à la recherche de l'image pure et parfaite qui n'a rien d'autre à nous proposer qu'elle-même. Cette recherche de la pureté des formes et de la matière s'accompagne d'une intense réflexion sur l'art photographique dans ses Carnets de notes (Daybooks. 1923-1934).

En 1924, la rupture est consommée : Weston abandonne le flou artistique, le travail de studio et les retouches en laboratoire. Il va même jusqu'à abandonner l'agrandissement, lui préférant le tirage direct par contact sur papier brillant. Nus, paysages naturels ou industriels, gros plans d'objets aussi divers que coquillages, arbres, rochers, légumes, sans oublier la célèbre cuvette de W.C., Edward Weston nous propose une nouvelle définition de la photographie : une étude précise et fidèle des formes, un art du réel saisi en toute simplicité en lumière naturelle sur le verre dépoli d'une chambre de grand format (20 × 25) avec le maximum de netteté, de profondeur de champ, de détails. Weston va droit à l'essentiel pour le révéler au spectateur.

La création en 1934 du groupe f/64 (indice de la plus petite ouverture d'un objectif, celle qui donne la plus grande profondeur de champ) exprime toutes ces conceptions, ce culte du réel et du rendu des détails que d'aucuns ont appelé le précisionnisme. Edward Weston y adhère un temps avec son fils Brett et quelques autres dont Ansel Adams, Imogen Cunningham ou Willard Van Dyke.

En 1937, Edward Weston est le premier photographe à recevoir une bourse de la fondation Guggenheim qui lui permet de voyager et de photographier l'ouest et le sud-ouest de son pays. Ses nombreux voyages, tant au Mexique qu'aux États-Unis, lui fournissent une matière abondante. Deux ouvrages importants reprennent quelques-unes de ses photographies : California and the West (New York, 1940 ; rééd. chez Aperture, Millerton, 1978) et le recueil de poésie du poète américain Walt Whitman, Leaves of Grass (New York, 1942, rééd. chez Paddington, New York, 1972) que Weston avait accepté d'illustrer.

Malgré son intense activité et ses incessants déplacements, Edward Weston se fixe définitivement à Carmel (Californie) en 1929. Les environs immédiats de son domicile, notamment Point Lobos, lui fournissent une matière inépuisable. Par contre, les soubresauts d'une époque troublée (Grande Dépression, Seconde Guerre mondiale) semblent avoir peu de prise sur cet artiste tranquille et anticonformiste et, en tout cas, ne laissent aucune trace dans son œuvre : s'il se revendique réaliste, il n'y a rien de social ou d'engagé dans son art. Edward Weston est avant tout un formaliste.

En 1948, Weston est atteint de la maladie de Parkinson. Il passe les dix dernières années de sa vie à classer son œuvre, aidé de son fils Brett, lui-même photographe.

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  • : professeur de communication à l'Institut supérieur des sciences sociales et pédagogiques de Marcinelle, Belgique, chargé de cours à l'université de Liège

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Pour citer l’article

Marc-Emmanuel MÉLON, « WESTON EDWARD - (1886-1958) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/edward-weston/