PHELPS EDMUND (1933- )

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

La décision de la Banque de Suède d'attribuer le prix Nobel d'économie 2006 à Edmund Strother Phelps a été accueillie sans réserve des deux côtés de l'Atlantique. Professeur d'économie politique à l'université de Columbia (New York), Phelps est un libéral au sens américain du terme, apprécié pour son esprit éclectique et lié à la famille des néo-keynésiens par la thématique de ses recherches (inflation, chômage, politique économique). Dans les années 1960, il fut parmi les premiers à rénover les théories macroéconomiques de John Maynard Keynes en introduisant certains des apports d'économistes libéraux tels Friedrich von Hayek ou Milton Friedman. L'Académie royale des sciences de Suède a jugé que ses travaux sur les arbitrages de politique économique avaient permis « d'approfondir notre compréhension des relations entre effets à court terme et à long terme » et « de changer notre façon de percevoir l'interaction entre inflation et chômage ». Ces attendus montrent que les contributions de Phelps furent décisives tant pour la recherche en économie que pour les politiques économiques.

Edmund Phelps naît le 26 juillet 1933 à Evanston près de Chicago (Illinois) ; cinq ans plus tard, sa famille s'installe à New York. Après des études secondaires brillantes, il est admis en 1951 au Amherst College (Massachusetts) où il obtient en 1955 un bachelor of arts. Alors que les études philosophiques avaient sa préférence, son père l'incite à suivre les cours d'économie de James Nelson, un disciple de Paul Samuelson, l'un des initiateurs de l'école de la « synthèse néo-classique » qui va dominer la pensée économique des années 1960. Séduit par la discipline, Edmund Phelps met le cap sur l'université Yale où il rencontre deux futurs Prix Nobel d'économie : James Tobin, avec qui il prépare un doctorat qu'il obtient en 1959, et Thomas Schelling, qui lui propose de rejoindre en 1960 la Rand Corporation, un comité d'experts qui travaillent pour la défense américaine. Il s'aperçoit vite que ce n'est pas le bon endroit pour approfondir ses recherches macroéconomiques et, au bout d'un an, revient enseigner à Yale, aux côtés de Paul Samuelson, Franco Modigliani et Robert Solow, eux aussi futurs Prix Nobel d'économie (en 1970, 1985, 1987, respectivement). Dans le même temps, il poursuit ses travaux à la Cowles Foundation avec des théoriciens néo-classiques de la croissance. En 1961, il publie un article sur « la règle d'or de l'accumulation du capital » qui lui vaut une notoriété immédiate et, en 1966, il est nommé professeur d'économie politique à l'université de Pennsylvanie. Son programme de recherches se focalise sur les relations entre les salaires, le chômage et l'inflation, et c'est dans ce cadre qu'il développe le concept de « taux de chômage naturel ». En 1969-1970, il travaille au Centre de recherche sur les théories du comportement de l'université Stanford et côtoie Kenneth Arrow (Prix Nobel en 1972), Amartya Sen (Prix Nobel en 1998) et John Rawls, le philosophe américain qui bouleverse la pensée politique et la philosophie du droit. Cette dernière rencontre est déterminante et lui permet d'intégrer la théorie de la justice à son raisonnement économique, revenant ainsi aux sources de curiosité de sa jeunesse. En 1971, professeur à l'université Columbia, il côtoie William Vickrey, Robert Mundell et James Heckman qui, eux aussi, obtiendront plus tard la prestigieuse récompense (Prix Nobel en 1996, 1999, 2000, respectivement).

De ses apports, on retiendra notamment la « théorie du salaire d'efficience » qu'il développe, bien avant celle de Joseph Stiglitz. Même en période de chômage, les employeurs peuvent proposer un salaire supérieur à celui qui équilibrerait (en théorie) l'offre et la demande de travail, pour attirer les salariés les plus efficaces, ce qui cependant fait persister le chômage. Mais à l'origine de sa distinction figurent davantage ses travaux sur la courbe de Phillips (du nom de l'économiste néo-zélandais Alban William Phillips qui en 1958 a mis en évidence une relation inverse entre le taux d'accroissement du salaire nominal – que Robert Lipsey remplacera en 1960 par le taux d'inflation – et le taux de chômage). Si, à court terme, l'arbitrage entre inflation et chômage est possible, à long terme, une politique de relance visant à résorber le chômage n'aboutira qu'à un surcroît d'inflation. Il est impossible, en conclut-il, de faire baisser le chômage au-dessous d'un certain niveau, le « taux de chômage naturel », sans relancer l'inflation. Ce concept sera repris dès l'année suivante par Milton Friedman pour dénoncer l'inefficacité des politiques de relance macroéconomiques.

Tout au long de sa carrière académique, Edmund Phelps a accumulé les titres, les distinctions ; il est aussi l'un des économistes américains les plus connus du grand public. Aux États-Unis, il est à partir de 1981 membre de l'Académie des sciences et de la Société d'économétrie et fut en 1982 vice-président de l'American Economic Association ; en Europe, ses collaborations scientifiques sont régulières. C'est d'ailleurs au sujet de l'Europe qu'il s'exprimait au lendemain de l'attribution du Nobel dans le Wall Street Journal (10 oct. 2006) : l'omniprésence des partenaires sociaux dans les processus de décision expliquerait selon lui les retards de la « Vieille Europe » en matière de créativité et d'innovation.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Écrit par :

Classification

Autres références

«  PHELPS EDMUND (1933- )  » est également traité dans :

ÉCONOMIE (Histoire de la pensée économique) - Keynésianisme

  • Écrit par 
  • Olivier BROSSARD
  •  • 8 210 mots

Dans le chapitre « Conséquences de l'indexation prix-salaires »  : […] Deux articles publiés en 1968, l'un par Milton Friedman et l'autre par Edmund Phelps, suggérèrent qu'il n'était pas évident que les salariés acceptent passivement la dégradation de leur pouvoir d'achat déclenchée par les relances keynésiennes ou les chocs inflationnistes. En effet, les syndicats de salariés cherchent à obtenir une indexation de l'évolution des salaires sur les prix, de manière à […] Lire la suite

INFLATION

  • Écrit par 
  • Jacques LE CACHEUX
  •  • 8 605 mots
  •  • 6 médias

Dans le chapitre « Les anticipations rationnelles »  : […] Les hausses simultanées de l'inflation et du chômage dans les années 1970, allaient très vite, dans la plupart des pays industrialisés, mettre un terme à cette croyance dans la stabilité de la courbe de Phillips, certains la voyant même acquérir alors une pente positive, aussitôt baptisée « stagflation » . Mais avant même que les faits ne viennent ébranler la foi des décideurs publics dans leurs […] Lire la suite

MACROÉCONOMIE - Politique économique

  • Écrit par 
  • Antoine d' AUTUME
  •  • 4 871 mots

Dans le chapitre « Les politiques conjoncturelles »  : […] L'analyse keynésienne a montré comment les politiques budgétaire et monétaire peuvent être utilisées pour réguler le niveau de la demande globale. Une hausse des dépenses publiques, typiquement financée par l'emprunt public, représente une hausse de la demande effective qui conduit les entreprises à augmenter la production et l'emploi. Cette hausse initiale déclenche un processus cumulatif d'aug […] Lire la suite

Pour citer l’article

Françoise PICHON-MAMÈRE, « PHELPS EDMUND (1933- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/edmund-phelps/