HECKMAN JAMES (1944- )

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En récompensant conjointement, le 11 octobre 2000 à Stockholm, James Heckman de l'université de Chicago (Illinois) et Daniel McFadden de l'université de Berkeley (Californie), l'Académie royale des sciences de Suède a distingué des travaux très précis unissant des formulations mathématiques et des techniques statistiques pour construire une analyse économique opérationnelle.

James J. Heckman est né en 1944 à Chicago (Illinois) et c'est dans cette même ville qu'il occupe depuis 1995 une chaire de professeur d'économie. En 1971, il soutient à l'université de Princeton (New Jersey) une thèse de doctorat sur les conditions qui déterminent l'offre de travail des femmes. Il commence ensuite sa carrière professorale à l'université Columbia (New York) et la poursuit à Yale (New Haven, Connecticut). À Chicago, on dit de lui qu'il règne en maître sur une ruche d'économètres en herbe, souvent terrorisés par son humeur volcanique mais admiratifs de la fulgurance de son intelligence.

La microéconométrie, dont James Heckman est un des brillants représentants, désigne le traitement de données statistiques économiques établies à partir des comportements individuels des ménages ou des entreprises. Les sources statistiques sont variées (enquêtes, fichiers administratifs, etc.), les bases de données sont pour la plupart énormes (plusieurs dizaines de milliers d'individus, parfois des millions). Toute la difficulté est précisément de construire des « échantillons sélectifs » en corrigeant ce que les économètres appellent les « biais de sélection ». Tel a été l'essentiel des travaux de James Heckman qui s'est appliqué à étudier la non-représentativité de certaines données statistiques, notamment lorsque les agents économiques adoptent des comportements stratégiques dont les déterminants sont difficiles à observer.

James Heckman a tout particulièrement montré les limites des techniques purement expérimentales qui consistent à prélever un échantillon dans une population, à le comparer avec un groupe témoin et à mesurer les résultats. À ces techniques, il a préféré la construction de modèles permettant une analyse beaucoup plus rigoureuse des données microéconomiques. Ces modèles s'appuient sur des constructions mathématiques complexes qui permettent ensuite de valider les hypothèses de la théorie économique. Les données recueillies à grande échelle, à partir des enquêtes conduites auprès des ménages ou des particuliers, vont permettre de modéliser des comportements humains. S'appuyant sur la théorie économique pour formaliser les stratégies individuelles et utilisant les méthodes statistiques pour mesurer les paramètres de ces modèles, il devient alors possible d'anticiper les effets d'une politique économique publique, comme par exemple un programme de formation pour adultes, l'indemnisation du chômage, un programme d'aide aux exclus, des mesures de lutte contre l'échec scolaire, etc.). Les contributions de James Heckman ont investi d'autres champs de recherche, allant de l'analyse des coûts des entreprises à celle de la natalité, en passant par les incidences de la politique de discrimination positive en faveur des minorités. Cet éclectisme renforce l'idée que la microéconométrie mélange utilement l'analyse économique, la sociologie et la psychologie, pour une meilleure compréhension des comportements individuels. James Heckman est par ailleurs convaincu de la pertinence des formulations mathématiques pour garantir des décisions publiques rationnelles et optimales

Les travaux de James Heckman se sont imposés dans la plupart des pays industrialisés où les décideurs politiques peuvent désormais mesurer avec précision, par exemple, l'effet d'une augmentation de x p. 100 de l'allocation parentale d'éducation sur le comportement des femmes sur le marché du travail, ou les conséquences d'une augmentation de x p. 100 des indemnités de chômage sur la durée du chômage. On peut noter que sur ce dernier thème, les travaux de James Heckman ne suivent pas la « ligne » de ses collègues libéraux de Chicago. Ces derniers pensent en effet qu'une augmentation des indemnités de chômage se traduit inévitablement par un allongement de la durée moyenne du chômage, les travailleurs étant alors supposés moins incités à chercher et à accepter un emploi. Ils condamnent donc cette mesure. Enquêtes et modèles économétriques à l'appui, James Heckman a démontré, un peu « contre son camp », qu'une augmentation de 10 p. 100 de ces indemnités n'entraîne tout au plus qu'une semaine de chômage supplémentaire, pas de quoi crier à l'incitation à la paresse ! Ces travaux ont été transposés au cas européen et le Bureau international du travail a publié une étude (« Les effets comparés des régimes d'indemnisation du chômage sur l'emploi et les salaires », in Revue internationale du travail, no 1, vol. 139, 2000) qui aboutit à la même conclusion : l'indemnisation du chômage ne pénalise pas l'emploi.

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McFADDEN DANIEL (1937-2018)

  • Écrit par 
  • Françoise PICHON-MAMÈRE
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Professeur à l'université de Berkeley (Californie), Daniel McFadden a partagé avec un autre Américain, James Heckman, le prix Nobel d'économie en 2000. L'Académie royale des sciences de Suède récompensait deux spécialistes de la microéconométrie, auteurs de méthodes d'analyse des « échantillons sélectifs » (Heckman) et des « choix discrets » (McFadden) dont les applications se sont étendues, au-d […] Lire la suite

Pour citer l’article

Françoise PICHON-MAMÈRE, « HECKMAN JAMES (1944- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/james-heckman/