MERCKX EDDY (1945- )

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Lorsqu'il s'alignait au départ d'une épreuve – fût-ce un modeste critérium ou une simple kermesse –, il voulait toujours la victoire. Contre la montre ou au sprint, sur la piste comme en montagne, le Belge Eddy Merckx maîtrisait son art et dominait les purs spécialistes de ces différentes facettes du sport cycliste. Durant dix années, à une époque où les champions n'avaient pas encore choisi de « saucissonner » leur saison en fonction d'objectifs précis, il imposa son diktat au peloton, de février à octobre. Cette détermination lui permit de remporter 525 victoires sur route, auxquelles il faut ajouter 98 succès sur la piste et 2 courses de cyclo-cross. Cet appétit lui valut le surnom de « Cannibale » ; au sujet de la dictature qu'il exerça, les journalistes sportifs parlèrent de « merckxisme ».

Ce monarque absolu ne fut contesté du temps de sa splendeur que par l'Espagnol Luis Ocaña, sorte de révolutionnaire courageux ou de Don Quichotte qui perdit ses illusions dans la descente du col de Mente en 1971, puis, en fin de carrière, par le Français Bernard Thévenet. Quelle serait la carte de visite de champions de la trempe de l'Italien Felice Gimondi, du Néerlandais Joop Zoetemelk, du Belge Roger De Vlaeminck, voire du Français Raymond Poulidor s'ils n'avaient connu la déveine de courir à la même époque que Merckx ?

Merckx a en effet tout gagné : le Tour de France (5 fois), le Giro (5 fois), la Vuelta, Paris-Nice (3 fois), Milan-San Remo (7 fois), le Tour des Flandres (2 fois), Paris-Roubaix (3 fois), Liège-Bastogne-Liège (5 fois), La Flèche wallonne (3 fois), l'Amstel Gold Race (2 fois), le Tour de Lombardie (2 fois), le Grand Prix des nations. Il fut champion du monde professionnel sur route en 1967, 1971 et 1974 et a battu le record de l'heure en 1972. De 1970 à 1973, il a remporté cinquante courses ou plus chaque année (avec un record de 54 en 1971, soit 45 p. 100 des épreuves dont il prit le départ) ! Merckx a gagné 29 p. 100 des courses auxquelles il a participé.

Dernier exploit : dans un pays où la question linguistique est sensible, Eddy Merckx, qui naquit en Flandre et grandit en Wallonie, ne fut ni flamand ni wallon, mais tout simplement belge.

L'ascension d'un jeune homme ambitieux

Eddy Merckx naît le 17 juin 1945 à Meensel-Kiezegem, une petite commune du Brabant flamand située entre Louvain et Diest. La famille s'installe en août 1946 à Woluwe-Saint-Pierre, un quartier relativement cossu de l'agglomération bruxelloise où les parents tiennent une boucherie. Le jeune Eddy ne manque de rien durant son enfance et reçoit une éducation stricte. Malgré les réticences de sa mère, qui aurait souhaité qu'il se consacre plus à ses études, il prend une licence de coureur cycliste en 1961. Conseillé par l'ancien champion Félicien Vervaecke, il progresse rapidement, jusqu'à devenir champion du monde chez les amateurs en 1964.

Eddy Merckx passe professionnel en 1965, au sein de l'équipe Solo-Superia, la formation de Rik Van Looy. Il remporte quelques courses, mais ce champion en devenir ne saurait se contenter de vivre dans l'ombre de l'« Empereur d'Herentals ». Cette expérience lui servira : Eddy Merckx va renouveler la manière de former une équipe et de recruter des coureurs. Il se constituera une garde rapprochée de fidèles, auxquels il adjoindra des équipiers spécialisés (montagne, sprint...), chacun devant refouler son ego pour servir le maître, la contrepartie de ce sacrifice étant financière. Dès 1966, il rejoint l'équipe Peugeot-B.P. et remporte sa première grande victoire : Milan-San Remo, la primavera qui va devenir sa course de prédilection, puisqu'il s'imposera sept fois sur la via Roma. Il poursuit sa progression : en 1967, il devient champion du monde sur route à Heerlen (Pays-Bas), en battant au sprint le favori néerlandais Jan Janssen. Une victoire pleine d'autorité dans Paris-Roubaix en 1968, et la Belgique sait qu'elle tient avec Eddy Merckx, qui court désormais sous le maillot de Faema, le successeur de Rik Van Looy pour ce qui est des courses d'un jour. Restait à savoir si ce phénomène présenterait de semblables qualités en montagne, lui permettant de briller aussi lors des grands Tours – le dernier Belge vainqueur du Tour de France se nommait Sylvère Maes (1939) et jamais un Belge n'avait remporté le Giro. La réponse vient cette année-là à l'occasion du Giro : Eddy Merckx endosse le maillot rose à l'issue de l'étape arrivant à Tre Cime di Lavaredo, qu'il remporte sous la neige et dans le brouillard, pour ne plus le quitter.

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  • : historien du sport, membre de l'Association des écrivains sportifs

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Pierre LAGRUE, « MERCKX EDDY (1945- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/eddy-merckx/