RUSCHA ED (1937- )

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Artiste américain. Destiné, à la suite d'études entreprises au Chouinard Art Institute de Los Angeles, à une carrière dans les arts appliqués, Ed Ruscha (né en 1937 à Omaha, Nebraska) délaisse progressivement ses ambitions d'illustrateur et de graphiste pour devenir l'un des protagonistes majeurs de la jeune scène californienne. Marqué aussi bien par des artistes locaux (peuvent être cités, entre autres, son ancien professeur à Chouinard, Robert Irwin, et le cofondateur de la galerie Ferus de Los Angeles, Edward Kienholz) que par des créateurs de la côte est, à commencer par Jasper Johns et Robert Rauschenberg dont les travaux constituent des échappatoires aux options imposées par l'expressionnisme abstrait, Ruscha emprunte dès la fin des années 1950 une voie alternative. Celle-ci lui permet de considérer autrement ses velléités de peinture, en s'appuyant sur ses compétences de graphiste, qu'il exprimera notamment par l'intégration dans ses œuvres d'effets typographiques.

Il faut toutefois attendre 1963 pour que, à la suite de plusieurs voyages en Europe et à New York, Ruscha envisage réellement une carrière d'artiste, inaugurée par une première exposition personnelle à la galerie Ferus, où il présentera également ses travaux en 1964 et 1965. Récusant toute épithète visant à enfermer son travail dans une catégorie donnée (sa participation à l'exposition collective New Painting of Common Objects, au musée de Pasadena, en 1962, officialisera pourtant, malgré ses réticences, son assimilation à l'aventure pop de la côte ouest), Ruscha développe dès le début des années 1960 une œuvre étonnamment diversifiée. Elle se caractérise par une expression picturale de plus en plus désinhibée, par des contributions aux arts appliqués – il signera pendant de nombreuses années, sous le nom d'Eddie Russia, les maquettes de la revue Artforum –, ainsi que par des incursions maintes fois réitérées dans le domaine de la photographie documentaire.

En 1963, Ruscha publie en effet TwentySix Gasoline Stations, ouvrage d'une grande sobriété comportant, sans aucun commentaire, hormis les légendes, vingt-six photographies d'une architecture vernaculaire et utilitaire – en l'occurrence, ces stations à essence qui parsèment le territoire américain. À travers ce modeste livre de quarante-huit pages, rejeté lors de sa publication par la Library of Congress de Washington, Ruscha parvient à ce degré zéro du style documentaire qu'affectionneront quelques années plus tard les artistes conceptuels, et impose, bien avant ces derniers, une facture neutre dans le mode de présentation, que ses photographies peu spectaculaires ne font que confirmer. L'ouvrage, qui inaugure une longue série de publications similaires, est déterminant à plus d'un titre : il introduit durablement, au même moment que les typologies des Becher en Allemagne, le genre documentaire dans un contexte de création contemporaine réfractaire à l'image photographique, tout en court-circuitant les habituels réseaux de diffusion artistique – le livre, édité à quatre cents exemplaires, est ainsi proposé au prix de 3 dollars, afin de pouvoir toucher un public moins exclusif.

TwentySix Gasoline Stations, E. Ruscha

Photographie : TwentySix Gasoline Stations, E. Ruscha

Ed Ruscha, Knox Less, Oklahoma City, Oklahoma, extrait de la série TwentySix Gasoline Stations, 1962, épreuve gélatino-argentique, 12,5 cm x 26,8 cm. Whitney Museum of American Art, New York. Le premier livre de l'artiste, qui se met «dans la peau d'un grand reporter» pour fixer l'image la... 

Crédits : Edward Ruscha/ service de presse/ Musée du Jeu de Paume

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La première exposition personnelle de Ruscha à New York, en 1967 à la galerie Alexander Ionas, sera l'occasion pour l'artiste de présenter ses travaux réalisés à l'aide de poudre à canon sur papier. Ces œuvres, représentatives du caractère expérimental d'une démarche soucieuse d'intégrer des matériaux rarement voire jamais exploités par les artistes contemporains, trouveront une forme de prolongement dans Stains (1969), un portfolio de soixante-dix feuilles de papier « souillées » notamment par des taches de sperme, de cire, d'huile d'olive, de sauce Worcestershire et de moutarde. C'est enfin avec une matière à base de chocolat que seront imprimées les lithographies saturant les cimaises du pavillon américain de la biennale de Venise investi par Ruscha en 1970 (il sera de nouveau invité à représenter son pays en 2005), en hommage à Marcel Duchamp (et sa Broyeuse de chocolat), dont l'œuvre lui avait jadis servi de repère dans sa formation artistique.

Le caractère polysémique de l'œuvre de Ruscha se confirme dans les années 1970, l'artiste réalisant des peintures, dessins, photographies, films et installations qui reflètent sa soif d'expérimentation. Homogénéisée à partir des années 1980, sa produ [...]

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  • : maître de conférences en histoire de l'art contemporain à l'université de Valenciennes, critique d'art, commissaire d'expositions

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Pour citer l’article

Erik VERHAGEN, « RUSCHA ED (1937- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ed-ruscha/