AUTRICHIENNE ÉCOLE, économie

Processus de marché

Pour les tenants de la tradition économique autrichienne, le marché doit être analysé comme un processus et non comme un résultat. « À l'équilibre, il n'y a pas d'échanges », écrit Menger. Ses disciples vont insister sur cet aspect central. L'idée qui fonde cette conception est liée à la fois au subjectivisme et à une conception particulière du temps. À la conception « newtonienne », à laquelle correspond la vision traditionnelle du temps en économie, les Autrichiens opposent la notion de temps « réel ». Pour Gerald P. O'Driscoll et Mario Rizzo (Time and Ignorance in Economics, 1984), le temps newtonien a un caractère universel : il est le même pour tous, en tout lieu, et à tout moment. O'Driscoll et Rizzo estiment, en s'inspirant du philosophe français Henri Bergson, que la perception du temps, ou autrement dit la durée, diffère selon les individus et qu'elle varie pour un même individu en fonction du temps. Ainsi lorsqu'on mène une activité désagréable, le temps a tendance à s'amplifier. À l'inverse, si on effectue une tâche agréable, le temps se comprime. Et cette perception que les individus ont du temps est supposée influencer leurs comportements économiques.

Liée à l'hypothèse subjectiviste, cette vision du temps implique la rupture avec les analyses en termes d'équilibre : tout phénomène économique est en perpétuelle évolution. D'où l'idée que l'analyse économique doit étudier des processus plus que des états (d'équilibre). En outre, ces processus ne convergent pas nécessairement vers un équilibre. En particulier, si les individus font des anticipations sur les anticipations des autres. L'analyse économique des processus dynamiques, concernant par exemple l'évolution des institutions, en est inspirée.

— Pierre GARROUSTE

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Écrit par

  • Pierre GARROUSTE : professeur de sciences économiques à l'université de Lyon-II-Louis-Lumière

Classification

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • ÉCONOMIE (Histoire de la pensée économique) - Marginalisme

    • Écrit par Jean-Sébastien LENFANT
    • 2 035 mots
    • 1 média
    Deuxième auteur fondateur, Carl Menger est aussi le père de ce qui est devenu latradition économique autrichienne. Pour autant, son œuvre donnera lieu très tôt à des conflits d'interprétation et à des orientations théoriques et politiques divergentes. La pensée de Menger inaugure deux thèmes majeurs...
  • HAYEK FRIEDRICH AUGUST VON (1899-1992)

    • Écrit par Philippe NEMO
    • 1 290 mots

    Prix Nobel d'économie en 1974, Friedrich von Hayek est beaucoup plus qu'un économiste : c'est un des grands maîtres de la philosophie sociale et politique du xxe siècle. Né à Vienne le 8 mai 1899, mort à Fribourg-en-Brisgau le 23 mars 1992, il a fait des études de ...

  • MENGER CARL (1840-1921)

    • Écrit par Guy CAIRE
    • 443 mots
    • 1 média

    Considéré avec Jevons et Walras comme l'un des fondateurs de l'école marginaliste, titulaire de la chaire d'économie politique à l'université de Vienne et membre du Sénat, Carl Menger a exercé sur la pensée économique une influence considérable qui s'est manifestée tant au point de vue doctrinal...

  • MISES LUDWIG VON (1881-1973)

    • Écrit par Guy CAIRE
    • 273 mots

    Économiste autrichien, professeur à l'université de Vienne (1913-1938), puis à l'université de New York (1945-1969), Ludwig von Mises appartient à la seconde école marginaliste de Vienne. Dans son œuvre, trois centres d'intérêt complémentaires peuvent être distingués. Tout d'abord, et en particulier...

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Voir aussi