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DICTATURE

Dictatures conservatrices et dictatures révolutionnaires

On a tendance à assimiler la dictature aux fascismes contemporains, qui n'en sont qu'une forme parmi d'autres. Aussi considère-t-on souvent la dictature comme un régime conservateur (qui veut maintenir l'ordre établi, en faveur de ses privilégiés), voire réactionnaire (qui tend à revenir à un ordre ancien, plus injuste). Ce jugement n'est pas fondé. L'histoire connaît deux types de dictatures : les dictatures conservatrices ou réactionnaires et les dictatures révolutionnaires. Les premières emploient la violence et suppriment les institutions libérales afin de maintenir l'essentiel du système social en vigueur que ses bénéficiaires ne pensent plus pouvoir conserver par les moyens légaux. Les secondes utilisent les mêmes moyens pour transformer le système social en vigueur, de façon à supprimer – ou à diminuer – l'inégalité et l'injustice.

La violence

Dans les deux cas, on se trouve dans une situation de crise, où l'ordre établi est fortement menacé par la pression des classes et des groupes qu'il opprime, de sorte qu'il est près d'être renversé. Les classes privilégiées emploient la dictature pour empêcher à tout prix la subversion, parce qu'il est impossible de faire autrement – ou qu'elles croient ou font croire qu'il est devenu impossible de faire autrement. Les classes privilégiées grossissent le danger pour justifier la dictature ; souvent aussi, elles se croient plus menacées qu'elles ne sont. L'Italie ne risquait pas réellement le socialisme quand Mussolini s'y installe au pouvoir, ni l'Allemagne le communisme au moment de l'avènement de Hitler.

Si les classes ou les catégories opprimées réussissent au contraire à prendre le pouvoir dans une situation semblable, elles ne peuvent le conserver que par la violence. La dictature sert alors à accélérer l'évolution en cours, de façon à créer une société nouvelle où les antagonismes s'affaiblissent, où le consensus se rétablisse, entraînant la disparition de la dictature. La théorie de la dictature révolutionnaire a été d'abord élaborée en 1793-1794 par les Jacobins. La république était un régime beaucoup trop en avance sur la société française d'alors, paysanne et analphabète, encore dominée par des croyances religieuses archaïques et une mythologie monarchique. Elle ne pouvait donc se maintenir que par la Terreur qui – associée à l'éducation – avait pour but de développer chez les citoyens la « vertu » au sens de Montesquieu, c'est-à-dire le civisme. Cet objectif atteint, on aurait pu établir un régime libéral.

Lénine a contribué à développer une théorie analogue en ce qui concerne l'établissement du socialisme : celle de la dictature du prolétariat, dont l'idée se trouve dans Marx, encore qu'elle soit peu développée par lui. Une fois que la classe ouvrière aura pris le pouvoir par la révolution, elle devra l'utiliser pour détruire la bourgeoisie et supprimer les séquelles de l'esprit bourgeois. Seule la dictature permettra ainsi de supprimer totalement le capitalisme, la domination de l'homme par l'homme et la lutte des classes. Alors, on pourra non seulement libéraliser l'État, mais même le faire dépérir, et l'on atteindra une société pleinement libre : ce sera la « phase supérieure du communisme ».

La fin et les moyens

En fait, dans l'histoire, certaines dictatures ont eu un caractère réellement progressiste. C'est le cas précisément pour celle de Robespierre et celle de Lénine. C'est le cas pour des régimes de type kémaliste ou nassérien, comparés à des régimes de démocratie formelle qui masquent dans les pays en voie de développement la domination des grands propriétaires fonciers ou des entreprises de type colonial. Mais[...]

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Écrit par

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Média

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