DIALLÈLE

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Raisonnement erroné qui a été repéré et thématisé par les philosophes grecs, notamment les sceptiques. Diallèle est la transcription de diallèlos, nom grec de ce qu'on appelle aussi « cercle vicieux » ou « inférence réciproque », et qui consiste à définir un terme ou à démontrer une proposition au moyen d'un autre terme ou d'une autre proposition, qui ne peuvent eux-mêmes être définis ou démontrés que par les premiers. D'une manière générale, le diallèle se produit lorsque la preuve de ce qu'on cherche est fondée sur la validité d'une seconde preuve qui tire elle-même sa justification de la première.

Par exemple, les sceptiques critiquent le syllogisme aristotélicien où ils voient un diallèle. Soit la majeure « tout homme est animal », la mineure « Socrate est un homme » et la conclusion « Socrate est un animal ». Pour les sceptiques, la majeure « tout homme est animal » est établie par une induction fondée sur une énumération de propositions particulières : « Un tel est animal », « Platon est animal » et « Socrate est animal » ; elle serait fausse si un seul homme (par exemple Socrate) faisait exception. Or, la conclusion est une proposition particulière (« Socrate est un animal ») établie par voie de syllogisme à partir de la proposition universelle précédente, et la conclusion était nécessaire à l'établissement de la prémisse.

La leçon que tirent les sceptiques de l'existence du diallèle est la suivante : « Étant dans l'impossibilité de recourir à une thèse pour fonder l'autre, nous suspendons notre jugement sur les deux ensemble » (Sextus Empiricus). Le diallèle est l'un des cinq arguments ou « modes » repérés par Agrippa et qui tous conduisent à la suspension du jugement.

Les quatre autres modes sont : la discordance, ou conflit insoluble d'opinions (analogue à ce qu'on appellera plus tard « antinomie ») ; la régression à l'infini (où une preuve exige une autre preuve et ainsi de suite) ; la relativité de la perception au sujet percevant (qui nous rend inaccessible la nature de la chose en soi) ; le caractère hypothétique des principes (non fondés si l'on ne veut entrer dans une régression à l'infini). Si l'on admet avec Sextus Empiricus que « tout objet de recherche peut devenir l'objet de ces modes », autrement dit qu'ils ont une portée universelle, on comprend leur rôle capital dans la philosophie sceptique. La conclusion générale tirée du diallèle est éloquente : toutes nos connaissances se prouvent les unes par les autres, de sorte que notre connaissance entière repose sur un cercle vicieux.

—  Françoise ARMENGAUD

Écrit par :

  • : agrégée de l'Université, docteur en philosophie, maître de conférences à l'université de Rennes

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SCEPTICISME

  • Écrit par 
  • Jean-Paul DUMONT
  •  • 7 740 mots

Dans le chapitre « Les nouveaux sceptiques »  : […] Le lieu de l'âme dans lequel s'exerce le jeu des oppositions entre phénomènes et noumènes est selon Ænésidème la mémoire. À telle représentation présente, on peut opposer telle représentation passée, ou même l'imagination d'une chose future. C'est pourquoi, dans la pratique du doute sceptique, l'âme ne se trouve pas totalement engagée. Plus tard, on verra Descartes, convaincu de l'unité de l'espr […] Lire la suite

Pour citer l’article

Françoise ARMENGAUD, « DIALLÈLE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 mars 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/diallele/