RUBÉNI DAVID (1483 env.-env. 1538)

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Diplomate juif qui affirmait être l'ambassadeur d'un royaume juif de Khaibar en Arabie ( ?) auprès du pape Clément VII et qui visita les cours pontificale et portugaise, ainsi que plusieurs cités italiennes, afin de conclure une alliance entre la chrétienté et les Juifs contre les Turcs. David Rubéni se prétendait le fils du roi Salomon et le frère du roi Joseph qui régnait sur les tribus de Ruben et de Gad et sur la demi-tribu de Manassé. Après avoir séjourné à Alexandrie, à Jérusalem, à Safed et à Damas, il débarque à Venise en 1523. Grâce à l'appui matériel de Juifs vénitiens, notamment du peintre Moïse de Castelazzo, il gagne Rome dans un brillant équipage. Le cardinal Gilles de Viterbe l'accrédite auprès de la communauté juive de Rome et du pape Clément VII. Il réclame des armes et des lettres de recommandation pour Charles Quint et pour François Ier.

Après une année d'attente, il obtient des lettres pour Jean III, roi du Portugal, et pour le « prêtre Jean », roi d'Éthiopie. Des Juifs fortunés, notamment Daniel et Vitale da Pisa ainsi que Benvenida Abravanel, lui donnent des fonds et une bannière en soie brodée à l'enseigne des Dix Commandements. Jean III l'accueille comme un ambassadeur officiel : son projet consiste à s'emparer de la Terre sainte. Le roi lui promet huit vaisseaux et quatre mille canons. Mais la venue d'un ambassadeur juif au Portugal met en effervescence la population néo-chrétienne issue de la conversion forcée des Juifs du Portugal en 1497. Les « nouveaux chrétiens » entourent David Rubéni, convaincus que sa mission annonce l'avènement du Messie et la fin de leurs épreuves. Un jeune marrane de naissance noble, Diego Pires, se déclare juif et prend le nom de Salomon Molkho. Devant les répercussions de l'ambassade juive parmi les « nouveaux chrétiens », Jean III met fin à celle-ci.

Arrêté sur la côte espagnole, David Rubéni est libéré par Charles Quint. Une tempête le jette sur les côtes de Provence, où il est emprisonné deux années durant par le comte de Clermont. Les communautés juives d'Avignon et de Carpentras paient sa rançon et il regagne l'Italie, s'efforçant d'obtenir l'appui des cités afin de soumettre ses plans à Charles Quint. À Milan, il retrouve Salomon Molkho, qui, dans l'intervalle, a parcouru l'Orient, s'est familiarisé avec la kabbale, a annoncé aux communautés juives la manifestation prochaine du Messie. Tous deux se rendent à Ratisbonne pour offrir à l'empereur l'alliance des Juifs d'Orient contre les Turcs. Charles Quint les fait incarcérer en 1532. Salomon Molkho, livré à l'Inquisition, est envoyé au bûcher comme relaps, tandis que David Rubéni est transféré dans une prison espagnole pour avoir incité des « nouveaux chrétiens » à revenir au judaïsme. On ne sait pas exactement quand et comment il mourut (peut-être à Badajoz en 1538).

L'aventure de David Rubéni demeure énigmatique. Certes, il a laissé un journal rédigé en hébreu (peut-être dû à son secrétaire Salomon Cohen de Prato), connu par un manuscrit de la Bibliothèque bodléienne d'Oxford, édité par A. Z. Aescoly (Sippur David ha-Reuveni, Jérusalem, 1940), traduit en anglais par E. N. Adler (Jewish Travelers, New York, 1966). Vêtu à l'orientale, d'un teint fortement basané, ne s'exprimant qu'en hébreu, le personnage donnait l'impression de venir d'un lointain pays. Il parvint à convaincre la cour pontificale, et seul le problème néo-chrétien en Portugal paraît avoir déterminé son échec auprès de Jean III : il avait incontestablement l'envergure d'un diplomate. D'où était-il originaire ? Quels documents produisit-il devant la chancellerie pontificale ? Si sa prétention d'être l'envoyé d'un lointain royaume juif autonome relevait de la fiction, on peut néanmoins se demander s'il n'était pas un falacha, c'est-à-dire un Juif noir d'Éthiopie (telle est l'hypothèse de Cassuto, in Tarbiz, XXXII, 1962-1963). Son apparition, ses négociations expriment une saisie étonnamment moderne des moyens de transformer la condition des Juifs. Son échec met en lumière l'importance du problème marrane dans la péninsule Ibérique et la vigueu [...]

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Écrit par :

  • : directeur d'études émérite à l'École pratique des hautes études (Ve section, sciences religieuses)

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Gérard NAHON, « RUBÉNI DAVID (1483 env.-env. 1538) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/david-rubeni/