ARASSE DANIEL (1944-2003)

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L'historien de l'art Daniel Arasse, né le 5 novembre 1944 à Alger, laisse une marque profonde dans le monde de l'art, en France comme à l'étranger. Au-delà de sa personnalité attachante et de la générosité de sa parole, la mesure reste à prendre d'une vision percutante de l'histoire de l'art et de ses enjeux, d'une démarche qui s'est donné les moyens de sa singularité tant en termes de méthode que de délimitation de ses champs. À ce titre, son intérêt pour l'art contemporain n'est pas à considérer comme un écart de cheminement, mais comme le corollaire d'une attitude qui a toujours envisagé les œuvres d'abord comme des réalités contemporaines de l'expérience qui en est faite, et jamais comme des objets projetés dans le ciel idéal de la pure historicité. La réflexion qu'il avait entrepris de mener sur le temps de l'art et de l'histoire compte au nombre de ses travaux inachevés.

L'histoire de l'art a pris Daniel Arasse très tôt, puisque, normalien et agrégé de lettres classiques, c'est sur la Renaissance italienne déjà qu'il engage une thèse, sous la direction d'André Chastel, avant de travailler avec Louis Marin. Et s'il devint membre de l'École française de Rome (1971-1973), c'est, bien plus qu'une preuve de reconnaissance académique, l'illustration du besoin d'ancrer dans l'expérience directe la relation aux œuvres. Ce besoin ramènera souvent dans le berceau italien cet infatigable voyageur, pour peu qu'un tableau soit au bout du chemin ; il le fera florentin pendant près de huit ans, comme directeur de l'Institut culturel français, de 1982 à 1989. L'Italie lui permit aussi d'entretenir son intérêt profond pour le cinéma, par le festival France Cinéma qu'il fonda, également à Florence. Par ailleurs, l'expérience de terrain de l'historien de l'art n'étant pas seulement celle de la relation à l'œuvre, mais celle, conséquente, du partage de cette expérience, Daniel Arasse enseigna à l'université de Paris-IV, puis à celle de Paris-I. Il fut, à partir de 1993, directeur d'études à l'E.H.E.S.S.

L'écriture, cependant, a constitué son champ opératoire majeur, exercée avec une liberté et une ambition croissantes à travers une bibliographie qui compte des succès de librairie inhabituels en histoire de l'art. Sur Léonard en 1997 (et dès 1978 pour les dessins), sur Vermeer en 1993, comme sur Anselm Kiefer en 2001, il travailla à l'intérieur du système d'un artiste. Il conduisit, avec La Guillotine et l'imaginaire de la Terreur (1987), un travail méthodique sur une forme symbolique moderne. Il interrogeait déjà les rapports de l'image et du pouvoir dans Génies de la Renaissance italienne. L'Homme en jeu, en 1980. C'est aussi par les traversées analytiques de périodes historiques (La Renaissance maniériste, puis L'Art italien du IVe siècle à la Renaissance, volumes collectifs auxquels il contribue en 1997), par des investigations thématiques (L'Annonciation italienne, 1999) ou par des essais (Le Sujet dans le tableau, 1997 et On n'y voit rien, 2000) que s'est explicitée sa démarche. Son livre clé demeure Le Détail (1992), avec son sous-titre programmatique : Pour une histoire rapprochée de la peinture, où se trouvent articulés ses partis pris de travail : l'observation et l'interprétation. L'objet de la recherche est une fois encore clairement assigné dans la Préface du dernier volume paru de son vivant (Les Visions de Raphaël, 2003) : « Regarder la peinture – pour voir si possible le travail du peintre. » Pour voir en effet comment le travail des peintres est une pensée active de la culture de leur temps, et par là, du nôtre.

Daniel Arasse a fait de l'examen critique des conditions de visibilité, et plus encore de l'observation la plus poussée de la part matérielle de l'œuvre, sans exclusion d'aucun outil ou technique qui puissent y contribuer, y compris l'attention et le cadrage photographique (le gros plan), un socle du travail de l'interprète. De même a-t-il pris le parti de ce qu'il nommait plaisamment le « bricolage » conceptuel, faisant flèche de tout bois, pour peu que cela contribue à la lecture des œuvres, sans craindre l'anachronisme – un bricolage fondé sur une grande culture du contexte des œuvres. L'histoire de l'art demeure du côté de l'écriture (de la « fiction plausible »), plus que d'une scientificité autosati [...]

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LE SUJET DANS LE TABLEAU. ESSAIS D'ICONOGRAPHIE ANALYTIQUE (D. Arasse)

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  • Maurice BROCK
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Pour citer l’article

Christophe DOMINO, « ARASSE DANIEL - (1944-2003) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/daniel-arasse/