CORRIDA

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Les protagonistes de la corrida

Des taureaux

La perception des taureaux est souvent culturelle. Les peuples de culture hispanique et latino-américaine révèrent toujours cet animal pour sa grâce, son agilité et sa force maîtrisée. Dans le monde anglo-saxon en revanche, les expressions utilisant l'image du taureau sont souvent négatives et ne connotent que brutalité et grossièreté.

Les éleveurs de taureaux (ganaderos) disent généralement que les taureaux ont la taille et la corpulence de leur père, mais le cœur de leur mère. Les taureaux utilisés en corrida sont invariablement issus d'une lignée de race pure élevée dans des fermes spéciales (ganaderías). Les plus réputés sont ceux de Miura, éleveur de Séville : ils ont tué plus de célèbres matadors, dont le grand Manolete, que ceux de tout autre élevage. Peu après avoir été sevrés, vaccinés et marqués au fer, les mâles âgés d'un an sont éprouvés dans des champs ouverts. Les bêtes au pedigree et à la corpulence physique exceptionnels sont ainsi séparées des autres, puis soumises à une première série d'épreuves destinées à tester leur bravoure. Ces épreuves sont réalisées par des hommes montés à cheval, et en aucun cas des toreros à pied munis de capes. Les taureaux jugés suffisamment braves seront utilisés pour l'arène, les autres envoyés à l'abattoir. Entre deux et trois ans, les animaux sont à nouveau éprouvés sur toutes les étapes de la corrida dans un petit enclos circulaire dans la ganadería. Seuls ceux jugés bons sont conservés pour la saillie.

La famille royale avait coutume d'assister à ces épreuves (tientas), qui devinrent souvent des rendez-vous de la haute société. Lors d'une tienta, un éleveur peut éprouver plusieurs dizaines d'animaux en quelques jours. C'est aussi l'occasion pour les toreros débutants ou retraités de se produire devant des vachettes destinées à la saillie, pour les matadors réputés de pratiquer de nouvelles passes, et pour les matadors amateurs et les gens de lettres de tester leur courage dans l'enclos, habituellement avec des génisses. De nombreux matadors ont été grièvement blessés par de très jeunes génisses. Le grand Antonio Bienvenida fut ainsi tué par une jeune génisse dans sa ganadería en 1975.

Les taureaux ne participent toujours qu'à une seule corrida. Ils sont en effet dotés d'une excellente mémoire, et cette première expérience rendrait les combats ultérieurs trop dangereux pour que les matadors exécutent avec grâce leur travail de cape, principal attrait de la corrida aux yeux des aficionados. Tous les bovins sont daltoniens. La muleta, petite cape utilisée dans le dernier acte d'une corrida, est donc écarlate. La capote, grande cape de travail utilisée dans le premier acte de la corrida, est habituellement rose au dehors et jaune à l'intérieur, les taureaux chargeant sur ces couleurs aussi vite que sur le rouge écarlate de la muleta. C'est le mouvement de la pièce de tissu qui incite l'animal à charger. Comme dans les courses de chevaux, tous les taureaux de corrida portent un nom, en général tiré de celui de leur mère : la mère d'Islero, le taureau qui tua Manolete, s'appelait ainsi Islera.

Des hommes... et des femmes

Les professionnels de la tauromachie, appelés toreros (ou toréadors, terme rendu célèbre par l'opéra Carmen de Bizet et remontant à l'époque où ils étaient à cheval), regroupent les picadors, assistants à cheval armés d'une pique avec laquelle ils blessent le taureau pendant le premier acte de la corrida ; les banderilleros, assistants à pied qui exécutent le travail de cape initial et plantent les banderilles (banderillas), baguettes rondes entourées de papier de couleur et munies d'une pointe en forme de harpon, dans le garrot du taureau lors du deuxième acte du combat ; et, bien sûr, les matadors, qui exécutent des passes rapprochées avec le taureau avant la mise à mort, dans le dernier acte de la corrida. Dans une corrida, six taureaux sont généralement mis à mort par trois matadors. Ces derniers, assistés d'une équipe (cuadrilla) composée de deux ou trois banderilleros et de deux picadors, tuent deux taureaux chacun à son tour, par ordre d'ancienneté dans la profession, le matador le plus expérimenté affrontant toujours le premier et le quatrième taureau.

Les toreros commencent leur apprentissage en tant que novilleros (novices). Ils sont en réalité d'abord des becerristas, qui affrontent des animaux âgés de deux ans, puis des novilleros sin picadores, qui affrontent sans picador des bêtes de deux à trois ans, et [...]

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The Bull, E. Haas

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Pour citer l’article

Barnaby CONRAD, « CORRIDA », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/corrida/