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CONSEIL DES TROUBLES

En août 1567, le duc d'Albe fut envoyé aux Pays-Bas comme gouverneur espagnol à la tête d'une forte armée pour rétablir l'ordre troublé par une explosion de violences iconoclastes, dues à un nombre croissant de calvinistes. Partisan d'une répression féroce, il créa le Conseil des troubles (appelé Bloedraad, ou Conseil du sang, par les Néerlandais), comprenant de grands seigneurs néerlandais fidèles et trois conseillers espagnols qui exerçaient en fait un rôle de contrôle. Ce tribunal condamna à mort ou à la prison des milliers de gens, sans procès régulier. Il avait pour objet, non seulement d'imposer de force une adhésion au catholicisme, mais encore de mettre un terme au particularisme néerlandais, issu de droits, de coutumes et de privilèges traditionnels, qui avait fait obstacle à la domination absolue de Philippe II d'Espagne.

Les premières victimes du Conseil des troubles furent les grands seigneurs et les membres de la petite noblesse qui, en 1566, avaient adressé une pétition à Marguerite de Parme, gouvernante des Pays-Bas, pour mettre un frein à la persécution religieuse contre les protestants. L'arrestation illégale de deux grands seigneurs, les comtes d'Egmont et de Hornes (qui devaient tous deux être exécutés en juin 1568), incita des milliers de nobles et de calvinistes à s'enfuir à l'étranger ; à leur retour, ils constituèrent, sous le nom de « gueux », les forces militaires de la résistance néerlandaise contre l'Espagne (1568-1609). Tous les biens des condamnés furent confisqués et échurent au trésor du gouvernement central.

Le duc d'Albe utilisa la menace du Conseil des troubles pour faire accepter aux villes et aux provinces l'établissement d'un impôt de 10 p. 100 sur les ventes qui, en donnant l'indépendance financière au gouvernement central, devait lui permettre de briser le particularisme néerlandais. Annoncé en mars 1569, et bien que ne devant être appliqué qu'en 1571, cet impôt causa un mécontentement général ; tous les fonctionnaires provinciaux et municipaux qui cherchèrent à s'opposer à cette mesure furent arrêtés, torturés et emprisonnés. Une amnistie générale — dont les rebelles les plus fanatiques étaient exclus — fut décrétée en 1570. Le Conseil des troubles ne se manifesta plus après le départ du duc d'Albe, en 1573. Il fut aboli l'année suivante.

— Pierre GOBERT

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Écrit par

  • : ancien élève de l'École polytechnique, général

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • ALBE FERNANDO ÁLVAREZ DE TOLEDO duc d' (1507-1582)

    • Écrit par Marie-France SCHMIDT
    • 631 mots

    Appartenant à une illustre famille castillane, Fernando Álvarez de Toledo, duc d'Albe, se signale de bonne heure dans les expéditions de Charles Quint sur les champs de bataille d'Europe et d'Afrique : il participe à la bataille de Pavie en 1525, puis à la conquête de Tunis en 1535 et...

  • BELGIQUE - Histoire

    • Écrit par Guido PEETERS
    • 20 670 mots
    • 16 médias
    ...ressources permettant de pourvoir à l'entretien de l'armée espagnole. Albe débarqua aux Pays-Bas avec une armée d'environ 10 000 hommes et institua le Conseil des troubles, tribunal d'exception qui se mit aussitôt à l'œuvre. Les comtes d'Egmont et de Hornes furent arrêtés en dépit de leurs privilèges...
  • GUEUX LES

    • Écrit par Raoul VANEIGEM
    • 949 mots
    • 1 média

    Né de l'opposition sociale, politique et religieuse à l'autorité de Philippe II dans les Flandres et les Pays-Bas du xvie siècle, le mouvement des « gueux » exprime à la fois le mécontentement populaire, responsable de la flambée d'iconoclasme, et les revendications des nobles...

  • PAYS-BAS

    • Écrit par Christophe DE VOOGD, Universalis, Frédéric MAURO, Guido PEETERS, Christian VANDERMOTTEN
    • 35 732 mots
    • 23 médias
    ...armée et fit irruption aux Pays-Bas, mais il fut battu par le duc d'Albe près de Heiligerlee. Entre-temps, le duc d'Albe avait institué à Bruxelles le Conseil des troubles et déclenché la chasse aux hérétiques. On établit 10 000 dossiers ; 9 000 personnes furent condamnées par contumace et leurs biens...

Voir aussi