COLONISATION, notion de

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Le débat politique sur la colonisation

Le courant marxiste a caractérisé les phénomènes d'expansionnisme européen comme « impérialisme » à partir du moment où il y avait systématisation de la colonisation et recours à des doctrines de suprématie culturelle et raciale. Lénine, dans son ouvrage L'Impérialisme, stade suprême du capitalisme (1916), dénonce également l'accumulation du capital-argent qui permet de conforter le monopole capitaliste mondial. Si, en 1889, la IIe Internationale juge la politique coloniale positive, et même si la barbarie coloniale est dénoncée par Karl Kautsky et Jules Guesde en 1907 – annonçant l'abandon du terme « colonisation », remplacé par « colonialisme », qui insiste sur les rapports de pouvoir et sur la mise en dépendance des colonies par les métropoles –, ce n'est qu'après la Première Guerre mondiale et, surtout, au moment de la guerre d'Algérie que le mouvement anticolonialiste s'élargit.

Dans ce courant, les sciences sociales et en particulier la sociologie, à partir des années 1930, prenant conscience de l'acculturation générée par la colonisation, s'attachent à recenser des coutumes africaines supposées immuables. Cependant, la prise de parole par des colonisés a influencé le champ de la recherche avec l'élaboration du thème de l'« indigénisme » par l'Haïtien Jean Price-Mars (Ainsi parla l'Oncle, 1928), de la « négritude » par Léopold Sédar Senghor et Aimé Césaire pour dire la révolte des peuples colonisés ou encore, avec la dénonciation de leur aliénation, et leur dépersonnalisation liée au racisme, par Frantz Fanon (Peau noire, masques blancs, 1952). Beaucoup plus récemment, Edward Saïd, dans L'Orientalisme, l'Orient créé par l'Occident (1978), a lui aussi critiqué le discours des Occidentaux qui réduit les Orientaux à l'état d'objets de ce discours, sans jamais les considérer comme interlocuteurs. Dès 1951, Georges Balandier (« La Situation coloniale : approche théorique », in Cahiers internationaux de sociologie) a pensé la spécificité de la situation coloniale comme rapport de forces et de tensions conditionnant une tout autre réalité. Le courant tiers-mondiste, avec Albert Memmi (L'Homme dominé, 1968), a pour sa part caractérisé la colonisation comme une œuvre de dénaturation, tandis que des anthropologues tels Michel Leiris (Contacts de civilisations en Martinique et en Guadeloupe, 1955) et Roger Bastide (Les Amériques noires, 1967) insistaient sur la relation coloniale à travers la question du mélange des cultures, de la « miscégénation », de la « créolisation » ou encore du métissage.

L'histoire coloniale a connu un important renouvellement depuis les années 1980 grâce à des problématiques anglo-saxonnes marxistes et postmodernes (Colonial Studies), qui insistent sur l'importance de l'expérience coloniale, aussi bien pour les sociétés des colonisés que pour celle des colonisateurs. Frederick Cooper et Ann Stoler définissent l'histoire coloniale comme l'étude socio-politique et culturelle des interactions des groupes et réseaux propres aux sociétés coloniales (Tensions of Empire, Colonial Cultures in a Bourgeois World, 1997). En Inde ont été élaborées les Subaltern Studies, les études de la « subalternité », qui ont pour but de rétablir le peuple colonisé comme sujet de sa propre histoire, et non pas comme masse manipulée par les élites. En France, la réflexion sur le « fait colonial » repose sur l'analyse des valeurs construisant la nation en relation avec le domaine colonial.

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Myriam COTTIAS, « COLONISATION, notion de », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/colonisation-notion-de/