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SENGHOR LÉOPOLD SÉDAR (1906-2001)

Léopold Sédar Senghor, 1949 - crédits : Keystone/ Hulton Archive/ Getty Images

Léopold Sédar Senghor, 1949

Prince et poète, Léopold Sédar Senghor a su épanouir un lyrisme heureux, et chanter, avec une inquiète passion, la toujours jeune Afrique qui se réveille après des siècles de sujétion et des millénaires d'une vie culturelle méconnue. En ces années 1950 où l'homme noir, à la croix des chemins, entre tutelle et liberté, intégration et solitude, pouvait conjurer les antagonismes par les incantations d'un humanisme inoffensif ou crier son refus à la civilisation importée, Senghor choisit une voie étroite, soumise au feu des critiques opposées : action politique intransigeante dans son dessein, réaliste et modérée dans son application ; glorification d'une race humiliée qui atteint, au-delà du ressentiment, la sérénité de l'amour qui pardonne ; poésie qui tente de conquérir une altitude où s'accordent les beautés des cultures amies.

Du « royaume d'enfance » au « Sahara des honneurs »

Léopold Sédar Senghor au Conseil de l'Europe (Strasbourg, 1949) - crédits : Felix Man/ Picture Post/ Hulton Archive/ Getty Images

Léopold Sédar Senghor au Conseil de l'Europe (Strasbourg, 1949)

La destinée du petit Sénégalais, issu de l'ethnie sérère, qui naît en 1906 à Joal, au sud de Dakar, semble, en ses débuts, illustrer les faveurs que la métropole dispense aux sujets d'élite de ses colonies : après une enfance privilégiée, au sein d'une famille riche, catholique, encore enracinée dans la société traditionnelle, c'est l'école des pères, puis le collège de Dakar où le lycéen obtient le baccalauréat en 1928 ; « seize années d'errance » au pays des Blancs le conduisent de la khâgne du lycée Louis-le-Grand à la Sorbonne puis à l'agrégation de grammaire (c'est la première fois qu'un Africain réussit le concours) ; au professorat à Tours (1937) et à Saint-Maur (1938), interrompu par la guerre, et à deux années de captivité ; après la Libération, il occupe une chaire d'africanisme à l'école de la France d'outre-mer. Derrière ce brillant cursus honorum, profil exemplaire d'« assimilé », se cache un homme blessé qui se sent exilé et aliéné : à la recherche de son identité, il fonde, en 1934, avec quelques camarades, dont le Martiniquais Aimé Césaire et le Guyanais Léon Damas, L'Étudiant noir, éphémère petite revue où se forge la notion de négritude. Il milite au Parti socialiste, et, en même temps, fervent de Proust et de Supervielle, il confie ses angoisses et sa fierté à des essais poétiques qui restent secrets.

Il accède à la notoriété en 1945 : élu député du Sénégal à l'Assemblée constituante, il publie son premier recueil, Chants d'ombre, hanté de souvenirs d'enfance et de visions nostalgiques du pays natal. Dès lors, carrière publique et accomplissement lyrique vont de pair : le député se dégage du Parti socialiste et organise des mouvements proprement africains ; secrétaire d'État à la présidence du Conseil en 1955-1956, ministre du général de Gaulle en 1959, il devient en 1960, après la malheureuse expérience de la fédération du Mali, le premier président de la république du Sénégal. Il sera réélu quatre fois (en 1963, 1968, 1973 et 1978). Adepte d'un socialisme modéré et africanisé, il contrôle étroitement la vie politique, non sans quelque dérive autoritaire. Après l'ouverture au multipartisme dans les années 1970, il se retire volontairement le 31 décembre 1980, laissant la place à son dauphin Abdou Diouf, un exemple rare de transition pacifique en Afrique.

L'écrivain participe, en 1947, à la fondation de Présence africaine (avec Césaire et Alioune Diop), et publie Hosties noires (1948), où il évoque souffrances et fraternité dans la guerre ; Chants pour Naëtt (1949), élégies d'amour ; Éthiopiques (1956) et Nocturnes (1961), où il s'ouvre à une inspiration cosmopolite et profère le verbe poétique avec une véhémence coupée de dissonances concertées qui a moins séduit que l'ampleur symphonique de sa manière originelle, mais[...]

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Écrit par

  • : ancien élève de l'École normale supérieure de la rue d'Ulm, agrégé de lettres, docteur ès lettres, professeur à l'université de Clermont-II

Classification

Pour citer cet article

Daniel MADELÉNAT. SENGHOR LÉOPOLD SÉDAR (1906-2001) [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Article mis en ligne le et modifié le 25/03/2009

Médias

Léopold Sédar Senghor, 1949 - crédits : Keystone/ Hulton Archive/ Getty Images

Léopold Sédar Senghor, 1949

Léopold Sédar Senghor au Conseil de l'Europe (Strasbourg, 1949) - crédits : Felix Man/ Picture Post/ Hulton Archive/ Getty Images

Léopold Sédar Senghor au Conseil de l'Europe (Strasbourg, 1949)

Autres références

  • AFRIQUE NOIRE (Culture et société) - Littératures

    • Écrit par , et
    • 16 566 mots
    • 2 médias
    ...premier jaillissement de la négritude, dans le poème de Césaire, dans le recueil du Guyanais Léon Gontran Damas (Pigments, 1937), dans les poèmes de Léopold Sédar Senghor (ceux qui formeront Chants d'ombre en 1945 sont presque tous écrits dès avant la Seconde Guerre mondiale), apparaît comme...
  • DIA MAMADOU (1910-2009)

    • Écrit par
    • 358 mots

    Figure emblématique de la vie politique sénégalaise, compagnon puis rival de Léopold Sédar Senghor, Mamadou Dia fut Premier ministre de son pays de 1959 à 1962.

    Né le 18 juillet 1910 dans une famille musulmane de Khombole, dans le Sénégal oriental, Mamadou Moustapha Dia étudie à l'école William-Ponty,...

  • FRANCOPHONES LITTÉRATURES

    • Écrit par
    • 7 220 mots
    • 5 médias
    ...Oubangui-Chari, René Maran, considéré comme l’un des précurseurs de la négritude. Inauguré dès les années 1930 par Aimé Césaire, Léon Gontran Damas et Léopold Sédar Senghor, ce mouvement, qui participe d’une vaste dynamique partie des États-Unis sur la « question noire », irriguera après la Seconde...
  • NÉGRITUDE

    • Écrit par
    • 1 218 mots
    ...(éclaté, parfois inconciliable), littéraire et politique. En 1934, à Paris (soit dans l'un des principaux pays colonialistes), Aimé Césaire (1913-2008), Léopold Sédar Senghor (1906-2003) et L. G. Damas (1912-1978), entre autres, créent la revue L'Étudiant noir, qui devient l'organe fondateur...
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