GRANGER CLIVE W. (1934-2009)

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En attribuant le prix Nobel d'économie 2003 à deux statisticiens spécialistes de l'économétrie des séries temporelles, l'Académie royale des sciences de Suède s'est éloignée de la tendance qu'elle avait amorcée à la fin des années 1990. Depuis 1997, en effet, le jury du Nobel s'efforçait de récompenser des travaux interdisciplinaires ou de rapprocher l'économie des autres sciences sociales. La distinction de Clive W. Granger (université de Californie, San Diego), partagée avec l'Américain Robert F. Engle (université de New York) traduit une autre démarche. Elle consacre le rôle des outils statistiques et des méthodes économétriques dans l'analyse économique.

Britannique installé aux États-Unis depuis 1974 (date à laquelle il rejoint l’université de Californie), Clive Granger est né le 4 septembre 1934 à Swansea, un port du pays de Galles. Il quitte cette région pour le centre de l'Angleterre, où il va faire ses études secondaires à West Bridgford, au sud de Nottingham. Sa double formation en économie et en statistiques lui permet d'obtenir sans difficulté une licence de mathématiques en 1955. Deux ans plus tard, il publie dans une revue d'astrophysique un premier article portant sur la modélisation des taches solaires. Il obtient un doctorat de statistiques à l'université de Nottingham.

Au début des années 1960, une bourse d'étude lui permet de partir pour Princeton (New Jersey) où il travaille avec Oskar Morgenstern, co-auteur avec John von Neumann du premier ouvrage fondamental sur la théorie des jeux. Même s'il revient à l'université de Nottingham comme professeur d'économie et de statistiques, ce séjour américain est déterminant pour la suite de ses recherches, qui s'orientent alors vers l'analyse des séries temporelles longues. Ce sont des données chronologiques utilisées dans le domaine de la macroéconomie (le P.I.B., la consommation, le revenu) ou dans celui des marchés financiers (le taux d'intérêt, le taux de change, le cours d'un titre). Elles présentent des particularités, notamment la « volatilité saisonnière » (étudiée par Robert Engle) et la « non-stationnarité » dont tout économètre doit tenir compte dans ses études rétrospectives ou prospectives.

Clive Granger remarque que les méthodes économétriques traditionnelles modélisent de la même façon les séries stationnaires ou intégrées (c'est-à-dire les séries qui fluctuent autour d'une valeur constante, telle qu'une moyenne ou une variance) et les séries non stationnaires. Dans ces dernières, une perturbation temporaire a un effet prolongé sur le long terme. Elles nécessitent un traitement spécifique, car les méthodes de calcul applicables aux séries stationnaires ne leur sont pas transposables et peuvent aboutir à des résultats erronés. Tel est le point de départ du célèbre problème des « régressions fallacieuses » (spurious regressions) que Clive Granger met en avant en 1974 avec son collègue Paul Newbold. Ses modèles à correction d'erreur sont aujourd'hui utilisés de façon systématique par ceux qui modélisent les séries macroéconomiques ou financières.

Selon l'Académie des sciences de Suède, le mérite de Clive Granger est d'avoir découvert que « des combinaisons spécifiques de séries temporelles non stationnaires peuvent se comporter de manière stationnaire et donc permettre de produire des résultats statistiquement corrects ». Cet apport, plus connu sous le nom de méthode de la « cointégration », a révolutionné les pratiques économétriques.

Seules peuvent être estimées des relations entre des variables appartenant à des séries temporelles qui présentent les mêmes propriétés statistiques et que Clive Granger qualifie de « séries cointégrées ». Des combinaisons de séries non stationnaires, par exemple l'évolution de la consommation ou du revenu, peuvent se comporter de façon stationnaire et produire des résultats corrects pour l'estimation de la propension à consommer. Tel est le principe de la relation de cointégration : une combinaison linéaire de variables non stationnaires mais qui est elle-même stationnaire. Cette méthode a modifié la démarche des économètres qui introduisent désormais de la stationnarité dans la non-stationnarité des séries pour obtenir des résultats non biaisés.

Les travaux de Granger sont tout aussi incontournables pour les professionnels des salles de marché des banques ou des entreprises d'investissement (sociétés de Bourse, O.P.C.V.M.) qui réalisent chaque jour des « tests de Granger ». Il s'agit de vérifier la pertinence du lien de causalité entre des variables exogènes et endogènes : la variable X cause la variable Y si la connaissance des valeurs passées de X peut améliorer la prévision de Y. Ce test de Granger se situe en dehors de tout schéma explicatif, c'est un modèle de prévision qui permet de tester des relations économiques, par exemple l'impact de la variation des taux d'intérêt sur l'évolution des cours de Bourse ou la relation entre les taux d'intérêt à court terme et à long terme.

Avant d'obtenir le prix Nobel, Clive Granger a reçu de nombreuses distinctions. En 1992, il s'est vu décerner par l'International Journal of Forecasting le prix du meilleur article de l'année pour ses travaux sur les prévisions des cours boursiers. Il a été nommé docteur honoris causa de l'université Carlos-III de Madrid en 1996 et de la Stockholm School of Economics en 1998.

Les travaux de Granger ont certes permis une refondation de l'économétrie dans les années 1980 et constituent en cela une réelle avancée scientifique pour ses utilisateurs. Mais ils nourrissent également la critique de ceux qui s'interrogent sur le bien-fondé et les conséquences de la mathématisation croissante de la recherche en économie.

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ENGLE ROBERT F. (1942- )

  • Écrit par 
  • Françoise PICHON-MAMÈRE
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Professeur de finance américain, Robert Engle a partagé le prix Nobel d'économie 2003 avec le Britannique Clive W. Granger, avec qui il avait publié nombre d'articles sur les séries chronologiques tout au long des années 1980 et 1990. Robert Engle est né en novembre 1942 à Syracuse (État de New York). Il obtient avec la plus haute distinction une licence de physique au Williams College de New York […] Lire la suite

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Françoise PICHON-MAMÈRE, « GRANGER CLIVE W. - (1934-2009) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/clive-w-granger/