ENGLE ROBERT F. (1942- )

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Professeur de finance américain, Robert Engle a partagé le prix Nobel d'économie 2003 avec le Britannique Clive W. Granger, avec qui il avait publié nombre d'articles sur les séries chronologiques tout au long des années 1980 et 1990.

Robert Engle est né en novembre 1942 à Syracuse (État de New York). Il obtient avec la plus haute distinction une licence de physique au Williams College de New York en 1964. L'université Cornell (New York) lui décerne une maîtrise de physique deux ans plus tard, puis un doctorat de sciences économiques en 1969. Il commence aussitôt sa carrière d'enseignant au Massachusetts Institute of Technology (M.I.T.) où il est assistant jusqu'en 1974, puis professeur associé. En 1975 il est nommé professeur titulaire à l'université de Californie, à San Diego, où il dirige le département d'économie entre 1990 et 1994, avant de poursuivre sa carrière au département de gestion financière de la Stern School of Business de l'université de New York.

Les travaux qu'il publie dans les plus grandes revues internationales vont ouvrir les recherches sur de nouvelles méthodes d'analyse des séries chronologiques et accélérer le renouvellement des pratiques économétriques. Jusqu'alors, ces dernières consistaient à chiffrer les modèles dérivés de la théorie économique afin de vérifier leurs prédictions. Les chercheurs supposaient que les fluctuations des séries temporelles (de variables macroéconomiques de revenus, de consommation, etc.) qu'ils utilisaient étaient constantes, que leur évolution était connue en moyenne. Leurs modèles économétriques reposaient ainsi sur l'hypothèse d'une volatilité constante dans le temps, alors que dans tous les domaines économiques et en particulier financiers, les séries temporelles de prix (taux d'intérêt, taux de change, cours boursiers) présentent une volatilité saisonnière. Cette caractéristique dite d'hétéroscédasticité, au même titre que la « non-stationnarité » mise en évidence par Clive Granger, est au cœur des travaux de Robert Engle à partir de 1982.

Ce dernier devient alors rapidement l'un des pionniers de l'économétrie financière, notamment en inventant les outils statistiques « auto-régressifs à hétéroscédasticité conditionnelle » (le modèle Arch) utilisés chaque jour par les analystes financiers. Les marchés financiers connaissent, en effet, une succession de périodes calmes avec des variations de prix de faible amplitude et de périodes turbulentes où celles-ci sont très importantes. Cette alternance entraîne des fluctuations et des facteurs de risque qui intéressent les prévisionnistes, puisque la valeur d'une action dépend de la volatilité de son cours : plus cette dernière est forte, plus le risque est grand, plus les détenteurs de titres exigeront une rentabilité élevée pour accepter de les conserver.

Le modèle initial a connu par la suite de nombreuses extensions et se décline selon plusieurs acronymes : Garch pour le modèle généralisé, Igarch quand il est généralisé et intégré, Figarch pour le modèle généralisé et intégré par fraction.

Les modèles Arch et leurs dérivés sont d'autant mieux appliqués dans les techniques de la banque et de la finance que la libéralisation financière s'est accompagnée, depuis la fin des années 1980, de la mise en place de nouvelles règles prudentielles recommandées par le Comité de Bâle qui réunit les banquiers centraux sous l'égide de la Banque des règlements internationaux. La réforme engagée au début des années 2000 pour substituer en 2006 les accords de Bâle 2 au ratio Cooke (ratio de fonds propres) exige des établissements bancaires et financiers une quantification de plus en plus fine des risques. Au-delà de la gestion financière, la méthode s'est révélée également utile pour résoudre des problèmes d'analyse historique (mesure de l'influence d'un facteur, d'un choc sur une série de données historiques).

Le modèle Arch, brillant sur le plan mathématique, n'en suscite pas moins quelques réserves de la part de ceux qui le considèrent comme un outil statistique plutôt que comme un véritable modèle économétrique. De ce point de vue, il ne serait qu'une méthode auxiliaire de l'économie n'expliquant ni les causes ni les déterminants de la volatilité et il ne ferait pas réellement progresser la connaissance [...]

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GRANGER CLIVE W. (1934-2009)

  • Écrit par 
  • Françoise PICHON-MAMÈRE
  •  • 1 031 mots

En attribuant le prix Nobel d'économie 2003 à deux statisticiens spécialistes de l'économétrie des séries temporelles, l'Académie royale des sciences de Suède s'est éloignée de la tendance qu'elle avait amorcée à la fin des années 1990. Depuis 1997, en effet, le jury du Nobel s'efforçait de récompenser des travaux interdisciplinaires ou de rapprocher l'économie des autres sciences sociales. La dis […] Lire la suite

Pour citer l’article

Françoise PICHON-MAMÈRE, « ENGLE ROBERT F. (1942- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/robert-f-engle/