CLÉOPÂTRE (69-30 av. J.-C.)

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L'Égypte et la politique orientale de Rome

Dans quelle mesure César puis Antoine se prêtèrent-ils à la prétention qu'avait Cléopâtre de restaurer le royaume lagide sans le laisser devenir province romaine et tout en conservant l'amitié de Rome ? Il n'est pas facile de répondre, car l'un et l'autre, au gré des événements, changèrent d'avis.

En ce qui concerne César, il n'est guère douteux qu'à son arrivée à Alexandrie, il était désireux d'annexer l'Égypte purement et simplement.

Il semble bien que la romanesque entrée en scène de Cléopâtre modifia les intentions du général. Mais les troubles d'Alexandrie, la guerre qui faillit lui être fatale, la visite qu'il fit de la vallée lors de cette remontée du Nil qui fut davantage une enquête d'homme d'État qu'un voyage de noces, tous ces motifs d'inquiétude lui firent sans doute renoncer à l'annexion et préférer une alliance. Suétone nous indique une crainte supplémentaire de César : réduite à l'état de province, l'Égypte, en cette période troublée de l'histoire de Rome, pouvait offrir à un gouverneur ambitieux le moyen non seulement d'affamer l'Italie en la privant de blé, mais de lever des troupes, de rallier d'autres pays orientaux et, qui sait, de renverser le pouvoir central. Crainte justifiée, car plus tard Octave interdira aux sénateurs l'accès de l'Égypte, de peur que l'un d'eux n'en fasse un tremplin pour s'élancer vers la magistrature suprême. Maintenir la dynastie en restant militairement maître du pays était donc la solution la plus commode que César pût adopter. Il n'est pas sûr qu'il s'en soit toujours tenu à cette idée. Après avoir installé trois légions à Alexandrie, disposé des garnisons au Caire et dans le pays, quand il invita à Rome Cléopâtre et son jeune frère-époux, il méditait sans doute quelque dessein politique. Deux années consécutives et jusqu'à sa mort il retint le roi et la reine d'Égypte dans cette cage fleurie des jardins de la rive droite du Tibre ; il pouvait de la sorte administrer l'Égypte par l'intermédiaire du chevalier qui y commandait ses quatre légions. Sa mort rendit à Cléopâtre la liberté : dans la confusion qui suivit le crime, et moins d'un mois après, vers le 15 avril, date à laquelle Cicéron commente sa fuite dans une lettre à Atticus, elle quittait Rome pour Alexandrie. Si, César mort, elle redevenait reine effective d'Égypte, n'est-ce point que, César vivant, elle n'était que reine nominale ?

Imaginer, tout au contraire, que la présence de Cléopâtre à Rome s'explique par le rôle actif qu'elle y aurait joué et prêter réellement à César l'intention, quatre siècles avant Constantin, de transporter à Alexandrie sa capitale, c'est sans doute accorder trop de poids à une réflexion de Suétone et c'est donner trop de portée à la légitimation de Césarion ainsi qu'au projet de mariage avec Cléopâtre. Comment César aurait-il pu gouverner l'Italie à partir d'Alexandrie ? Pourquoi, dans le testament qu'on découvrit après sa mort, ne faisait-il aucune place à Césarion ? Comment aurait-il imposé aux Romains une monarchie à l'égyptienne ? Il est certain que les projets d'hégémonie que nourrissait Cléopâtre étaient voués à l'échec tant que César vivait. Elle ne tarda pas à exploiter sa mort. Sans doute avait-elle des intentions précises. Octave, qui venait à Rome faire valoir ses droits, n'avait que dix-neuf ans et Antoine, maître alors de la situation, s'était depuis longtemps déclaré l'ami de la reine d'Égypte, qu'il avait connue quand elle n'avait que treize ans et qu'il avait beaucoup fréquentée à Rome. Cléopâtre n'était pas femme à négliger les hommages de l'adepte le plus zélé du parti césarien qui, dès la mort de César, avait pris le parti du fils reconnu, Césarion, contre le fils adoptif, Octave. Pour lutter contre Octave, Antoine avait besoin des ressources et des richesses de l'Égypte. On peut se demander quelle fut la part des calculs politiques d'Antoine dans cette union qui dura près de quinze ans et se termina par un double suicide.

Trois périodes, à cet égard, sont à distinguer. La première va de la mort de César, en mars 44, à la séparation d'Antoine et d'Octavie, en février 37, c'est-à-dire à la rupture d'Antoine avec l'Occident. C'est l'époque où Octave et Antoine se disputent l'Empire naissant. Quand Antoine se rend, dans l'hiver 41-40, à Alexandrie, il a besoin de l'Égypte pour conquérir l'Empire, mais l'Égypte n'est qu'un atout dans ce jeu difficile. Antoine s'assure de la neutral [...]

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  • : professeur à la faculté des lettres et sciences humaines de Dijon

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Pour citer l’article

André BERNAND, « CLÉOPÂTRE (69-30 av. J.-C.) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/cleopatre/