LUTER CLAUDE (1923-2006)

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Clarinettiste, saxophoniste soprano et chef d'orchestre, le Français Claude Luter a conquis une durable célébrité auprès d'un vaste public en se tenant à l'écart de tous les mouvements contestataires qui ont secoué le monde du jazz. Simple accompagnateur du grand Sidney Bechet durant dix ans, il a réussi à s'inscrire dans l'histoire comme un représentant majeur du style New Orleans dans la France de l'après-guerre.

Claude Luter naît à Paris le 20 juillet 1923. Fils d'un pianiste professionnel, il étudie d'abord l'instrument paternel (1929-1936). Dès 1938, encore adolescent, il découvre le jazz par le disque. Il abandonne rapidement ses études – il avait envisagé de devenir architecte naval – pour se consacrer à sa passion. Pendant les années de l'Occupation, il se produit dans des soirées privées – au cornet puis, très vite, à la clarinette – et dans un club qu'il ouvre rue de Rennes, à Paris. Dès ses débuts, il se fait l'ardent propagandiste de la musique de La Nouvelle-Orléans, à laquelle il restera sa vie durant attaché, résistant aux assauts du be-bop et des vagues modernistes ultérieures. À partir de 1946, il se produit dans un club du quartier Latin – le célèbre Lorientais, situé dans les caves de l'hôtel des Carmes –, d'abord en trio, puis au sein de formations plus étoffées, bâties sur le modèle du King Oliver's Creole Jazz Band, avec les cornettistes Pierre Merlin et Claude Rabanit, et le tromboniste Christian Viénot. Il y joue, parfois au côté de Boris Vian à la trompette, des thèmes de Sidney Bechet ainsi que ses propres compositions. Le succès est immédiat : Jean-Paul Sartre, Albert Camus, Raymond Queneau et le tout-Paris se bousculent pour l'entendre. Ses premiers disques, enregistrés sous le nom de Claude Luter et ses Lorientais, datent de cette époque : Shreveport Blues (1948), Riz à la créole (1949). Au festival de Nice 1948, il rencontre Louis Armstrong, Earl Hines et Baby Dodds. Quelques mois plus tard, le Lorientais ferme pour des raisons de sécurité. Claude Luter trouve alors refuge, dès son ouverture, au club Le Vieux-Colombier.

En 1949, il enregistre avec Willie « The Lion » Smith (Get Together Blues, en compagnie de Buck Clayton), et le festival de jazz de Paris accueille tout à la fois Miles Davis, chantre de la modernité, et Sidney Bechet, champion de la tradition. Ce dernier choisit Claude Luter comme partenaire. Cette association est portée par un irrésistible enthousiasme populaire, qui, loin des audaces proférées par les nouvelles tendances du jazz, soutient le mouvement « revival ». Petite Fleur, Dans les rues d'Antibes et Les Oignons envahissent la France tout entière. On peut entendre Claude Luter et Sidney Bechet dans les films Rendez-vous de juillet de Jacques Becker (1949, où figure également le cornettiste Rex Stewart) et L'inspecteur connaît la musique, de Jean Josipovici (1956). Luter reprend son indépendance en 1956 (il se produira cependant avec Bechet jusqu'à la mort de ce dernier, en 1959) et partage son activité entre clubs, festivals et tournées mondiales (Amérique du Sud en 1957, U.R.S.S. en 1962). Il enregistre avec Barney Bigard, illustre clarinettiste de l'orchestre de Duke Ellington, l'album Swinging Clarinets (1960). Certes, il n'est plus dans l'air du temps, mais il remplit toujours, au début des années 1980, les clubs parisiens, comme Le Petit Journal ou le Caveau de la Huchette. La ville de La Nouvelle-Orléans l'invite en 1997, à l'occasion des célébrations du centenaire de la naissance de Sidney Bechet. Le festival d'Antibes rend hommage en 2000 à un musicien qui lui est resté fidèle depuis sa première édition en 1960. Claude Luter ne lâchera son instrument que peu de temps avant de mourir, le 6 octobre 2006, à l'hôpital de Poissy (Yvelines).

Loin d'être un simple comparse, Claude Luter aura, dans une esthétique immuable, affirmé une réelle personnalité. Influencé à ses débuts par le Martiniquais Alexandre Stellio et Johnny Dodds, il montre – à la clarinette puis au saxophone soprano, qu'il pratique après 1960 – une très grande aisance dans l'improvisation collective. Avec un contrepoint volubile, des ornementations brodées avec intelligence, des attaques vigoureuses et un vibrato appuyé, il s'impose comme un meneur naturel et laisse le souvenir d'un musicien sincère et passionné.

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Pierre BRETON, « LUTER CLAUDE - (1923-2006) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/claude-luter/