BÉRARD CHRISTIAN (1902-1949)

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Un extraordinaire talent d'illustrateur et de décorateur, une personnalité hors du commun, fantasque et nostalgique, ont assuré la notoriété de Christian Bérard. Ses amitiés avec les personnalités du théâtre, du ballet, de la mode et de la littérature, ses travaux d'illustrateur, sa vie mondaine et affective très animée ne l'ont pas empêché d'effectuer, parallèlement, une carrière de peintre pour des compositions et des portraits insolites, parfois pathétiques, qui situent son œuvre aux confins du surréalisme.

Fils d'un architecte, Bérard débute sa carrière artistique à l'académie Ranson (1920) : Édouard Vuillard et Maurice Denis sont ses maîtres. Un voyage effectué en Italie deux ans plus tard est déterminant pour l'esthétique de l'artiste : il admire la sobre clarté des fresques de Giotto, de Piero della Francesca et la sérénité énigmatique des personnages qu'ils représentent. Un passage à l'académie Julian (1924), puis quelques expositions, révèlent un peintre idéaliste, romantique et tourmenté. Il appartient au groupe d'artistes « néo-humanistes » qui peignent des scènes singulières, des portraits pensifs, des visions oniriques avec un certain accent surréaliste : Pavel Tchelitchev, et les frères Berman.

Lié d'amitié avec Jean Cocteau, Bérard aborde grâce à lui la création théâtrale : son premier décor est destiné à la mise en scène de La Voix humaine de Cocteau à la Comédie-Française (1930). Très introduit dans le groupe des Ballets russes, grâce à Boris Kochno, secrétaire de Diaghilev, il se familiarise avec le climat insouciant et inventif d'une certaine bohème élitiste — avec ses partis pris, ses exclusions —, où règnent tour à tour l'enthousiasme et le découragement. Un séjour déterminant à Venise, en 1930, confirme la fascination de l'artiste pour les lieux chargés de nostalgie et menacés par le délabrement ; à partir de cette formation spécifique, Bérard devient décorateur de théâtre, dans un contexte baroque où l'émotion, l'épanchement romantique se traduisent par des oppositions insolites d'éléments architecturaux classiques de débris et d'accessoires saugrenus, de contrastes d'ombre et de lumière. Pour les costumes de ces spectacles, Bérard puise dans son immense culture : ainsi ceux de Cotillon destinés aux Ballets russes de Monte-Carlo (1932) ou de Mozartiana (1933) s'inspirent librement des tenues de fête du xviiie siècle. Dans ce domaine, c'est un créateur prolifique et très apprécié ; les décors et les costumes qu'il conçoit pour la mise en scène de Jouvet de L'École des femmes (1936) constituent un jalon essentiel de la création théâtrale : il a imaginé un décor à transformation — rue de ville ou jardin selon l'implantation des éléments architecturaux admirablement stylisés.

Célébré désormais comme un artiste à la mode, Bérard est devenu une figure indispensable aux fêtes et aux cérémonies du Tout-Paris. Sa silhouette d'obèse, sa barbe mal soignée, son tempérament émotif séduisent les mondaines et les mondains épris de sensations ; il leur propose, dans ses tableaux et à travers ses illustrations, une vision accessible du surréalisme qui a perdu sa propriété subversive pour devenir un divertissement sophistiqué. Ses décors de demeures privées, ses paravents peints sont d'une poésie ensorcelante ; dans les décorations murales, il déploie des références classiques à Giotto et à Raphaël, mais ses personnages énigmatiques en costumes intemporels sont dans des sites abstraits aux perspectives insolites. On citera, dans cet esprit, les décorations destinées au salon de la comtesse Jean de Polignac ou à celui de la comtesse Pastré. Les célèbres paravents de Bérard apportent, eux, une note plus légère : quelques silhouettes largement tracées allient la nostalgie de Watteau à la fantaisie de Chéret et semblent esquisser des pas de danse aérienne, dans un univers délicatement théâtral : draperies flottantes, petits amours planant et oiseaux voletant.

Ce talent éclectique fait de Bérard l'artiste tout indiqué pour concevoir les décors et les costumes de pièces anciennes (Le Songe d'une nuit d'été), où s'épanche un romantisme exacerbé, et de spectacles nostalgiques comme Renaud et Armide (1943) de Cocteau, ou La Folle de Chaillot (1945) de Giraudoux. Pourtant, c'est grâce au cinéma que Bérard impose son style : il compose les spectaculaires costumes de La Belle et la Bête de Cocteau (1945) et conçoit, en particulier, l'étonnan [...]

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Pour citer l’article

Guillaume GARNIER, « BÉRARD CHRISTIAN - (1902-1949) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/christian-berard/