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CHOLÉRA

Pouvoir pathogène du vibrion cholérique

Tous les vibrions pathogènes sécrètent une entérotoxine, protéine composée de deux sous-unités (A et B). Libérée dans la lumière intestinale, la toxine se fixe rapidement par la sous-unité B sur les sites récepteurs de l'épithélium intestinal de l'intestin grêle, en particulier du jéjunum. Elle est ensuite internalisée : la sous-unité A migre vers le réticulum endoplasmique des entérocytes et, par une cascade d’événements moléculaires, stimule la production d’adényl-cyclase par les cellules de l'intestin. L’augmentation de la concentration en adénosine monophosphate cyclique (AMPc) qui en résulte active les canaux ioniques à chlorure, ce qui entraîne la fuite de cet ion vers la lumière intestinale. Ce phénomène entraîne à son tour une fuite hydroélectrolytique massive, responsable de la diarrhée aqueuse, symptôme majeur du choléra.

L'incubation est courte, quatre à cinq jours en moyenne. Dans les cas typiques, le début est brutal, frappant subitement des sujets en parfaite santé apparente. Le tableau est dominé par l'émission de selles accompagnant des douleurs épigastriques et non coliques ; impérieuses, exténuantes, les selles peuvent atteindre le nombre de soixante à cent par jour et prennent rapidement un aspect aqueux, incolore, avec des grains blanchâtres analogues à des grains de riz. Les vomissements, également impérieux et incoercibles, apparus aussi dès le premier jour, prennent vite le même aspect aqueux et riziforme. Diarrhée et vomissements, dont le volume quotidien peut atteindre plusieurs litres, entraînent rapidement une soif inextinguible (toute ingestion de liquide provoque une recrudescence des vomissements) et un état de déshydratation aiguë avec raréfaction des urines ou même anurie totale, prostration et troubles circulatoires (pouls rapide filiforme, hypotension) entraînant l'algidité : alors que la température centrale reste à 37 0C, la température des extrémités peut descendre en dessous de 35 0 C. La déshydratation entraîne un amaigrissement d'une extraordinaire rapidité. En l'absence d'un traitement d'urgence, la mort survient par collapsus cardiaque deux à trois jours après les premiers signes cliniques, le malade demeurant lucide malgré une asthénie, une angoisse croissante et des crampes extrêmement douloureuses.

À côté de cet aspect habituel, il existe des formes mortelles en quelques heures, sans diarrhée ni vomissements (« choléra sec »), des formes atténuées, guérissant spontanément, limitées à une diarrhée transitoire, des formes typhoïdiques, etc.

La mortalité varie selon les épidémies. Elle est de l’ordre de 70 p. 100 en l’absence de traitement. Lorsque les patients sont pris en charge, la mortalité s’effondre jusqu’aux environs de 2 p. 100. Le pronostic, largement influencé par le rôle du terrain (vieillards, enfants, sous-alimentés), est avant tout fonction de la précocité du diagnostic et de la mise en œuvre d'un traitement d'urgence. L’objectif de l’OMS est de réduire ce taux à 1 p. 100.

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Écrit par

  • : professeur émérite à la faculté de médecine de Paris, chef de service à l'Institut Pasteur
  • Universalis : services rédactionnels de l'Encyclopædia Universalis

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Le terrain du choléra

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Robert Koch

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Autres références

  • PREMIÈRE PANDÉMIE DE CHOLÉRA

    • Écrit par Gabriel GACHELIN
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    Le choléra est connu des Européens depuis le tout début du xvie siècle, à travers les voyages réalisés en Inde et en Asie du Sud-Est. On en identifie les signes cliniques : diarrhées incoercibles qui « vident » le malade, faiblesse extrême, forte mortalité. La maladie reste cependant exotique :...

  • ANGOLA

    • Écrit par Universalis, Philippe GERVAIS-LAMBONY, Didier PÉCLARD
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    ...éducatifs et de santé déplorables, des villes sans équipements et gonflées par l'afflux des réfugiés de la guerre et surtout extrêmement inégalitaires. La population de Luanda était estimée, en 2013, à près de 4 millions d'habitants, dont la majorité vit dans d'immenses bidonvilles périphériques alors...
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  • ÉPIDÉMIES ET PANDÉMIES

    • Écrit par Jacqueline BROSSOLLET, Georges DUBY, Universalis, Gabriel GACHELIN, Jean-Louis MIÈGE
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Voir aussi