Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

CHOLÉRA

Épidémiologie et diagnostic

La transmission du choléra se fait toujours par voie orale, soit directement par contact avec les selles d'un malade ou d'un porteur sain de vibrions, soit indirectement par ingestion d'eau ou d'aliments contaminés. L'origine hydrique du choléra explique son endémicité dans les régions deltaïques aux populations denses, ne disposant pas d'eau épurée mais d'eaux chargées de matières organiques propices à la survie des vibrions et régulièrement réensemencées par les malades (défécation, vomissements, linges).

L'homme est infectant par ses selles dès la période d'incubation, puis pendant la maladie, et peut le rester plus ou moins longtemps après la guérison. Les dernières épidémies, et particulièrement celle survenue en 2010 à Haïti, importée par des soldats du contingent népalais de l’ONU, ont été l'occasion de réviser les notions classiques sur le rôle des porteurs de germes convalescents ou sujets ayant été en contact avec des cholériques. Celui-ci était jusqu'alors considéré comme minime par rapport à celle des sujets en période d'incubation et l’on admettait que la présence du vibrion cholérique chez les porteurs sains ne dépassait pas trente à quarante jours. Ce délai est aujourd’hui estimé à plusieurs mois voire plusieurs années.

Le rôle de ces porteurs de germes dans le maintien ou la reviviscence des épidémies, qu'il s'agisse du vibrion « classique »ou d’« El Tor », est ainsi beaucoup plus important que l'on ne le pensait.

La transmission indirecte par les linges, surtout lorsqu'ils restent humides, par des fruits ou légumes consommés crus et lavés dans l'eau souillée, ou par des mouches dont les pattes peuvent transporter les vibrions des selles aux aliments (lait, pain, fruits, etc.) est fonction de la possibilité de survie de ces vibrions hors de l'organisme humain. Des études ont montré que, si le temps de survie de Vibriocholeraedans le milieu extérieur ne dépassait pas deux semaines, celui du vibrion « El Tor »pouvait atteindre le double ; la propagation de ce dernier par transmission indirecte est donc favorisée, et les cadavres de cholériques peuvent rester infectants durant trois à cinq semaines.

Le rôle des facteurs météorologiques dans le déclenchement ou la limitation des épidémies a été bien démontré en Inde. Ainsi, pour que des poussées épidémiques apparaissent, il est nécessaire que plusieurs conditions soient réunies : un degré élevé d'humidité atmosphérique ; une raréfaction des pluies durant la mousson d'hiver ; un « terrain » réceptif, favorisé par l'absence de choléra durant deux ans. Dans les régions où l’hiver est rigoureux, celui-ci entraîne l'arrêt du choléra. Il en fut ainsi en 1965 lorsque la marche vers l'ouest du vibrion« El Tor »fut stoppée par l'hiver iranien.

Le diagnostic du choléra au laboratoire, comme le dépistage systématique des porteurs sains, repose sur la mise en évidence des vibrions. On les recherchera avant tout dans les selles, mais aussi les vomissements, les vêtements souillés. L'examen à l'état frais et après coloration apporte un argument de présomption en révélant des bacilles incurvés (« virgules »), très mobiles et non colorés par la méthode de Gram. Les passages en culture, durant trois à six heures à 37 0C, permettent de sélectionner les vibrions à partir des prélèvements et de disposer de cultures pures après un délai de dix-huit à vingt-quatre heures. Les vibrions peuvent alors être identifiés par diverses méthodes : agglutination par des sérums anticholériques (anti-O1 et O139) et réalisation d’un antibiogramme. Un test de diagnostic rapide sur bandelette a été mis au point par l’Institut Pasteur de Madagascar, et donne un résultat en quinze minutes.[...]

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par

  • : professeur émérite à la faculté de médecine de Paris, chef de service à l'Institut Pasteur
  • Universalis : services rédactionnels de l'Encyclopædia Universalis

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Le terrain du choléra

Le terrain du choléra

Robert Koch

Robert Koch

Autres références

  • PREMIÈRE PANDÉMIE DE CHOLÉRA

    • Écrit par Gabriel GACHELIN
    • 480 mots

    Le choléra est connu des Européens depuis le tout début du xvie siècle, à travers les voyages réalisés en Inde et en Asie du Sud-Est. On en identifie les signes cliniques : diarrhées incoercibles qui « vident » le malade, faiblesse extrême, forte mortalité. La maladie reste cependant exotique :...

  • ANGOLA

    • Écrit par Universalis, Philippe GERVAIS-LAMBONY, Didier PÉCLARD
    • 8 812 mots
    • 6 médias
    ...éducatifs et de santé déplorables, des villes sans équipements et gonflées par l'afflux des réfugiés de la guerre et surtout extrêmement inégalitaires. La population de Luanda était estimée, en 2013, à près de 4 millions d'habitants, dont la majorité vit dans d'immenses bidonvilles périphériques alors...
  • CHANGEMENT CLIMATIQUE ET SANTÉ

    • Écrit par Virginie CAVIER
    • 2 496 mots
    • 2 médias
    ...virus pathogènes. Ainsi, les États-Unis et le Canada subissent régulièrement depuis 1997 des pics de contamination par des bactéries du genre Vibrio. Dans le golfe de Guinée, ce sont les cas de choléra qui sont en forte recrudescence, mais cela peut être surtout dû à une urbanisation désordonnée.
  • ÉPIDÉMIES ET PANDÉMIES

    • Écrit par Jacqueline BROSSOLLET, Georges DUBY, Universalis, Gabriel GACHELIN, Jean-Louis MIÈGE
    • 20 843 mots
    • 15 médias
    C'est avant tout l'apparition du choléra qui effraie le monde européen. La première grande épidémie, partie en 1817 des Indes, atteint la Crimée en 1830. Elle se répand en Europe orientale en 1831, en Europe occidentale en 1832. Avec des retraits et des retours offensifs, elle se maintient en Europe jusqu'en...
  • HOMÉOPATHIE

    • Écrit par Olivier FAURE
    • 7 645 mots
    • 5 médias
    ...les centaines de ses visiteurs décidèrent de vouer leur vie à l’étude, la pratique et la diffusion de l’homéopathie qu’ils aient été médecins ou non. Surgissant en Europe dans les mêmes années (1831-1832), le choléra leur offrit un terrain propice pour tenter de démontrer l’efficacité de la nouvelle...
  • Afficher les 11 références

Voir aussi