CHINEHommes et dynamiques territoriales

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quelques données-clés.
CapitalePékin
Langue officiellechinois mandarin
Unité monétaireyuan (ou renminbi, CNY)
Population1 416 687 000 (estim. 2021)
Superficie (km2)9 572 900

Du baby-boom au papy-boom

La question démographique est depuis longtemps un défi majeur pour la Chine. Elle est liée à l'immensité du pays, mais aussi à la capacité peuplante d'une civilisation à forte productivité agricole et, plus récemment, à la transition démographique, que la population chinoise a entamée dans les années 1940.

Chine: évolution de la population

Tableau : Chine: évolution de la population

L'évolution de la population de la Chine de 1950 à 2010. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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La première phase de la transition démographique, avec le maintien de fortes fécondité et natalité, alors que la mortalité a tendance à diminuer, provoque un boom démographique dans les années 1950 et 1960. La population chinoise double entre les recensements de 1953 et 1982, passant de 583 millions à un milliard d'habitants. Elle a atteint 1 307 560 000 habitants à la fin de 2005 et devrait se stabiliser aux alentours de 1,5 milliard dans les années 2030. Elle aura été, d'ici là, rattrapée et dépassée par l'Union indienne.

Le taux de fécondité était tombé à 1,6 p. 1 000 pour les femmes en âge de procréer, le taux de natalité était de 12,4 p. 1 000 et celui de la mortalité de 6,5 p. 1 000 en 2005. Les moins de 15 ans représentaient 20 p. 100 de la population totale ; ceux qui avaient entre 15 et 64 ans, 71 p. 100 ; et les plus de 64 ans, 9 p. 100. L'espérance de vie était de 70 ans pour les hommes et de 74 ans pour les femmes. Entre les recensements de 1953 et 2000, la taille moyenne d'une famille chinoise est tombée de 4,33 à 3,44 personnes.

La réduction des taux d'accroissement naturel est liée aux différentes politiques de planification des naissances, encouragées dès 1953 avec la loi sur l'avortement, puis lancées successivement en 1956, 1962, 1972 et 1979. Les deux premières campagnes furent rapidement interrompues, l'une par le Grand Bond en avant, l'autre par la révolution culturelle.

La troisième politique démographique, lancée en 1972, a été la plus efficace. Elle marque un tournant décisif pour les autorités dans leur volonté officielle de maîtriser la croissance de la population et touche dorénavant toute la population chinoise, en dehors des nationalités minoritaires. Elle impose des quotas annuels de naissances à chaque province, qui les répercutent ensuite aux gouvernements des districts, puis eux-mêmes aux responsables des communes populaires, enfin ceux-ci aux brigades de production.

Cette campagne est fondée sur trois principes, adoptés en 1973 : wan (tard), soit retarder les mariages, avec 25 ans pour les garçons et 23 ans pour les filles, et la procréation ; xi (espacé), soit espacer les naissances de trois à quatre ans au minimum ; et shao (peu), réduire le nombre des enfants par couple à deux en ville et trois dans les campagnes, puis réduit également à deux en 1977.

L'indice synthétique de fécondité est divisé par 2,5 dans les années 1970. C'est à cette époque que les Chinois changent donc réellement de comportement démographique, et non avec la célèbre politique de l'enfant unique lancée en 1979. Il est vrai que, juste au sortir de la révolution culturelle, les autorités, à travers des structures économiques et sociales restées coercitives, dans un pays sous-alimenté, peuvent imposer plus facilement le respect des décisions centrales.

La quatrième campagne démographique tient à une radicalisation de la politique menée précédemment et limite à un seul le nombre d'enfants par foyer dans les villes comme dans les campagnes. La mobilisation des structures d'encadrement est alors générale et elle s'accompagne surtout d'une aggravation des pressions à l'endroit des couples. Des mesures administratives et économiques combinent dorénavant avantages matériels et amendes.

Les couples ayant un seul enfant se voient attribuer un certificat d'enfant unique, ce qui leur donne droit : en ville, à un accès prioritaire au logement, à l'obtention de biens manufacturés et, pour l'enfant lui-même, à une crèche et aux établissements scolaires ; en milieu rural, à l'élargissement du lopin de terre et du terrain à construire attribués par les autorités du village et, pour l'enfant, à la perspective d'un emploi non agricole dans le district de naissance.

En revanche, au deuxième enfant, les couples sont privés des avantages du certificat de l'enfant unique. Leurs salaires sont réduits pendant plusieurs années. Enfin, la naissance d'un troisième enfant annule les services sociaux de base et, dans les campagnes, les paysans peuvent perdre les terres sur lesquelles un contrat de production agricole a été signé avec les autorités locales.

L'impact social d'un tel volontarisme démographique est bien connu. La politique de l'enfant unique réussit certes dans les villes, car les populations entendent vivre mieux, assurer de meilleures conditions d'études à leurs enfants, et elles sont moins dépendantes de leurs enfants dans la vieillesse que dans les campagnes.

Le monde rural, lui, est globalement opposé à une telle politique, alors qu'il a notamment besoin de bras avec le nouveau système de responsabilité familiale issu des réformes, qui place la famille au centre du processus de production agricole, et que les paysans n'ont pas de retraites à attendre. Les naissances sont ainsi sous-déclarées, les filles sont parfois l'objet d'infanticides. Les autorités répondent alors avec violence. Les autorités de police du Guangdong peuvent aller jusqu'à contraindre à des avortements des paysannes enceintes de plus de six mois. Mais elles doivent finalement reculer et le gouvernement accepte, dès 1984, une deuxième naissance, si le premier enfant est une fille. Désormais, un déséquilibre des sexes des enfants de moins de cinq ans, 123 garçons pour 100 filles, inquiète les autorités chinoises.

Le boom démographique des années 1950 et 1960 se fait aujourd'hui pleinement sentir par une main-d'œuvre pléthorique. Celle-ci, le plus souvent insuffisamment formée, a par ailleurs été libérée des contraintes d'une économie collective. Le sous-emploi que cachaient autrefois les entreprises d'État et les communes populaires est révélé par des taux de chômage urbain en croissance constante et des flux migratoires depuis les régions les plus défavorisées que le gouvernement chinois ne peut contrôler. Le chiffre de 100 millions de migrants, non officiellement enregistrés dans les villes, est communément avancé et 150 millions de paysans seraient toujours en trop dans les campagnes au début des années 2000.

Un autre défi tient dans le vieillissement de classes d'âges nombreuses, alors que les structures de solidarité sociale, comme les systèmes de retraites ou les services de soins, ont été décollectivisées, et que les jeunes générations sont largement constituées d'enfants uniques. Les autorités chinoises devront trouver de nouvelles solutions à ces problèmes inédits. Aujourd'hui, ces solutions sont inventées le [...]

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Chine: évolution de la population

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Chine : les étapes de l'ouverture

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Shanghai: quartier de Pudong

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Crédits : Steven Yu/ Pixabay

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Chine: population

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Écrit par :

  • : professeur de géographie à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne

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Pour citer l’article

Thierry SANJUAN, « CHINE - Hommes et dynamiques territoriales », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/chine-hommes-et-dynamiques-territoriales/