CENNINI CENNINO (dernier quart XIVe s.-première moitié XVe s.)

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On associe le nom de Cennino Cennini à un important traité de techniques picturales, le Livre de l'art, écrit par un auteur proche des milieux florentins, vers la fin du Moyen Âge. La date de sa rédaction, entre 1390 et 1437, fait encore l'objet de discussions. Il constitue le meilleur témoignage et le plus détaillé des pratiques d'atelier en vigueur à la fin du Trecento. Ce texte est surtout le plus lisible, le plus accessible et le plus systématique des recueils de recettes d'ateliers, les ricettari, qui nous sont parvenus.

Cennino Cennini était originaire de Colle Val d'Elsa, une bourgade à mi-chemin entre Florence et Sienne. Il apprit la peinture à Florence dans l'atelier d'Agnolo Gaddi. Il travailla ensuite à Padoue pour le seigneur du lieu, Francesco da Carrara, et sa présence entre 1398 et 1400 y est attestée. On ne possède aucune certitude sur ses œuvres. On lui attribue notamment le cycle de fresques de la Vie de saint Étienne dans la basilique San Lucchese près de Poggibonsi et la Naissance de la Vierge (Pinacothèque nationale, Sienne) provenant de l'église des Capucins de Colle Val d'Elsa, la Madone à l'enfant de la collection Hyland à Greenwich (Connecticut) ou celle de la collection Algranti à Milan. Ces attributions font de Cennini un artisan du gothique tardif, peu sensible aux préoccupations de Giotto sur la perspective et la narrativité, plus attentif à la description des détails qu'à la cohérence des ensembles.

Dans son traité, Cennini enseigne les différentes étapes de la réalisation d'une peinture qu'elle soit murale ou sur panneau. Il ouvre son propos par le dessin que l'on fait avec un style de plomb ou une plume, sur parchemin ou sur papier et que l'on peut rehausser d'encre ou d'aquarelle. Il indique également les mélanges que l'on doit effectuer pour teinter les papiers à dessiner. Après quelques notions sur le dessin au charbon de bois, il passe aux questions qui concernent directement la peinture. Le dessin et l'application des couleurs constituent donc deux étapes clairement distinctes du travail.

Cennini présente les pigments dont disposent alors les ateliers, leur origine matérielle, la manière de les broyer et de les mélanger entre eux. Il enseigne également comment on fabrique les pinceaux avec des queues d'écureuil ou des soies de porc. Toutes les étapes de réalisation de la fresque sont détaillées : composition du premier enduit, sinopie, second enduit puis application des couleurs. Il est également possible de peindre à sec sur mur avec la tempera. La technique de peindre à l'huile n'est pas négligée. Il remarque que, à la différence de l'Italie, elle est très pratiquée au nord des Alpes. La peinture sur toile tendue sur un châssis fait l'objet de quelques mentions, elle est en effet encore peu pratiquée à l'époque. Les mordants et le vernissage sont traités dans une section spécifique.

Les différents mélanges des couleurs sont associés à des éléments iconographiques précis : on apprend ainsi comment colorer les barbes et les chevelures, les vêtements, le manteau de la Vierge, les carnations, le corps des morts, les blessures ou bien encore une étendue d'eau, une rivière ou les arbres et la végétation.

Pour les ornements (les nimbes des saints ou les étoiles), Cennini recommande l'usage de l'or fin plutôt que de l'étain doré ou blanc que l'on polit avec un brunissoir muni d'une pierre ou de la dent d'un animal. Il enseigne aussi comment on monte les pierres précieuses sur un fond d'or, comment on moule les reliefs.

Une partie de l'ouvrage est consacrée à différents arts mineurs pour lesquels, durant le Trecento, on a souvent recours au peintre de figures. La peinture des chambres ou des tentures, des velours brodés, des tuniques, des casques d'apparat, des coffres en bois et en particulier des coffres de mariage ou de la verrerie, font partie des techniques que le peintre doit maîtriser.

Cennini exprime peu son opinion à propos des maîtres du passé. Il reconnaît à Giotto le mérite d'avoir émancipé l'art de la manière grecque (c'est-à-dire byzantine) pour forger un langage « latin ». À propos des couleurs, il préfère la façon « plus fraîche et plus charmante » d'Agnolo Gaddi à celle de son père Taddeo. En plusieurs endroits du traité, il détaille cependant [...]

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Pour citer l’article

Pascal DUBOURG-GLATIGNY, « CENNINI CENNINO (dernier quart XIVe s.-première moitié XVe s.) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/cennini-cennino/