CÉLIBAT RELIGIEUX

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Le bouddhisme

Des anciens ascètes de l'Inde au Buddha

Le célibat qui est imposé aux moines mendiants (bhikṣu) du bouddhisme et qui est resté la règle dans la plupart de leurs sectes jusqu'à nos jours s'explique par plusieurs raisons qui apparaissent clairement dans les recueils canoniques anciens.

Lorsque le Buddha commença à enseigner sa doctrine et fonda sa communauté monastique (saṅgha), il existait depuis déjà longtemps dans l'Inde de nombreux groupes d'ascètes analogues. Réunis autour d'un maître qui les instruisait et les conseillait, ces hommes vivaient de façon fort austère, en observant notamment une abstinence sexuelle totale. Cette obligation était même si importante que le nom donné à leur genre de vie en général comme à l'étude de la doctrine et des rites qui la justifiaient (brahmacarya, littéralement « conduite religieuse ») avait très souvent le sens restreint mais significatif de « célibat », « chasteté », « abstinence sexuelle ».

Pendant plusieurs années, les adolescents mâles des hautes castes devaient se soumettre à cette existence ascétique en apprenant les textes védiques et les pratiques rituelles enseignés par un maître brahmane, qu'ils servaient en retour comme de simples domestiques. D'autres hommes, souvent plus âgés et d'origine sociale plus variée, menaient par choix une vie analogue auprès d'un maître dont la doctrine était généralement assez éloignée de l'orthodoxie brahmanique et qui n'appartenait pas lui-même à la caste des brahmanes. C'est à ce dernier type de société religieuse que se rattache la communauté monastique du bouddhisme.

S'il emprunta le célibat et bien d'autres règles de discipline aux autres groupes d'ascètes pour les imposer à ses propres moines, le Buddha ne le fit jamais par un simple esprit de routine ni par respect d'une tradition déjà ancienne. Comme le prouvent abondamment les énormes codes de discipline bouddhique (Vinaya-piṭaka), les très nombreuses règles définies par ces derniers furent choisies et édictées par le Bienheureux et ses successeurs à cause de leur seul intérêt pratique. Elles ont toutes pour but reconnu de permettre aux moines de progresser le mieux possible sur la Voie de la Délivrance et, par conséquent, de maintenir la bonne entente et le calme à l'intérieur de la communauté ainsi que le bon renom de celle-ci parmi les laïcs dont les aumônes assuraient seules la subsistance matérielle des ascètes bouddhistes.

En particulier, le célibat se justifiait par la nécessité pour le moine de consacrer le maximum de son activité à la pratique des méthodes de méditation et autres observances visant à obtenir le nirvāṇa. Cela exigeait l'abandon de tout ce qui pouvait mettre obstacle à ces exercices, c'est-à-dire celui des devoirs et des préoccupations inhérents à la vie laïque, des obligations et des soucis familiaux, professionnels et autres. Le moine devait donc quitter son père et sa mère, ainsi que, s'il était marié, sa femme et ses enfants, tout comme il devait quitter son métier et ses compagnons de travail, sa caste et tous ses biens matériels, quels qu'ils fussent. Libéré de tout lien matériel, social et sentimental, le moine bouddhiste se trouvait dans les meilleures conditions pour cultiver le détachement le plus total, dissiper les notions illusoires de « moi » et de « mien », étudier à fond la doctrine et pratiquer les méditations.

Pourtant, cette vie ascétique ne devait aucunement être une fuite égoïste des obligations familiales non plus que des autres devoirs sociaux. Elle ne devait pas avoir pour conséquence d'exposer les personnes abandonnées, parents âgés, épouse et jeunes enfants, à des conditions de vie misérables, car cela aurait été contraire à l'esprit du bouddhisme. C'est pourquoi l'ordination monastique ne pouvait être accordée à celui qui n'avait pas été autorisé à la recevoir par ses père et mère, et, s'il était marié, par sa femme.

Une autre raison importante justifiait le célibat des moines bouddhistes. En les séparant de leurs épouses et de l'attrait que celles-ci exerçaient normalement sur eux, on les aidait à lutter contre l'une des formes les plus puissantes du désir, le désir sexuel. Or la doctrine bouddhique regarde le désir comme étant, avec la haine et la stupidité – ou erreur –, l'une des trois « racines du mal », c'est-à-dire de tous les vices, passions et illusions qui enchaînent l'être à la série indéfinie des vies successives, toutes soumises a [...]

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Écrit par :

  • : professeur au Collège de France, chaire d'étude du bouddhisme
  • : dominicain, théologien, ancien doyen de la faculté de théologie du Saulchoir

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Pour citer l’article

André BAREAU, Jacques POHIER, « CÉLIBAT RELIGIEUX », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/celibat-religieux/