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Les arts plastiques et l'architecture

L'art du XVIIe au XIXe siècle

Architecture

On ne peut parler véritablement d'architecture au Canada qu'à partir de la deuxième moitié du xviie siècle. La population de la Nouvelle-France, alors essentiellement rurale, vit sur des terres seigneuriales. La maison de ferme est donc particulièrement signifiante pour l'étude de cette période. Elle rappelle d'abord les fermes normandes ou bretonnes par ses pignons de pierre, son toit simple et son rez-de-chaussée posé directement au niveau du sol. Cette structure primitive s'adapte progressivement à la rigueur du climat et, dès la fin du xviiie siècle, elle se dégage entièrement des modèles européens. Pour éviter l'enneigement, on la surélève, et un escalier conduit à la porte d'entrée. À cette époque, l'Église est l'institution la plus importante de la colonie. L'architecture ecclésiastique, tant rurale qu'urbaine, constitue donc un élément de première importance.

Dès la fin du xviie siècle, les églises paroissiales sont construites sur un plan type, exécuté par un maître d'œuvre du nom de Baillif, qui reprend la grande simplicité des églises françaises de l'époque. Les églises des paroisses de l'île d'Orléans, près de Québec, représentent les plus beaux exemples de ce style. La décoration intérieure est presque entièrement en bois sculpté. Dans la ville de Québec, la chapelle Notre-Dame (1688), située sur la place Royale, et le grand séminaire, commencé en 1677, sont les plus importants des rares bâtiments conservés de cette époque, les autres n'étant connus que par des gravures. L'absence d'ornementation confère à l'ensemble une grande austérité. De l'architecture urbaine, il ne reste que peu de monuments, à l'exception de quelques maisons de pierre dans les ruelles étroites qui sillonnent la vieille ville de Québec datant du xviie siècle, entourée de remparts en 1775.

Après la conquête britannique en 1759, l'architecture se développe non seulement au Québec, mais aussi en Nouvelle-Écosse et, à partir du xixe siècle, dans l'Ontario. La majorité des édifices publics adopte alors le style palladien, très en vogue en Angleterre. La première moitié du xixe siècle est également marquée par la transposition de styles antiquisants, néo-grec et néo-romain. Les églises réalisées par Thomas Baillairgé, dans plusieurs régions du Québec, comportent, dans leur décoration intérieure, des éléments néo-classiques comme les pilastres et les cénotaphes. Mais c'est le néo-gothique qui triomphe pour les grands monuments. L'église Notre-Dame de Montréal, mise en chantier en 1824, est alors la plus vaste entreprise réalisée dans ce style. Puis viennent au milieu du xixe siècle plusieurs grands projets. L'université de Toronto doit son allure pseudo-moyenâgeuse à l'architecte F. W. Cumberland, élève de sir Charles Barry, l'auteur du Parlement de Westminster à Londres. L'ensemble néo-gothique le plus important est constitué par les trois bâtiments du Parlement d'Ottawa, commencés en 1859 par Thomas Fuller. Par contre, le Parlement de Québec, construit entre 1878 et 1892, témoigne de l'influence du style Second Empire, alors enseigné à l'École des beaux-arts de Paris où se rendaient régulièrement les jeunes architectes du Nouveau Monde.

Notre-Dame de Montréal

Photographie : Notre-Dame de Montréal

L'intérieur de la cathédrale Notre-Dame à Montréal, province de Québec, au Canada. 

Crédits : DeAgostini/ Getty Images

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Sculpture

La révolution industrielle a complètement supprimé la tradition populaire de la sculpture sur bois qui constitue la plus importante manifestation de cet art au Canada français. C'est l'Église qui est la principale source de commandes destinées à la décoration intérieure des édifices religieux. Statues et statuettes représentant les anges et les saints sont produites par des ateliers familiaux, comme celui de Noël Levasseur, installé à Québec, connu pour la réalisation du splendide tabernacle de l'Hôpital général (1722), ainsi que pour la chaire et le retable de la chapelle des Ursulines. Les artistes s'inspirent généralement de modèles français de conception baroque. Le style de Levasseur incite à penser qu'il aurait appris son art auprès de Jacques Leblond de Latour, venu de France à la demande de Mgr de Laval en 1690. Paul Labrosse dirige un atelier semblable à Montréal. Au début du xixe siècle, le chef de file des sculpteurs montréalais, Louis Quévillon, et son atelier entreprennent la décoration de l'église du Saut-au-Récollet, et couvrent le plafond et les murs d'une profusion d'éléments décoratifs rococo en bois sculpté. À Québec, on doit à l'atelier des Baillairgé (fondé par Jean Baillairgé) les meilleures réalisations de la sculpture québécoise. Cette longue tradition prend fin avec Louis Jobin, dont le Saint Luc et le Saint Jean rappellent les sculptures de Chartres.

Peinture

Contrairement à la sculpture, la peinture française introduite en Nouvelle-France au xviie siècle par le frère Luc, de la congrégation des Récollets, n'a pas eu de prolongement immédiat. En revanche, c'est l'Angleterre qui contribue dès le xviiie siècle au développement de la peinture de paysage, par l'intermédiaire des artistes topographes militaires. Ce n'est qu'après la conquête britannique, vers la fin du xviiie siècle, que l'art du portrait prend son essor. François Malepart de Beaucourt et Louis Dulongpré en sont les principaux représentants. Si leur peinture religieuse manque totalement d'originalité à cause de leur imitation servile de tableaux français ou italiens importés, leurs portraits, qui nous livrent une vision élégante et raffinée des notables de l'époque par leur style empreint d'une certaine naïveté, se distinguent nettement de la peinture européenne.

Durant la première moitié du xixe siècle, les œuvres exécutées par une nouvelle génération de peintres résidant à Québec montrent pour la première fois des paysages locaux et des événements marquants de la vie courante. Joseph Légaré, très engagé dans la défense de la cause francophone, a laissé des œuvres saisissantes : Le Choléra à Québec (1837) ou Les Ruinés après l'incendie du faubourg Saint-Roch (1845). Québec vu de la Pointe-Levis (1840) témoigne d'un intérêt très romantique pour les grands espaces. Antoine Plamondon, qui avait été l'apprenti de Légaré, étudia ensuite plusieurs années à Paris avec Guérin, ancien élève de David. De retour à Québec, il devient le peintre le plus en vue, nous laissant une imposante série de portraits de femmes de la haute société québécoise.

Les artistes qui ont marqué la peinture canadienne ne sont pas toujours originaires du Canada. Ainsi, Cornelius Krieghoff, qui a introduit la peinture de genre, avec ses nombreuses scènes d'auberge ou de ferme, était né aux Pays-Bas et avait étudié en Allemagne. Son [...]

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Notre-Dame de Montréal

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Écrit par :

  • : musicologue, professeur au Conservatoire de Montréal, Canada
  • : membre de l'Académie canadienne-française
  • : professeur de littérature canadienne et de littératures postcoloniales à l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle
  • : musicologue, analyste, chef de chœur diplômée du Conservatoire national supérieur de musique de Paris, chargée de cours à Columbia University, New York (États-Unis)
  • : professeur agrégé d'histoire de l'art
  • : professeur titulaire à l'université de Montréal, département d'études anglaises

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Voir aussi

Pour citer l’article

Andrée DESAUTELS, Roger DUHAMEL, Marta DVORAK, Juliette GARRIGUES, Constance NAUBERT-RISER, Philip STRATFORD, « CANADA - Arts et culture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 29 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/canada-arts-et-culture/