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CANADA Arts et culture

La musique

L'histoire culturelle et artistique du Canada est indissociablement liée au fait que cet État fut pendant plusieurs siècles une colonie de deux pays européens, la France puis l'Angleterre. Cette situation historique particulière explique largement qu'il n'existe pas, à proprement parler, de musique « savante » spécifiquement canadienne avant la fin du xixe siècle. Jusqu'à cette époque, il n'y a en effet aucune véritable organisation musicale au Canada, dont la plupart des musiciens – compositeurs et interprètes – se forment en Europe. Les institutions musicales importantes – conservatoires, universités de musicologie, orchestres... – ne commenceront à voir le jour que dans le dernier tiers du xixe siècle.

— Juliette GARRIGUES

Situation musicale des origines au XIXe siècle

Si la mosaïque ethnique a façonné les divers aspects de la conscience artistique du pays, les deux groupes prédominants, francophone et anglophone, en ont posé les assises. Dès le XVIIe siècle, une vie musicale intense s'organise en Nouvelle-France grâce à son premier évêque, Mgr François-Xavier de Montmorency-Laval de Montigny, qui suscite la création de ce qui est considéré comme la première œuvre canadienne, la prose Sacrae familiae felix spectaculum (vers 1674), attribuée à Charles-Amador Marin (1648-1711).

Fait plus étonnant, les plus prestigieux artistes de l'école de Versailles sont venus sur les rives du Saint-Laurent : ainsi, Henry Du Mont, maître de chapelle de Louis XIV, Jean-Baptiste Morin, musicien de la maison du duc d'Orléans, André Campra, de la chapelle de Versailles. La correspondance de Mme Bégon (1748-1753) nous informe sur certains aspects de la vie musicale à Montréal et sur l'importance de la danse comme expression de vie. Dans la seconde moitié du xviiie siècle, Pierre de Sales Laterrière écrit : « Jamais je n'ai connu nation aimant plus à danser que les Canadiens ; ils ont encore les contredanses françaises et les menuets qu'ils entremêlent de danses angloises. »

Après la conquête anglaise et le traité de Paris (1763), la musique connaîtra une nouvelle orientation, due à des immigrants allemands, ukrainiens, scandinaves, hollandais.

Les Canadiens eurent le privilège d'entendre des œuvres de l'école de Mannheim, des quatuors de Haydn, exécutés en 1791, des pages de Mozart (le Quintette en ut majeur, K 515, et le Quintette en sol mineur, K 516, jouées à Québec en 1793, six ans après leur composition à Vienne). Il importe également de faire état d'un canon de Beethoven dédié aux Québécois. Parmi les musiciens d'origine allemande qui devaient apporter une contribution exceptionnelle à la vie musicale au Canada, notons Théodore Frédéric (né Johann Friedrich) Molt (1795-1856). Professeur « de piano, de basse chiffrée et de musique » à Québec, où il s'établit en 1822, organiste à la basilique de Québec de 1841 à 1849, il écrivit des traités de musique, les premiers du genre en Amérique du Nord : Traité élémentaire de musique - Elementary Treatise on Music (1828), New and Original Method for the Pianoforte (1835), Traité élémentaire de musique vocale (1845)... Lors d'un voyage en Europe en 1825 et 1826, il rendit visite à Beethoven et le pria d'écrire une œuvre pour ses étudiants. Le maître de Bonn accepta et composa Freu Dich des Lebens, WoO 195 (« Réjouissez-vous de la vie ») ; il s'agit d'un canon dont le manuscrit porte la date du 16 décembre 1825, c'est-à-dire le jour du cinquante-cinquième anniversaire de Beethoven.

— Andrée DESAUTELS

— Universalis

Jusqu'à la fin du xviiie siècle, la situation musicale au Canada aussi bien anglophone que francophone est la suivante : la musique populaire est florissante, les concerts de musique « savante » reposent[...]

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Écrit par

  • : musicologue, professeur au Conservatoire de Montréal, Canada
  • : membre de l'Académie canadienne-française
  • : professeur de littérature canadienne et de littératures postcoloniales à l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle
  • : musicologue, analyste, cheffe de chœur diplômée du Conservatoire national supérieur de musique de Paris, chargée de cours à Columbia University, New York (États-Unis)
  • : professeur agrégé d'histoire de l'art
  • : professeur titulaire à l'université de Montréal, département d'études anglaises
  • Universalis : services rédactionnels de l'Encyclopædia Universalis

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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Autres références

  • DORSÉTIEN, culture

    • Écrit par Yvon CSONKA
    • 70 mots

    Dorsétien est une culture paléoesquimaude dont on retrouve les traces au Groenland et dans l'Arctique canadien à l'est du fleuve McKenzie, entre le ixe siècle avant J.-C, et le xvie siècle de notre ère au plus tard, suivant les régions. Elle est apparue et s'est développée sans apports...

  • PALÉOESQUIMAU

    • Écrit par Yvon CSONKA
    • 68 mots

    Le terme paléoesquimaux désigne toutes les populations préhistoriques établies de la rive sibérienne du détroit de Béring au Groenland, en passant par l'Arctique nord-américain, qui manifestent un mode de vie de type esquimau. Elles ont disparu peu après l'arrivée d'immigrants venus d'...

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