SPRINGSTEEN BRUCE (1949- )

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Chanteur et auteur-compositeur américain, interprète emblématique du rock des années 1970 et 1980. Bruce Springsteen naît le 23 septembre 1949 à Freehold, petite ville du New Jersey où son père est ouvrier. Après un apprentissage dans des groupes de bar sur la côte atlantique, Springsteen devient chanteur en solo et auteur-compositeur en 1972 et auditionne pour le découvreur de talents John Hammond, qui lui fait immédiatement signer un contrat chez Columbia Records. Ses deux premiers albums, Greetings from Asbury Park, NJ et The Wild, the Innocent and the E Street Shuffle, sortis en 1973, reflètent les influences du folk-rock, de la soul et du rhythm and blues, surtout celles de Van Morrison, de Bob Dylan et de la filiale Volt Records de Stax. La voix de baryton de Springsteen, qu'il utilise pour crier dans des numéros au rythme enlevé mais aussi dans des chansons plus lentes avec un effet plus sensuel, est employée avec succès, mais son jeu parfois spectaculaire à la guitare, qui va des accords denses et puissants au rock and roll des années 1950, s'assagit pour correspondre à l'image type de chanteur, auteur-compositeur.

Avec son troisième album, Born to Run (1975), Springsteen se transforme en véritable rockeur, fortement influencé par Phil Spector et Roy Orbison. L'album, un cycle de chansons diurnes, fait sensation avant même sa parution, lorsque la campagne promotionnelle de Columbia obtient pour Springsteen la couverture de Time et de Newsweek la semaine de sa publication. Pourtant l'album se vend moyennement et il faudra attendre trois ans avant de voir paraître la suite, plus sombre, Darkness on the Edge of Town. Avec Hungry Heart, tirée de The River (1980), Springsteen remporte enfin un succès international.

Bruce Springsteen est alors surtout connu pour ses spectacles somptueux qui durent trois ou quatre heures avec son E Street Band qui mêle le rock, le folk et la soul avec une intensité dramatique et un humour exubérant. Le groupe, musicalement hétérogène – il rassemble des « voyous » du rock and roll et des professionnels de la musique cool – évoque plus une bande réunie autour de son leader qu'un ensemble musical. Springsteen et le saxophoniste Clarence Clemons, un Noir immense, semblent parfois jouer des scènes de Huckleberry Finn, en utilisant le plateau comme un radeau. Le refus fréquent de Springsteen, après Born to Run, de coopérer avec les chargés de relations publiques et le service de marketing de sa maison de disques, la minutie des enregistrements et les spectacles épuisants lui valent une réputation d'artiste à principes, mais aussi de l'autorité et de la popularité. Cependant, à ce stade, Springsteen est probablement davantage un héros régional de la côte est, de Boston à la Virginie, où ses chansons et ses attitudes semblent résumer un certain style de vie fondé sur le rock, qu'une personnalité d'envergure nationale ou internationale.

Nebraska (1982), recueil saisissant de chansons acoustiques, pour la plupart liées au thème de la mort, est un intermède inhabituel, mais c'est Born in the USA (1984) et la tournée mondiale de dix-huit mois qui suit sa parution qui assoient la réputation de Springsteen comme auteur-compositeur-interprète dominant du rock and roll de son temps. L'album donne lieu à sept singles à succès, dont le plus notable est la chanson-titre, portrait empreint de sympathie des vétérans de la guerre du Vietnam et considéré à tort comme un hymne patriotique et chauvin. Socialement, la cible que cherche à atteindre Springsteen tout au long de sa carrière est nettement la classe ouvrière, ce que souligne à la fois son album de 1995, The Ghost of Tom Joad, qui s'intéresse aux indigents de l'Amérique sur le plan économique comme sur le plan spirituel, et son single à succès de 1994 (le premier en huit ans), Streets of Philadelphia qui traite du sida et est tiré du film Philadelphia, pour lequel Springsteen remporte un Academy Award et un Grammy Award.

Un autre côté de la personnalité de Springsteen se reflète dans les albums qu'il produit au cours de la période inaugurée avec Tunnel of Love (1987) et qui comprend Human Touch et Lucky Town (publiés simultanément en 1992). Les chansons de ces albums sont des réflexions très personnelles sur l'intimité entre les êtres. En général, elles n'ont pas eu le même succès.

Le recueil de cinq disques Bruce Springsteen and the E Street Band Live 1975-1985 (1986) est un véritable résumé de toutes ces tendances. Il restitue ce qu'il est possible de faire revivre sous une forme uniquement audio de son spectacle scénique hautement visuel (son travail dans le domaine de la vidéo musicale est beaucoup moins bon, l'interprète perdant de son naturel en passant à la télévision). L'éclatement de l'E Street Band en 1989 et l'évolution des modes musicales estompent la popularité de Springsteen. En 1998, il sort un coffret, Tracks, qui se compose essentiellement de « restes » de ses albums originaux, mais les ventes sont insignifiantes par rapport à celles de Live. En 1998, Springsteen réunit l'E Street Band pour une tournée de retrouvailles. Le début des années 2000 est marqué par la chanson American Skin (41 Shots) et la sortie des albums The Rising (2002), Devil and Dust (2005), We Shall Overcome (2006), hommage à Pete Seeger, Woody Guthry et Hank Williams. Suivent notamment les albums Magic l’année suivante, Wrecking Ball en 2012, dans lequel l’artiste, fidèle à sa veine sociale, évoque les ravages de la crise économique dans son pays, et High Hopes en 2014. En 2016, Bruce Springsteen publie Born to run, un récit autobiographique. Quatre ans plus tard, il retrouve l’E Street Band pour Letter to you, un album enregistré dans des conditions de live.

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Dave MARSH, « SPRINGSTEEN BRUCE (1949- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/bruce-springsteen/