BOUTROS-GHALI BOUTROS (1922-2016)

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Spécialiste mondialement connu du droit international, Boutros Boutros-Ghali a été ministre des Affaires étrangères de l'Égypte (1977-1991), secrétaire général de l'Organisation des Nations unies (1992-1996) et secrétaire général de la Francophonie (1997-2002).

Boutros Boutros-Ghali

Photographie : Boutros Boutros-Ghali

Secrétaire général de l'ONU au moment de la guerre en ex-Yougoslavie, de la crise en Somalie et du génocide au Rwanda, Boutros Boutros-Ghali (s'exprimant ici à la tribune des Nations unies à New York le 27 septembre 1995) fut désigné, notamment par Washington, comme bouc émissaire des... 

Crédits : Santi Visalli/ Getty Images

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Boutros Boutros-Ghali est né au Caire en 1922, dans une famille de la grande bourgeoisie copte. Son grand-père, Boutros Ghali pacha, a été le Premier ministre de l’Égypte pendant l’occupation britannique. Après des études de droit et de relations internationales (notamment à Paris), Boutros-Ghali est professeur à l’université du Caire avant d’être nommé ministre des Affaires étrangères par le président Anouar el-Sadate en 1977, lors du tournant historique (la paix avec Israël) qu'accomplit son pays. Il est maintenu dans ses fonctions par le président Hosni Moubarak jusqu’en 1991.

Le 1er janvier 1992, Boutros Boutros-Ghali devient le sixième secrétaire général de l'Organisation des Nations unies (ONU) et le premier Africain à occuper ce poste. Son mandat, d'une durée de cinq ans, se présente sous les meilleurs auspices. Il réunit tous les atouts pour assumer avec succès sa mission de premier fonctionnaire de l'ONU. En ce début des années 1990, l'Organisation semble être en plein renouveau. En 1990-1991, le Conseil de sécurité joue un rôle politique essentiel dans la gestion et le règlement de la crise du Koweït. Les casques bleus sont déployés sur plusieurs terrains majeurs : ex-Yougoslavie, Cambodge, Somalie...

Boutros-Ghali veut être un grand secrétaire général, non le simple exécutant du Conseil de sécurité, mais le porte-parole de la majorité des États membres, et d'abord des pays du Tiers Monde, ces ignorés des grandes puissances. Cette ambition est formulée dans le célèbre Agenda pour la paix (janvier 1992). Ce document vise à clarifier et à évaluer les possibilités d'intervention de l'Organisation : développement de la diplomatie préventive afin de stopper les engrenages faisant basculer les différends dans la guerre ; promotion d'accords mettant en permanence à la disposition de l'ONU des forces nationales, mobilisables très rapidement ; enfin expérimentation de processus de construction de la paix (peace building), transformant progressivement des zones traditionnelles d'affrontement en zones de paix et de coopération.

Le mandat de Boutros-Ghali se passe plutôt mal. Boutros-Ghali, en Africain, critique l'excessif engagement de l'ONU en Europe (ex-Yougoslavie) et pousse à sa réorientation vers le Sud. En 1992-1995 se déroule l'opération de Somalie : le contingent onusien avec, pendant quelque temps pour fer de lance des marines américains, s'y enlise, échouant à dompter les seigneurs de la guerre qui se partagent le pays. L'échec majeur du mandat reste, en 1994, l'incapacité de l'ONU à prévenir, puis à arrêter le génocide au Rwanda, malgré la présence sur place d'une mission (la Minuar) depuis l'année précédente. Boutros-Ghali réclame une ONU allant au-delà du maintien de la paix, et promouvant une action économique et sociale en profondeur. Sa démarche exaspère les États-Unis, qui se méfient de l'ONU. C'est pourtant leur enfant, mais celui-ci s'est à leurs yeux dévoyé, l'Assemblée générale ayant manifesté, en particulier dans les années 1970, un tiers-mondisme antiaméricain virulent. Pour les États-Unis, qui paraissent souvent au bord de quitter l'Organisation, le secrétaire général n'a pas à être un personnage politique. La Maison-Blanche, qui n'ignore pas la nécessité de l'ONU, doit sans cesse négocier la contribution financière américaine à l'Organisation avec les parlementaires de Washington, pour lesquels les invectives contre la bureaucratie onusienne sont électoralement très payantes. Dans ces conditions, le secrétaire général, au lieu de se poser en conscience universelle, doit se concentrer sur la remise en ordre de la maison (maîtrise du budget, réduction des effectifs...).

En 1996, le renouvellement du mandat de Boutros-Ghali déclenche un bras de fer principalement entre les États-Unis, qui ne veulent plus de l'Égyptien, et la Fr [...]

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  • : conseiller des Affaires étrangères, professeur à l'Institut d'études politiques de Paris, chargé de mission à l'Institut français des relations internationales

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Pour citer l’article

Philippe MOREAU DEFARGES, « BOUTROS-GHALI BOUTROS - (1922-2016) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/boutros-boutros-ghali/