CULLBERG BIRGIT RAGNHILD (1908-1999)

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De Martha Graham à Pina Bausch, d'Isadora Duncan à Trisha Brown, nombreuses sont les femmes chorégraphes qui ont enrichi le langage gestuel, fouillé les thèmes jusqu'aux découvertes de l'introspection et de la psychanalyse, scruté les horizons nouveaux. Parmi elles, la Suédoise Birgit Ragnhild Cullberg figure au meilleur rang. Toute son œuvre est marquée par un sens aigu de l'analyse psychologique, un humanisme profond, mais aussi par l'amour de la nature ainsi que par l'humour qui vient alléger le poids du regard sur les choses de la vie.

Née le 3 août 1908 à Nyköping, petite ville située sur les bords de la Baltique, Cullberg se destine tout d'abord à des études littéraires, mais elle pratique aussi la danse en amateur, s'initiant tout à la fois aux techniques classique et moderne. Cette ouverture d'esprit marquera tout son parcours, imprégnera toute son œuvre. Il est dit que c'est un ballet de Kurt Jooss, au début des années 1930, La Table verte, implacable réquisitoire contre l'absurdité et l'horreur de la guerre, qui influencera son choix de carrière. Birgit Cullberg rejoint alors Londres en 1935 où elle retrouve ce chorégraphe allemand et son fidèle collaborateur Sigurd Leeder, réfugiés dans la capitale britannique. Pendant quatre ans, elle parfait sa formation auprès d'eux avant de regagner Stockholm où elle constitue un petit groupe expérimental (1939). En 1942, elle épouse le comédien suédois Anders Ek. Ils auront deux fils, Niklas, qui deviendra l'un des principaux solistes de Maurice Béjart au Ballet du xxe siècle, et Mats, qui compte aujourd'hui parmi les plus grands chorégraphes de sa génération.

Après plusieurs créations qui ne laisseront pas un souvenir pérenne, Cullberg crée, le 1er mars 1950, à Västerås, une version dansée de Mademoiselle Julie (musique de Ture Rangstrÿsm), d'après « la tragédie naturaliste » de son compatriote August Strindberg. Sa façon magistrale de camper les personnages et de traduire leurs déchirements l'impose d'emblée. Ce succès lui ouvrira les portes de l'Opéra royal de Stockholm où elle occupera le poste de chorégraphe résident jusqu'en 1957. L'année 1950 voit également naître une deuxième pièce importante : Medea (musique de Béla Bartók). Cette fois, Cullberg se tourne vers la mythologie, à l'image d'une Martha Graham, et traite avec acuité le thème de la jalousie. Dans le rôle de Jason, on découvre un jeune danseur venu de Marseille et qui a pour nom Maurice Béjart.

Le Renne de lune (musique de Knudage Riisager) est une œuvre également importante dans la carrière de Cullberg. Créée le 22 novembre 1957, à Copenhague, dans l'interprétation du Ballet royal danois, cette pièce puise aux sources de la culture scandinave et conte, non sans un parallèle troublant avec Le Lac des cygnes, la métamorphose d'une jeune Lapone en renne par la volonté d'un magicien. Elle connaît un succès considérable dans les pays nordiques et figure toujours au répertoire de leurs principales compagnies.

Le quatrième grand ballet de Birgit Cullberg s'intitule Lady from the Sea (musique de K. Riisager, 1960) et a été commandé par l'American Ballet Theatre. Dans l'interprétation prestigieuse de Lupe Serrano, Erik Bruhn et Glen Tetley, ce ballet, tiré de la pièce d'Ibsen, explore, à nouveau de manière naturaliste, le conflit d'une femme tiraillée entre sa fidélité à un mari qu'elle n'aime pas et son amour pour un marin qu'elle idéalise. Cullberg montre là toute sa sensibilité à traduire les passions humaines dans un langage toujours clair, lisible, vibrant d'émotion.

En 1967, le gouvernement suédois reconnaît officiellement le talent de Cullberg et lui accorde les moyens financiers de constituer sa propre compagnie, le Ballet Cullberg. Le répertoire comprend non seulement ses œuvres, mais aussi des pièces signées Kurt Jooss, Alvin Ailey et Merce Cunningham. En 1982, Mats Ek succède à sa mère au poste de directeur artistique. Mais celle-ci n'a pas vraiment déserté la scène, laissant notamment un souvenir mémorable dans Soweto (1977) et La Vieille Femme et la porte (1991), deux pièces créées par son fils.

Mettant à profit son goût de l'aventure, sa curiosité pour les [...]

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Jean-Claude DIÉNIS, « CULLBERG BIRGIT RAGNHILD - (1908-1999) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 07 juillet 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/birgit-ragnhild-cullberg/