BERGÉ PIERRE (1930-2017)

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Personnage de la mode et du monde parisien parmi les plus en vue, Pierre Bergé a marqué son temps par la création de la maison de couture Yves Saint Laurent aux côtés du célèbre styliste en 1961, un sens aigu des affaires et une implication indirecte, mais bien réelle dans la vie politique du pays.

Pierre Bergé et Yves Saint Laurent

Photographie : Pierre Bergé et Yves Saint Laurent

Au côté d'Yves Saint Laurent (à droite), Pierre Bergé (à gauche) a joué un rôle déterminant dans la création et le développement de la célèbre maison de couture (ici en 1999). 

Crédits : Derek Hudson/ Getty Images

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Pierre Bergé est né le 14 novembre 1930 à Saint-Pierre-d’Oléron, une commune du département de la Charente-Inférieure, devenue depuis la Charente-Maritime. Son père est fonctionnaire des impôts, sa mère institutrice. Il grandit dans un milieu modeste sans être pauvre. La famille cultive des idées de gauche, voire d’extrême gauche. À dix-huit ans, il renonce à passer le baccalauréat et part s’installer à Paris. Animé de la ferme volonté d’y faire carrière, il cherche tous les moyens de se faire connaître. C’est la fréquentation des milieux homosexuels qui lui met le pied à l’étrier. Il y fait en effet la connaissance du peintre Bernard Buffet qui lui donne l’occasion de s’introduire dans ce qu’il est convenu d’appeler le « Tout-Paris ». Arrive en janvier 1958 le jour qui scelle son destin. Cinquante ans après, il le décrit ainsi : « Je me suis rendu à la première collection de ce jeune homme, un matin de janvier 1958. Je ne connaissais pas grand-chose à la mode. Pourtant j’ai compris qu’une chose importante venait de se produire. » De fait : « ce jeune homme » n’est autre qu’Yves Saint Laurent. Débute alors une relation amoureuse forte, faite de passion, de tumulte, d’affrontements et de ruptures. Après la mort du grand couturier en juin 2008, Pierre Bergé publie en 2010 un livre sur cette liaison et sur leur vie commune intitulé Lettres à Yves. On y trouve cette phrase : « Nous ne lisions pas Bernardin de Saint-Pierre, tous les deux, mais plutôt le Marquis de Sade ! » Avec Yves Saint Laurent, il réunit une exceptionnelle collection de tableaux et d’objets d’art.

Alors que Saint Laurent se révèle d’un tempérament fortement dépressif, Bergé fait montre à la fois de détermination et de perspicacité, notamment dans la conduite de leurs intérêts financiers. À eux deux, ils font vivre une entreprise et une marque qui deviennent rapidement des références mondiales. En pratique, Yves Saint Laurent crée, Pierre Bergé gère. Ce dernier s’occupe également des relations du couple avec le reste de la profession et s’investit pleinement dans la vie économique de ce monde de la haute couture et du prêt-à-porter qui, au départ, lui était étranger. C’est ainsi qu’il contribue amplement à la création en 1986 de l’Institut français de la mode (IFM), une structure qui se définit elle-même comme « un établissement d’enseignement supérieur reconnu par l’État, mais aussi un centre de formation continue et d’expertise pour les industries du textile, de la mode, du luxe et du design ». Il assure la présidence de son conseil d’administration jusqu’à ses tout derniers jours.

Porté par le succès des collections de son compagnon, Pierre Bergé réussit à s’imposer comme une personnalité qui compte dans la vie parisienne. En 1984, il rencontre le président de la République François Mitterrand. Très vite, il devient un membre du premier cercle de ses relations. Il lui apporte un soutien clair lors de la campagne pour sa réélection en 1988, soutien qu’il confirmera en appelant à voter socialiste aux élections législatives de 1993. Au milieu des années 1990, il passe pour un confident très proche des derniers moments de François Mitterrand, au point que son appel à voter Jacques Chirac en 1995 est parfois interprété comme un message implicite du président sortant. Ce chiraquisme sera toutefois de courte durée. Il revient à ses inclinations de gauche en apportant son concours à Ségolène Royal lors de l’élection présidentielle de 2007. Il obtient en 1988 sa nomination au poste prestigieux de président de l’Opéra de Paris, qu’il occupe jusqu’en 1993. En 1994, il devient président de Sidaction, association engagée dans la lutte contre le sida. Enfin, Pierre Bergé complète sa présence dans la politique par une forte implication dans la presse. Ses investissements dans ce secteur vont de la création en 1990 du magazine Têtu, publ [...]

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SAINT LAURENT MATHIEU SAINT-LAURENT dit YVES (1936-2008)

  • Écrit par 
  • Guillaume GARNIER
  • , Universalis
  •  • 1 393 mots

Dans le chapitre « La reconnaissance du créateur »  : […] Plusieurs expositions ont retracé la carrière d'Yves Saint Laurent, à New York (Metropolitan Museum, 1983), au palais des Beaux-Arts de Pékin (1985), à Paris (musée des Arts de la mode, 1986), au musée de l'Ermitage (1987), puis à Sydney (1987). Yves Saint Laurent a créé plusieurs boutiques de prêt-à-porter : « Saint Laurent-Rive gauche » (dont la première a été inaugurée en 1967 à Paris, rapideme […] Lire la suite

Pour citer l’article

Jean-Marc DANIEL, « BERGÉ PIERRE - (1930-2017) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/berge-pierre-1930-2017/