BÉNIN

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Nom officielRépublique du Bénin (BJ)
Chef de l'État et du gouvernementPatrice Talon (depuis le 6 avril 2016)
CapitalePorto-Novo 1
Note : Porto-Novo, la capitale constitutionnelle, est le siège du pouvoir législatif, mais la présidence et la plupart des ministères se trouvent à Cotonou
Langue officiellefrançais
Unité monétairefranc CFA
Population12 633 000 (estim. 2021)
Superficie (km2)114 763

Le « Renouveau démocratique »

La Conférence nationale : l'expérience d'une transition réussie

Ajouté aux retards croissants dans le paiement des salaires, le « scandale des banques » déclencha une extraordinaire vague de mobilisation qui allait mettre à bas le pouvoir issu du coup d'État de 1972. Les étudiants et les enseignants furent les premiers à manifester leur mécontentement : en réponse aux mesures d'austérité annoncées par Mathieu Kérékou, ils s'engagèrent, en janvier 1989, dans un mouvement de grève illimitée, bientôt suivis par les autres secteurs de la fonction publique. Le mouvement se renforça encore avec l'engagement de l'Église catholique – très puissante dans le Sud-Bénin –, qui publia une lettre pastorale dénonçant les dérives du pouvoir. Les forces de l'ordre cachaient mal leur malaise et se divisaient quant à l'attitude à adopter vis-à-vis des opposants. L'ensemble du pays était paralysé.

Malgré les mesures d'apaisement prises par le gouvernement (règlement des arriérés de salaires, création d'une Commission des droits de l'homme, loi d'amnistie pour les prisonniers politiques, nomination d'un gouvernement d'ouverture), la protestation se radicalisa sous la double influence des syndicats nouvellement créés et du Parti communiste du Dahomey qui, depuis les années 1970, organisait la résistance dans la clandestinité. Les revendications corporatistes cédèrent alors rapidement le pas à une critique politique du régime. Face à la violence des protestations et à la pression des bailleurs de fonds, le pouvoir dut capituler : les 6 et 7 décembre 1989, les plus hautes instances du P.R.P.B. abandonnèrent officiellement la ligne marxiste-léniniste et annoncèrent la tenue d'une Conférence nationale devant donner lieu à la rédaction d'une nouvelle Constitution.

Cette conférence se tint à Cotonou du 19 au 28 février 1990, après une « guerre des quotas » entre le pouvoir et l'opposition sur la question du nombre de délégués devant représenter les « sensibilités politiques ». Moment clé du processus béninois de démocratisation, la Conférence nationale s'imposa à travers tout le continent comme un modèle de transition pacifique. Loin des images idéalisées d'un forum de réconciliation nationale, elle connut d'âpres conflits qui faillirent dégénérer dans la violence. Mathieu Kérékou, en effet, concevait uniquement ces assises comme un mode de gestion de la crise qu'il avait déjà expérimenté en 1979. Mais cette option conservatrice fut très vite remise en cause par les participants qui, à l'instar des états généraux de la Révolution française, imposèrent la souveraineté des actes de la Conférence. Les quatre cent quatre-vingt-treize délégués suspendirent ainsi la loi fondamentale de 1977 et instaurèrent le multipartisme intégral. Ils restreignirent considérablement les pouvoirs du chef de l'État (maintenu à son poste pour rassurer l'aile dure du régime) et mirent en place des institutions de transition : un organe législatif, le Haut-Conseil de la République, et un poste de Premier ministre confié à Nicéphore Soglo, ancien administrateur de la Banque mondiale. Habilement présidée par Mgr De Souza, archevêque de Cotonou, la Conférence nationale jeta donc en une semaine les bases d'un nouvel ordre politique pluraliste. Celui-ci se consolida progressivement avec l'adoption par référendum d'une nouvelle Constitution en décembre 1990 et la tenue d'élections législatives et présidentielle en mars 1991 qui aboutirent à la victoire de Nicéphore Soglo sur Mathieu Kérékou, avec 67,73 p. 100 des suffrages.

Les dividendes de la libéralisation

Un fois élu, Nicéphore Soglo s'attela à un immense chantier de reconstruction du pays. Parmi les priorités du gouvernement figurait un rigoureux plan d'ajustement structurel dont les coûts sociaux firent vaciller la jeune démocratie béninoise. Il s'agissait pour la nouvelle équipe non seulement de redresser une économie exsangue, mais aussi de répondre aux attentes matérielles qui s'étaient exprimées dans le mouvement de 1989. Très rapidement, le pays se remit au travail et le gouvernement parvint, par la mise en œuvre de mesures drastiques, à assainir les finances publiques. Avec l'appui des bailleurs de fonds, le secteur bancaire sinistré fut restructuré, les infrastructures modernisées et la croissance revint : de 1 p. 100 en 1989, le taux d'accroissement du P.I.B. augmenta de 4 p. 100 en termes réels sur la période 1990-1994, atteignant en 1995 un chiffre deux fois supérieur au taux de croissance démographique (6,2 p. 100). Jusqu'à la dévaluation du franc CFA en 1994, l'inflation fut également maîtrisée. En termes macroéconomiques, l'ajustement fut donc un succès indéniable.

Mais il convient de souligner que cette réussite de l'équipe Soglo a tout juste permis à l'économie béninoise de retrouver son niveau des années 1970 et qu'elle fut conditionnée par trois facteurs conjoncturels : l'injection massive de l'aide extérieure (passée de 900 millions de francs français en 1988 à 2 milliards de francs français en 1994) ; la hausse des cours du coton, qui est devenu la première source de devises du pays avec un triplement des récoltes en cinq ans (100 000 t en 1990, 300 000 t en 1995) ; les crises politiques nigériane et togolaise, qui ont réorienté le trafic maritime vers le port de Cotonou. Malgré les réformes entreprises, le Bénin est resté très sensible aux variations de la conjoncture extérieure car il a conservé sa fonction d'« État-entrepôt ». Enfin, la mise en œuvre du plan d'ajustement structurel s'est traduite par une explosion du chômage et de la précarité sociale. L'embellie économique de la première moitié des années 1990 fut de courte durée. Dès la fin de la décennie, et surtout à partir des années 2000, le Bénin a connu à nouveau une stagnation de sa croissance et une aggravation de la crise économique et sociale, avec un creusement très sensible des inégalités. Les difficultés du secteur cotonnier et la perte de compétitivité des activités portuaires – deux des principales sources de revenus du pays – ont entraîné une crise fiscale et limité les marges de manœuvre du gouvernement. Ce marasme économique, sur fond d'affairisme et de corruption, a fortement pesé sur l'appréciation des électeurs.

Les paradoxes de la consolidation démocratique

En mars 1996, en effet, le second scrutin présidentiel du « Renouveau démocratique » enregistrait la défaite de Nicéphore Soglo et le retour au pouvoir du général Kérékou. Accusé de népotisme, de clientélisme et d'autoritarisme dans sa pratique du pouvoir, Nicéphore Soglo n'a pas su capitaliser les bénéfices des réformes engagées, tandis que son adversaire, surnommé le Caméléon, s'attribuait la paternité du processus démocratique et accréditait l'idée qu'il avait changé au contact des saintes Écritures. Utilisant un registre populiste et nationaliste, il recueillit 52,4 [...]

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Écrit par :

  • : professeur de science politique au Centre d'études des relations internationales de la Fondation nationale des sciences politiques, Sciences Po

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Pour citer l’article

Richard BANÉGAS, « BÉNIN », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/benin/