BÉNIN

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Nom officielRépublique du Bénin (BJ)
Chef de l'État et du gouvernementPatrice Talon (depuis le 6 avril 2016)
CapitalePorto-Novo 1
Note : Porto-Novo, la capitale constitutionnelle, est le siège du pouvoir législatif, mais la présidence et la plupart des ministères se trouvent à Cotonou
Langue officiellefrançais
Unité monétairefranc CFA
Population12 633 000 (estim. 2021)
Superficie (km2)114 763

Le régime révolutionnaire de Mathieu Kérékou

Pour nombre d'observateurs, cette nouvelle intervention de l'armée dans le jeu politique dahoméen s'inscrivait dans la continuité des précédentes. En fait, le régime révolutionnaire qui se mit en place en 1972 allait ouvrir une ère nouvelle, rompant avec les deux traits caractéristiques de la période précédente : l'hégémonie politique des « évolués » et l'instabilité institutionnelle chronique. Le régime instauré par Kérékou inaugura une longue période (17 ans) de stabilité relative, au cours de laquelle de nouvelles élites civiles et militaires allaient s'affirmer dans l'espace public.

Les aléas de la révolution

De 1972 à 1990, le régime de Kérékou connut toutefois des métamorphoses importantes, liées à l'évolution des luttes factionnelles : une brève période nationaliste (1972-1974) ; une phase de radicalisation et d'institutionnalisation du régime (de 1974 au début des années 1980) ; une phase « thermidorienne » d'ouverture où le pragmatisme semblait devoir l'emporter sur l'option socialiste (1982-1988), et enfin une situation de crise ouverte qui allait conduire à la chute du régime (1989-1990).

En 1974, sous l'influence de jeunes révolutionnaires – les « Ligueurs » – le gouvernement adopta le marxisme-léninisme comme idéologie officielle et engagea un vaste programme de « révolutionnarisation » de la société que devait symboliser le changement de nom du pays, devenu république populaire du Bénin en novembre 1975. Nationalisation de tous les secteurs de l'économie, réforme du système éducatif, mise en place de coopératives agricoles et de nouvelles structures d'administration locale (comités révolutionnaires locaux), interdiction des activités politiques et syndicales, lancement d'une violente campagne d'éradication des « forces féodales » (chefferies et religions traditionnelles) : le pouvoir verrouillait toutes les activités et institutionnalisait la dictature avec la création, en 1975, du Parti de la révolution populaire du Bénin (P.R.P.B.), l'élection d'une Assemblée nationale révolutionnaire (A.N.R.) et l'adoption d'une nouvelle Loi fondamentale en 1977.

Le système répressif se maintint, mais la phase de radicalisme révolutionnaire ne dura pas longtemps. En 1982, en proie à une aggravation dramatique de la situation économique, le gouvernement reconsidéra sa stratégie d'étatisation et adopta, sous l'influence de jeunes technocrates, une série de réformes destinées à rationaliser le système. Des contacts furent même pris avec les institutions de Bretton Woods en prévision d'un plan d'ajustement structurel. Un nouveau type de discours émergea dès lors, reflétant l'ascension des nouveaux cadres intellectuels dans l'appareil d'État et l'échec de l'option socialiste. Cette orientation, au fond, ne fut guère plus qu'une rhétorique cimentant l'alliance entre « ligueurs » et militaires et masquant un « laxisme-béninisme », par bien des points semblable aux autres régimes africains de parti unique.

Si son projet a échoué, le régime de Kérékou a toutefois bouleversé les rapports de force dans l'espace public : de nouvelles élites militaires et civiles se sont affirmées, mettant en cause la prééminence des akowé, et des « cadets sociaux » ont émergé sur le devant de la scène, ébranlant la position des anciens dominants. Les institutions révolutionnaires ont fourni à certaines catégories de la société, marginalisées auparavant en raison de leur statut social ou de leur origine géographique, l'occasion d'une revanche. Les paysans, par exemple, ont bénéficié d'une active politique de promotion économique et ont acquis une représentation nationale à l'A.N.R., qui leur réservait un quota de 84 sièges sur 336. Les élites nordistes ont pris également une importance croissante dans l'administration et dans les réseaux du P.R.P.B. Les « jeunes », surtout, ont profité de la révolution pour s'imposer comme catégorie autonome et comme acteurs politiques de premier plan.

Mais ces transformations sociologiques n'ont pas renversé les rapports d'hégémonie au point que l'on puisse parler de révolution sociale. Dans les villages, des « cadets sociaux » ont conquis des positions de pouvoir, mais ils sont rarement parvenus à s'émanciper des hiérarchies liées au lignage, à l'aînesse, à l'appartenance de caste ou au capital économique. Les populations des régions défavorisées (Borgou, Atakora, Zou-Nord) ont certes acquis des avantages, mais sans mettre en péril la position dominante des élites sudistes : de fait, le régime de Kérékou ne fut jamais un régime « nordiste », à la différence de celui d'Eyadema au Togo voisin. Le mythe de l'akowé, enfin, s'est érodé avec le développement de nouvelles trajectoires d'ascension sociale et la dénonciation constante des « intellectuels tarés », mais le pouvoir est vite redevenu le monopole des instruits. Incapable d'imposer son programme de « révolutionnarisation » aux paysans, aux prêtres féticheurs ou aux commerçants, le régime de Kérékou dut composer avec eux et nouer des compromis avec les anciennes élites dominantes. Ce fut là un des ressorts de sa longévité exceptionnelle.

Le Bénin, « État-entrepôt »

Cette stabilité reposait également sur une habile gestion du commerce international. Pendant dix-sept ans, en effet, le Bénin a tiré parti de la rente de situation d'une économie de transit, en particulier de sa dépendance vis-à-vis du Nigeria. Jouant depuis longtemps le rôle de port de transit pour les économies enclavées des pays du Sahel, Cotonou a vu ses activités de réexportation exploser dans les années 1970 en raison du boom pétrolier que connaissait son puissant voisin anglophone. Petit pays agricole sans ressources minières ni secteur secondaire, le Bénin a bâti son avantage comparatif sur les mesures de contingentement qui frappaient, au Nigeria, certains produits d'importation. Le Bénin devint l'un des principaux relais de celui-ci sur le marché international, approvisionnant Lagos en marchandises de toutes natures. Les relations commerciales entre les deux pays se renforcèrent, poussant le gouvernement Kérékou à adopter officiellement, dès 1973, une politique économique de réexportation. À la faveur des disparités monétaires et des différentiels de taxation douanière, le Bénin devint un véritable « État-entrepôt », retirant des bénéfices substantiels, non seulement en termes de finances publiques, mais aussi de stabilité sociale et politique. Outre que la contrebande garantissait l'approvisionnement des populations, les recettes de la réexportation autorisaient un paiement régulier des salaires et permettaient de huiler les rouages de la cooptation des élites. Le « contrat social » du régime de Kérékou était, de fait, largement fondé sur cette économie de transit qui lui permit de nouer des compromis avec les puissants réseaux sudistes du né [...]

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Écrit par :

  • : professeur de science politique au Centre d'études des relations internationales de la Fondation nationale des sciences politiques, Sciences Po

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Pour citer l’article

Richard BANÉGAS, « BÉNIN », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/benin/